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Betterave : « Je maîtrise la cercosporiose à 90 % en utilisant le modèle Cristal Cerc’OAD »

Betteravier près de la sucrerie d’Arcis-sur-Aube, Arnaud Seurat utilise l’OAD Cristal Cerc’OAD pour maîtriser la cercosporiose. Avec des variétés tolérantes, des traitements fongicides adaptés, du cuivre. Il obtient de bons rendements malgré un risque très élevé.

« Avec des sucreries dans la zone sud de la France betteravière et le bassin alsacien, nous sommes depuis longtemps confrontés à la cercosporiose », avance Quentin Tilloy, responsable du département agronomie de la coopérative Cristal Union. Depuis 2016, cette maladie foliaire explosive se développe très vite en France, avec un gradient Sud-Nord, profitant des conditions chaudes et humides liées au réchauffement climatique. Pour la maîtriser, il est primordial d’être dans le bon timing pour appliquer les fongicides. « Quand nous voyons les taches, la maladie s’est déjà développée. Il est trop tard », constate Arnaud Seurat, planteur de Cristal Union à Villette-sur-Aube (1), près de la sucrerie d’Arcis. Il cumule plusieurs facteurs favorables à la cercosporiose : beaucoup de betteraves dans la rotation, des épandages d’eaux terreuses de la sucrerie et le climat de la Champagne crayeuse (une des zones les plus touchées avec le sud de Paris et l’Alsace).

Intervenir au bon moment

Si intervenir avant une contamination est inutile, traiter après l’apparition des symptômes ne permet plus de gérer la maladie dont la durée d’incubation est de 10 à 12 jours. Aucun produit curatif ne fonctionne. C’est pourquoi l’utilisation d’un outil d’aide à la décision (OAD) est préconisée pour positionner les produits au bon moment. En 2018, Cristal Union a lancé son OAD en commençant par les planteurs alsaciens. « Avec Cristal Cerc’OAD, j’obtiens une date de déclenchement, juste avant l’apparition des premières tâches, note le betteravier qui cultive 75 hectares de betteraves. En général, l’OAD déclenche le T1 avec la sélection du risque élevé quelques jours avant les autres modèles d’alerte. » Par rapport à la méthode IPM (comptage du nombre de feuilles tachées sur 100 feuilles), « l’OAD déclenche habituellement 5 à 6 jours avant », complète Quentin Tilloy.

Le déclenchement du T2 est souvent plus tardif de quelques jours. En 2024, année de forte pression, il a été déclenché 18 jours après le T1. En 2025, année de plus faible pression, l’écart T1-T2 a été beaucoup plus long. « Au final, je ne traite pas plus, mais mieux », juge l’agriculteur aubois, dont la moyenne sur cinq ans atteint 94 t/ha (avec une partie irriguée).

Un gain de productivité de 5 à 6 % avec l’OAD

Le modèle prend en compte les conditions météorologiques, avec un quadrillage tous les km2 issu des données météo de Weenat. Ces données fiables et répétables (températures, humidité) provenant de satellites, radars et Météo France, assurent une grande précision à la parcelle. L’écart entre les traitements s’adapte aux conditions météorologiques locales. Il peut varier de 15 jours à plus d’un mois.

L’outil reste très simple d’utilisation, avec l’indication de la date de semis, du lieu, du risque, des interventions fongicides et de l’utilisation ou non de l’irrigation. Il propose un risque modéré et un risque plus élevé (bordure de bois, vallée, épandage de terres de sucreries, rotation inférieure à 4 ans).

Aujourd’hui, 46 % des agriculteurs de Cristal utilisent cet OAD gratuit. « Sur tous nos essais interannuels, nous constatons une amélioration de la productivité de 5 à 6 % en suivant ses préconisations. Nous améliorons continuellement notre modèle. En Normandie (20 % d’utilisateurs), nous l’adaptons, sachant que l’inoculum primaire est moins présent », précise Quentin Tilloy.

Un gain de rendement aussi avec l’apport de cuivre

« Concernant les traitements fongicides, le programme s’est aujourd’hui complexifié à cause de la généralisation des résistances, notamment aux strobilurines. Nous conseillons d’alterner les matières actives et d’associer du cuivre qui agit de manière multisites », précise Quentin Tilloy. Arnaud Seurat suit ces préconisations : « J’utilise les fongicides à dose d’homologation, en alternant les matières actives : Spyrale à 1 l/ha et Yearling à 1,2 l/ha. Vu le niveau de risque du pathogène, j’ajoute systématiquement du cuivre à dose maximum (750 g/ha) au T1 et T2, et à 500 g/ha pour le suivant. »

Dans ses essais, la coopérative Cristal Union mesure l’efficacité de l’apport de cuivre. « Par rapport à nos témoins non traités en zone très infestée en cercosporiose, nous avons obtenu + 15 t/ha de betteraves avec un fongicide systémique seul et jusqu’à 30 t/ha avec un systémique complété par du cuivre en 2024, année de forte pression. En 2025, avec une pression plus faible, nous avons obtenu respectivement + 10 t/ha et + 20 t/ha », rapporte le responsable agronomique de Cristal Union.

(1) SCEA du Château d’eau : 330 ha de SAU dont 75 de betterave, 100 de blé, 25 d’orge d’hiver, 65 d’orge printemps, 11 de silphie, 20 d’œillette, 7 de luzerne, 10 d’oignon, 10 de pomme de terre et 10 de chanvre.

Le levier variétal à ne pas négliger

Aux côtés du programme des fongicides et du positionnement des produits, la tolérance variétale est le troisième levier à disposition des planteurs pour lutter contre la cercosporiose. « Vu l’historique de mes parcelles situées à proximité de la sucrerie d’Arcis (Aube), elles sont fortement exposées aux maladies et aux ravageurs, explique Arnaud Seurat, agriculteur. C’est pourquoi je sélectionne les variétés tolérantes aux nématodes, à la forte pression rhizomanie et à la cercosporiose. Dans les parcelles très contaminées, j’opte pour des variétés à indice de tolérance cercosporiose élevé. »

Pour les troisième et quatrième enlèvements, avec des arrachages de betteraves qui vont jusqu’à fin novembre, le planteur choisit des variétés de gammes Cerco + et Cercotech. Leur surcoût peut aller jusqu’à 100 €/ha. Mais cela facilite le contrôle de la maladie. « Vu la forte pression en cercosporiose, les délais entre les fongicides sont identiques à ceux obtenus avec des variétés classiques, mais je jugule mieux la maladie », précise le planteur.

Comme remarqué dans certaines régions, le betteravier note des contournements de tolérance. « Certaines variétés ne craquaient pas en cerco chez moi avant. En 2025, j’ai dû resserrer les fongicides même pour le premier enlèvement. »

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