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Pomme : trois stratégies de lutte automnale contre le puceron cendré

Il est possible de s’attaquer au puceron cendré dès l’automne, par défoliation précoce ou barrières physiques, deux méthodes réservées aux variétés précoces, et grâce à des produits de biocontrôle.

<em class="placeholder">Un verger de pommiers avec certains pommiers recouverts d&#039;argile, pour les protéger des pucerons. </em>
Les barrières physiques (argile) font partie des méthodes expérimentées dans la lutte automnale contre le puceron cendré du pommier, aux côtés de la défoliation précoce et du recours aux produits de biocontrôle.
© Anne Duval-Chaboussou / CTIFL

Défoliation précoce, barrières physiques et produits de biocontrôle : ces trois méthodes de lutte automnale contre le puceron cendré du pommier ont été détaillées dans un webinaire du CTIFL, organisé en septembre avec ses partenaires le Cefel, La Pugère et SudExpé. Résumé de ces résultats d’expérimentations.

La défoliation précoce, pour les variétés précoces

Première méthode : la défoliation automnale. L’objectif de cette technique est d’atteindre 80 % de feuilles tombées début novembre afin de limiter l’installation et l’alimentation des pucerons. Il faut commencer début octobre, avant le vol retour du puceron, qui s’intensifie de mi-octobre à fin novembre. Pour défolier, il est possible de pulvériser des produits phytotoxiques sur feuilles, tels que les chélates de cuivre ou sulfates de zinc, comme cela se fait depuis plusieurs années en agriculture bio et dans certains bassins. « Ces engrais foliaires, appliqués en surdose pour avoir une importante phytotoxicité sur les feuilles, n’ont pas d’usage phytosanitaire, précise à Réussir Bertrand Alison, ingénieur d’expérimentation arboriculture CTIFL détaché à SudExpé. Mais la pratique n’est pas interdite ». Résultat ? « Le Chélonia permet une chute des feuilles assez rapide, tandis que les sulfates de zinc sont moins efficaces », rapporte Vincent Vallejo, responsable d’expérimentation au Cefel. Pour compléter la défoliation, il est possible de tailler manuellement les pousses restantes, qui sinon menacent l’efficacité de la méthode.

Quelle que soit la méthode employée, la principale limite de cette technique est qu’elle ne peut être utilisée qu’en post-récolte, et ne peut donc s’appliquer qu‘aux variétés plutôt précoces, cueillies avant la fin septembre. Les essais de défoliation précoce bénéficient de neuf années de recul en Provence, et aucun effet n’a été constaté sur le retour à fleur. Il serait toutefois intéressant d’en savoir plus sur les risques à long terme, notamment d’une moindre mise en réserve et donc d’une baisse de rendement. L’avantage de la défoliation, en revanche, est qu’un suivi de vol précis n’est pas obligatoire.

Les barrières physiques mais lessivables

Deuxième stratégie : appliquer des barrières physiques (argile) afin de perturber la reconnaissance du pommier par le puceron. Comme pour la défoliation, cette méthode s’applique uniquement sur les variétés précoces, cueillies avant le vol retour. Elle a aussi pour inconvénient d’être difficile à mettre en place selon les conditions climatiques, du fait du lessivage du produit. « Après un automne pluvieux comme en 2023, retrace Clara Carreau, ingénieure d’expérimentation arboriculture et petits fruits rouges au centre CTIFL de La Morinière, jusqu’à huit applications d’argile ont dû être réalisées, chez nous, pour garder les arbres couverts durant toute la période du vol retour ». Dans ces cas-là, le bénéfice apporté au printemps est insuffisant au regard du nombre d’applications.

Les produits de biocontrôle

Troisième méthode automnale : le recours à des produits de biocontrôle, contre les pucerons cendrés installés sur le pommier, afin d’empêcher les pontes. Parmi les produits utilisables en conventionnel (mais pas en bio), le Nori Pro, un produit à action physique, a montré une bonne efficacité (plus 50 %) en applications les 8 et 24 novembre 2022 (pour encadrer le pic de vol), lors d’essais menés au Cefel.

Vincent Vallejo a également partagé les bons résultats du Neudosan (savon potassique insecticide et acaricide) appliqué aux mêmes dates, avec plus de 70 % d’efficacité sans aucun traitement au printemps, et dans une moindre mesure du Limocide (huile essentielle d’orange), avec une efficacité « moindre (35 %) mais non négligeable ». Mais ces deux spécialités ne disposent pas d’homologation sur le puceron cendré. Par ailleurs, comme c’est souvent le cas avec les produits de biocontrôle, l’efficacité de ces formulations peut varier d’une année à l’autre. Ce fut le cas en 2023, où les produits ont été bien moins efficaces. « À l’automne 2023, le suivi du vol retour a été beaucoup plus compliqué qu’en 2022, explique-t-il, avec beaucoup de pluviométrie donc un piégeage difficile et un positionnement forcément aléatoire des traitements, probablement trop tardif par rapport au pic de vol réel ».

Le Nori Pro a également donné de bons résultats dans les expérimentations du CTIFL en place depuis 2023. Clara Carreau a ainsi relevé des efficacités de 60 à 80 %, pour des applications à l’automne sans intervention au printemps. De même, parmi les produits non homologués sur puceron cendré, le Limocide a eu une efficacité comprise entre 60 et 90 % selon le nombre d’applications automnales. Le savon Flipper a eu une efficacité très variable selon les conditions d’applications. Lalguard M52 OD (champignon entomopathogène) a fait montre d’une efficacité intermédiaire, de même que Lovell (huile de paraffine), quant à elle autorisée sur puceron cendré.

Suivi de vol et problèmes de timing

La combinaison de différentes solutions de biocontrôle pourrait aussi être intéressante. C’est ce qui ressort d’un essai conduit sur la variété Gala (précoce) dans le cadre du PAUPFL (Plan alternatives d’urgence phytosanitaire fruits et légumes). « L’objectif était la combinaison de leviers, décrit Vincent Vallejo, donc se servir de la lutte à l’automne pour retirer une application d’azadirachtine (Neemazal ou Oikos) en post-floraison et le remplacer par des produits de biocontrôle ou des auxiliaires pendant la floraison. » Dans ce cadre, c’est la combinaison de Chélonia (défoliation) à l’automne et de Limocide et chrysopes pulvérisées au printemps qui a donné de bons résultats. À l’inverse, le positionnement à l’automne du Neudosan a été compliqué par la forte pluviométrie, empêchant l’efficacité des traitements de printemps.

Et ensuite ? « Nous allons poursuivre le travail sur les leviers à l’automne, annonce Bertrand Alison, notamment pour mieux comprendre l’impact des conditions d’application et mieux suivre le cycle du vol retour et rendre nos BSV (Bulletins de santé du végétal) plus performants. » Pour améliorer la compréhension du vol retour, le projet Puc’arbo (2025-2027) est en cours. « Il s’agit notamment d’essayer de s’affranchir du suivi biologique du puceron, pour mieux prévoir son retour », a résumé Hélène Joie, responsable du pôle fruits à pépins à SudExpé. D’autant que reconnaître les pucerons ailés nécessite un œil particulièrement aiguisé !

Webinaire « Gérer les pucerons cendrés dès l'automne », 9 septembre 2025, en replay sur Vimeo

En savoir plus : le cycle du puceron cendré

« Il démarre à la sortie de l’hiver, explique Claire Carreau, ingénieure d’expérimentation au CTIFL La Morinière, quand les œufs éclosent pour donner naissance à des fondatrices aptères, qui se reproduisent par parthénogenèse (clones). Jusqu’à six générations peuvent se succéder au printemps. Début de l’été, un morphotype ailé apparaît. Ces ailés migrent vers un hôte secondaire, aujourd’hui identifié comme étant le plantain. Au début de l’automne, les femelles ailées migrent à nouveau vers le pommier et donnent naissance à des femelles sexuées qui se reproduisent avec des mâles ailés. Elles vont ensuite pondre des œufs à l’interstice du bois. Ces œufs passent l’hiver, éclosent au printemps, puis un nouveau cycle repart. »

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