Serres : multiplier les sources d’énergie pour plus de robustesse
Face à la volatilité du marché de l’énergie, les quatre adhérents de la Coopérative Sud Roussillon, à Saint-Cyprien, dans les Pyrénées-Orientales, rénovent leurs serres et misent sur un mix énergétique le plus ouvert possible.
Dans un monde où la volatilité des prix fait peser des menaces réelles sur la rentabilité des entreprises, la question de la dépendance à une énergie est cruciale. Pour les quatre serres des membres de la coopérative Sud Roussillon (réseau Rougeline), l’heure est à la diversification des sources d’énergie et à l’automatisation. Deux serres ont été reconstruites en 2025, les deux autres le seront cette année (voir encadré). C’est l’occasion de faire entrer une nouvelle source dans le mix énergétique : l’électricité avec deux chaudières électriques d’un mégawatt chacune, qui rejoignent une constellation de systèmes. « Elles fonctionneront en fonction du prix de l’électricité, à la minute ou au quart d’heure », précisent Valery Goy et Céline Vila, adhérents exploitant chacun 2,5 hectares de serres à Saint-Cyprien. Le dispositif comptait jusqu’à maintenant deux sources d’énergie différentes, gaz et biomasse, ainsi que deux techniques, chaudières ou cogénération.
L’électrification, un passage obligé
Les serristes de Saint-Cyprien considèrent que l’électrification est aujourd’hui un passage obligé « parce que plus on électrifie, plus on améliore notre empreinte carbone grâce au nucléaire ici », explique Valery Goy. D’ailleurs, quand il regarde plus loin, il estime que la prochaine étape sera l’installation de pompes à chaleur. « Aujourd’hui, la solution c’est vraiment d’avoir un mix énergétique varié, qui nous permet d’être réactifs et d’avoir le plus d’options possibles », insiste-t-il. En quinze ans, le contexte énergétique a beaucoup évolué. Premières historiquement à entrer en fonction, les chaudières à gaz traditionnelles sont désormais quasi à l’arrêt. Elles ont donc été suppléées par des chaudières biomasses fonctionnant avec des plaquettes forestières puis des unités de cogénération qui brûlent du gaz pour produire de la chaleur et de l’électricité. Aujourd’hui, cette dernière représente 60 à 70 % de l’énergie produite pour les quatre serres, le reste étant majoritairement fourni par la biomasse et le gaz, en fonction du prix de ce dernier.
Différents contrats pour la cogénération
Les deux unités de cogénération fonctionnent selon deux régimes : l’une sous contrat historique avec EDF, en fonctionnement continu 24 heures sur 24 pendant la période d’hiver, du 1er novembre au 31 mars ; l’autre sur le marché libre avec des périodes de fonctionnement différentes et dont les plages d’activité sont définies par un agrégateur en fonction des prix spot de l’électricité et du gaz. « Schématiquement, elle va fonctionner en période de pic de consommation, entre 5 et 10 heures le matin puis de 17 à 22 heures. Et nous stockons la chaleur produite pour nous en servir quand nous en avons besoin, la nuit en particulier, précise Valery Goy. C’est assez vertueux, même si, quand on parle de gaz, cela peut faire réagir, parce que pour un kilowatt de gaz consommé, on produit 4,5 kW d’électricité et 48 à 49 kW de thermique. Il n’y a pas d’équivalent en termes de rendement. » D’autant que ce système dispose d’un atout majeur : les fumées des unités de cogénération sont filtrées par des pots catalytiques adaptés et le CO₂ récupéré est réinjecté directement dans les serres pour stimuler la photosynthèse et la croissance des plantes. « Il n’y a aucun rejet de CO₂ à l’extérieur, souligne Céline Vila. En produisant de l’électricité sur nos quatre exploitations, notre capacité de production électrique correspond aux besoins du village de Saint-Cyprien, tout en faisant pousser des tomates. »
Gérer les coûts de chauffage au plus près
Profiter d’une diversité de sources est une chose, parvenir à les gérer efficacement en est une autre. « L’ensemble est géré pour optimiser nos coûts de chauffage, c’est le coût du kW de chaleur qui nous permet de piloter et d’arbitrer entre les différentes sources. Jusqu’ici nous gérions tout cela presque à la main, mais il commence à y avoir beaucoup de données à saisir et intégrer quand on intègre la production de CO2, le coût de la biomasse… Nous sommes donc en train de travailler sur un système informatique, avec une couche d’intelligence artificielle, qui serait capable de collecter en temps réel, toutes les cinq ou quinze minutes, les prix en fonction de nos contrats et de sélectionner automatiquement la source d’énergie la plus rentable à chaque instant », ajoute Valery Goy. Loin est le temps où les entreprises signaient des contrats à long terme et où les stratégies de chauffage pouvaient porter sur l’entièreté de la saison. « Aujourd’hui, nous sommes pris dans des cycles où la décision se prend tous les quarts d’heure, voire toutes les cinq minutes. »
Des serres nouvelle génération
Les quatre serres qui alimentent la coopérative Sud Roussillon arrivent en fin de vie en même temps. Les deux serres remplacées en 2025 ont laissé place à des serres fermées. Tout a changé ou presque. Le verre diffus retenu offre une transmission lumineuse de 96 % contre 82 % pour le verre standard. La meilleure distribution de la lumière sur l’ensemble du couvert végétal optimise la photosynthèse. La ventilation dynamique assurera à la fois plus de confort pour les salariés et une répartition bien plus homogène de la chaleur. « Lorsqu’il fera 40 °C dehors, la température intérieure ne dépassera pas 30 °C et sans recours au blanchiment », se félicite Céline Vila. Ce qui permet aussi de limiter le nombre d’ouvrants dans le toit. Pour empêcher les intrusions de ravageurs, les entrées d’air de la serre sont protégées par un filet insect-proof et la serre maintenue en légère surpression. Trois produits sont cultivés : tomates en grappe, côtelées rouges et cerises en grappe. Le gain de productivité attendu par cette installation nouvelle est évalué entre 30 et 40 % sur la même surface. En 2026, les deux autres serres seront détruites et reconstruites. 80 personnes travaillent sur les serres cette année, elles seront 120 l’an prochain.
Le levier du financement participatif
Le projet, d’un montant de 12 millions d’euros pour 2 × 3 hectares, a notamment été financé en, petite partie par une levée de fonds participative de 500 000 euros, réunissant une soixantaine de souscripteurs : producteurs du groupe Rougeline, salariés, et particuliers. L’épargne est rémunérée à 5 %, soit mieux que le livret A. « On a emprunté plus cher qu’à la banque, mais pour les investisseurs c’est une meilleure opportunité », reconnaît Céline Vila, qui revendique une transparence totale sur l’avancement du projet via une communication régulière.