Revenu agricole : 43 % des agriculteurs sont sous le Smic, selon une étude de Max Havelaar France
Une étude de Max Havelaar France, publiée ce 28 avril, montre que 43 % des agriculteurs sont sous le Smic, et qu’il aurait fallu 4,7 milliards d’euros en 2024 pour compenser cet écart. Pour son premier observatoire de la rémunération agricole équitable, l’ONG s’est appuyée sur les résultats courant avant impôt de 7000 exploitations entre 2015 et 2024.
Une étude de Max Havelaar France, publiée ce 28 avril, montre que 43 % des agriculteurs sont sous le Smic, et qu’il aurait fallu 4,7 milliards d’euros en 2024 pour compenser cet écart. Pour son premier observatoire de la rémunération agricole équitable, l’ONG s’est appuyée sur les résultats courant avant impôt de 7000 exploitations entre 2015 et 2024.
« Pour une part importante des exploitations, le revenu agricole seul ne permet plus d’assurer un niveau de vie stable et prévisible », affirme Max Havelaar France à l’issue de la première édition de l’Observatoire de la rémunération agricole équitable, publiée ce 28 avril. En moyenne sur les dix dernières années, 43 % des agriculteurs ont un revenu sous le Smic, selon l’analyse de l’ONG engagée pour le commerce équitable. Celle-ci s’est appuyée sur les résultats courant avant impôt de 7000 exploitations agricoles entre 2015 et 2024, issus du Réseau d’information comptable agricole (RICA) d’Agreste. Ces résultats comprennent les subventions des exploitations agricoles, dont les aides de la PAC. « Ce cadrage permet d’analyser plus directement la capacité de l’activité elle-même à générer un revenu courant suffisant pour les agriculteurs et agricultrices », soutient l'ONG. Pour compenser cet écart avec le Smic, l’étude estime qu’il faudrait en moyenne 3,3 milliards d’euros (Md€) par an, un chiffre qui atteint 4,7 Md€ par an pour 2023 et 2024.
Parmi ces exploitations sous le salaire minimum, 14 % affichent résultat négatif selon les années, et donc « produisent à perte ». 27 % ont généré un résultat équivalent à 1 à 2 Smic, et 30 % un résultat équivalent à plus de deux Smic. L’analyse montre aussi que 56 % des agriculteurs sous le salaire minimum en 2015 n’ont pas dégagé un revenu au-dessus pendant les 6 à 10 années suivantes, symbole d’une « trappe à pauvreté », selon l’expression de Max Havelaar France.
Graphique : Répartition des revenus de l’activité agricole en équivalent Smic annuel (moyenne 2015-2024) (Max Havelaar France)
Une « précarité systématique » selon les régions et les orientations de production
En fonction des régions et des orientations de production, l’ONG estime que « la précarité est systémique », avec à chaque fois au moins 30 % d’agriculteurs sous le Smic en moyenne sur dix ans (2015-2024). Certaines spécialisations sont particulièrement concernées, comme en céréales, légumineuses et oléagineux (53 % des exploitants sous le Smic en moyenne sur 2015-2024), la filière bovin viande (52 %) et les filières ovines et caprines (51 %). À l’inverse, la viticulture (38 %) et les autres grandes cultures de pommes de terre, de betteraves, etc. (34 %) apparaissent plus « résilientes », souligne Max Havelaar France.
Les régions les plus touchées en moyenne sur dix ans sont l’Occitanie (57 % des exploitants sous le Smic), la Nouvelle-Aquitaine (51 %), la Corse (51 %) et l’Auvergne-Rhône Alpes (47 %). D’autres régions s’en sortent mieux comme la Bretagne (31 %).
Selon l’âge du chef d’exploitation, l’analyse indique une probabilité relativement homogène d’être sous le Smic. Des différences sont cependant observées selon la taille de l’exploitation (en fonction de sa production brute standard), avec chez les petites exploitations 61 % des agriculteurs sous le Smic en moyenne depuis 2015, contre près de 25 % pour les plus grandes. Et les exploitations situées en zones défavorisées (zone de montagne, de piémont, soumises à des contraintes) ont un taux d’agriculteurs sous le Smic élevé à 49 %, contre 39 % pour ceux qui n’y sont pas situés.
Carte : Part des agriculteurs dont le revenu agricole est inférieur au Smic (Moyenne 2015 - 2024) (Max Havelaar France)
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Max Havelaar France appelle à agir sur le prix dans le cadre de la loi d’urgence agricole
Évoquant les récentes analyses de l’Insee sur les niveaux de vie des agriculteurs, Max Havelaar France rappelle que des leviers permettent de relever le revenu de leur foyer. L’ONG cite la pluriactivité, l’emploi du conjoint, ou les transferts sociaux. Car dans de nombreux foyers, le bénéfice agricole n’est pas suffisant : il ne représente que 35 % du revenu disponible des ménages agricoles en 2020, selon l’Insee.
En analysant l’évolution des revenus agricoles sur 30 ans, Max Havelaar France a aussi naturellement observé une corrélation entre la hausse du prix payé au producteurs et l’amélioration des revenus. Une telle corrélation n’a pas été observée avec l’augmentation des volumes produits ou exportés. Si l’ONG reconnaît que ces calculs à partir de moyennes nationales nécessitent d’être approfondis, elle appelle quand même à « agir sur le prix payé aux producteurs ». Et ce en particulier dans le contexte du début cette semaine des débats sur la loi d’urgence agricole, où figure déjà la possibilité d’avoir recours à des tunnels de prix dans les filières qui le souhaitent.
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