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Pomme : dans les Côtes d'Armor, ils diversifient les variétés et les points de vente

Installés en bio en 2005, dans les Côtes d’Armor, Pascale et Xavier Doussinault produisent des pommes de table et à jus pour la vente en circuit court. La production est réfléchie pour répondre à leurs différents marchés.

Ingénieurs agronomes de formation, Pascale et Xavier Doussinault souhaitaient s’installer en production de pommes bio en Côtes d’Armor. « L’objectif était de produire des pommes bio et de les vendre en circuit court pour éviter les intermédiaires, expliquent-ils. La Safer nous a proposé 6 ha à Plestan, des terres qui avaient été utilisées pour produire du maïs et étaient en friche depuis un an. » Pascale s’installe en 2005 et lance les premières plantations. Puis Xavier s’installe à son tour en 2009, avec la même année la création d’un atelier de transformation en jus. Aujourd’hui, le Verger Fleuri compte 3 ha de pommiers et 1 ha de poiriers, framboisiers, rhubarbe, kiwis, coings, groseilles. En plus du couple, un salarié à plein temps et des saisonniers travaillent sur l’exploitation. Près de 60 à 70 tonnes de pommes sont produites chaque année, dont 40 sont vendues en pomme de table, le reste est transformé en jus de pomme ou mélanges de jus de fruits (pomme-coing, pomme-rhubarbe, pomme-groseille…).

Une quinzaine de variétés

Comme la diversification des espèces, les producteurs ont fait le choix de cultiver une quinzaine de variétés de pomme. « La diversité des variétés est une contrainte pour la conduite, admettent-ils. Mais, comme la diversité des espèces, elle est indispensable pour la vente en circuit court. » Un demi-hectare, greffé sur M9, porte-greffe de faible vigueur, est consacré à une dizaine de variétés vendues uniquement en pomme de table et qui se conduisent bien en bio : Reine des Reinettes, Elstar, Jubilé, Reinette Grise du Canada, Melrose, Topaz, Goldrush. Les arbres sont plantés à raison de 5 m entre rangs et 1,5 m entre arbres. Le reste, greffé sur M106, porte-greffe plus vigoureux, est constitué de quatre variétés utilisées à la fois en pomme de table et pour la transformation en jus. Les principales sont Florina Querina, Suntan, Reinette d’Armorique, variétés rustiques, résistantes à la tavelure qui peut causer de gros dégâts en Bretagne, avec des pommes de tous calibres et une bonne aptitude à la transformation. « Suntan a toutefois un problème d’accrochage des fruits et est très sensible au manque de calcium et à l’oïdium », précise Xavier. Ces variétés sont plantées avec 5,50 m entre rangs et 2,5 m entre arbres sur le rang. En poire, la principale variété est Conférence, variété qui se conserve bien. Bien qu’ils aient été améliorés, les sols restent de qualité inégale. « Leur profondeur varie de 30 à 60 cm et il y a parfois des soucis d’humidité du sol. Au fil des années, la circulation de l’eau s’améliore toutefois. » Alors que ce n’était pas prévu au départ, les producteurs ont installé l’irrigation, avec du goutte-à-goutte à 50 cm du sol. « Depuis 3 à 4 ans, les étés et les hivers sont secs, constatent les producteurs. L’irrigation est donc nécessaire. »

Protection contre l’enherbement sur le rang et la tavelure

Une difficulté au départ a été la prolifération des campagnols qui consomment les racines et le collet des arbres. « Nous avons installé des pièges et travaillé le sol en bord de rang avec des outils à disques. » Une autre difficulté majeure est liée à l’enherbement sur le rang. « Nous utilisons un broyeur satellite qui nettoie le contour de l’arbre, mais ce n’est pas suffisant, notamment quand l’herbe est dure. C’est toutefois moins un problème maintenant que les arbres sont grands. » Les inter-rangs sont fauchés trois fois par an. « Je fauche à ras avant la floraison, pour limiter le risque de gel, précise le producteur. Puis je fauche à nouveau en mai et en juin. A l’avenir, je faucherai peut-être en alternance un inter-rang sur deux, pour préserver les auxiliaires. » La protection contre la tavelure est un autre point essentiel. Outre les choix variétaux, une station météo située sur l’exploitation et intégrée au réseau Cidrec (groupement des producteurs de pommes à cidre des Côtes d’Armor), couplée à un modèle de prévision des risques basé sur l’humectation des feuilles, permet de limiter les problèmes. « Nous recevons des avertissements 2 à 3 jours avant la pluie, ce qui évite les traitements inutiles et permet de positionner au mieux les traitements. » Autre difficulté : le carpocapse. « Jusqu’ici, nous utilisions la carpovirusine. Mais en 2018, nous avons dû faire sept passages. En 2019, nous avons donc installé la confusion sexuelle. » La protection contre l’hoplocampe se fait par du piégeage massif sur plaques blanches engluées. « Cela fonctionne bien, mais il faudrait sans doute les installer plus haut », analyse Xavier.

Cueillette en piéton pour les variétés double-fin

Les variétés uniquement destinées à la vente en frais sont cueillies classiquement, avec des escabeaux et après un éclaircissage qui permet d’optimiser les calibres. Les variétés qui servent à la fois pour la vente en pomme de table et pour la transformation sont récoltées différemment. Les pommes de table sont cueillies en un passage, sans escabeau, selon les objectifs de stockage (débouchés, place en frigo). Le tri est fait à la récolte, ce qui évite l’éclaircissage et limite donc le temps de travail. Puis les arbres sont secoués et les cueilleurs ramassent les pommes au sol pour la transformation en jus. « Cela représente un gain de temps important », soulignent les producteurs.

Vente en circuits courts

15 % des pommes sont vendues en restauration collective. « La cuisine centrale de Plérin qui voulait développer ses approvisionnements en bio local est venue nous voir, explique Pascale. C’est un enjeu important de faire connaître le bio aux enfants. Nous nous sommes alors équipés d’une calibreuse pour pouvoir fournir des pommes de 90-120 g adaptées aux enfants. Nous livrons aussi en direct des cantines scolaires et deux restaurants administratifs qui recherchent de plus gros calibres. En tout, nous avons 25 points de livraison en restauration collective. » Une partie des fruits et jus de fruits est commercialisée en paniers dans le cadre de deux associations : la Binée Paysanne, association de producteurs bio des Côtes d’Armor, avec commande sur internet et livraison sur une dizaine de points de dépôt (120 paniers/semaine), et Voisins de Paniers, une association de consommateurs, avec 12 points de dépôt (130 paniers/semaine). Une partie des fruits et jus est commercialisée dans des magasins spécialisés, notamment quatre Biocoop, livrées d’octobre à avril. Et 10 % est vendu en direct à la ferme, le samedi de 9h30 à 12h30. Enfin, une partie est parfois vendue à des grossistes. Les prix sont fixés à l’année.

A savoir

Parcours

Avant 2005 : formation d’ingénieur agronome, mission de solidarité internationale au Brésil pendant 2 ans

2005 : installation de Pascale – premières plantations

2006 : plantation du reste du verger

2009 : installation de Xavier et création de l’atelier de transformation

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