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Pomme : contre le puceron cendré, la lutte automnale s'organise

Face aux difficultés croissantes de maîtrise du puceron cendré sur pommier, des stratégies de lutte automnale sont testées depuis plusieurs années. Les techniques commencent à s’affiner.

verger de pommiers
L’objectif de la lutte automnale est de perturber ce vol retour pour limiter les pontes et réduire la pression du ravageur au printemps. 
© La Pugère

Le puceron cendré du pommier, Dysaphis plantaginea, est un des ravageurs les plus redoutables des arbres fruitiers. La lutte repose essentiellement sur l’application d’insecticides au printemps. Mais face à la réduction des solutions disponibles, la recherche expérimente depuis plusieurs années des techniques de lutte automnale. Ce sujet sera abordé lors de la Journée nationale pomme, le 20 juin 2024 au centre CTIFL de La Morinière (Indre-et-Loire). « Le puceron cendré effectue son cycle sur deux hôtes, le pommier et le plantain, explique Anne Duval-Chaboussou, du centre CTIFL de La Morinière. En fin de printemps, les colonies quittent le pommier et migrent sur le plantain. Puis, à partir de mi-septembre, des adultes ailés reviennent sur le pommier, s’y reproduisent et donnent des œufs qui passent l’hiver sur le pommier. L’objectif de la lutte automnale est de perturber ce vol retour pour limiter les pontes et réduire la pression puceron au printemps. »

Une piste est l’application d’argiles calcinées pour perturber le puceron par un changement de couleur des feuilles et le masquage olfactif du pommier et altérer la nutrition. « Par faible à moyenne pluviométrie, l’argile permet d’économiser un traitement au printemps, résume Anne Duval-Chaboussou. La technique est plus compliquée les automnes pluvieux, où il est conseillé de privilégier les argiles formulées, moins lessivables. » Surtout, la principale limite à l’application d’argile est qu’elle est peu réalisable sur les variétés tardives, les résidus d’argile générant des surcoûts de lavage des fruits et pouvant les rendre invendables.

Défolier pour perturber la localisation

Une autre piste pour perturber le retour des pucerons est la défoliation précoce par application d’engrais foliaires. « L’idée est de perturber la localisation de l’arbre par l’absence de “vert” et d’empêcher l’alimenimptation et la reproduction », explique l’expérimentatrice. Les essais montrent que le défoliant le plus efficace est le chélate de cuivre. Par temps doux, une application à 10 l/ha de Chelonia Cu93 peut suffire. « Il faut vérifier le taux de chute des feuilles, et faire une deuxième application s’il est inférieur à 80 % dix jours après le premier passage ». La dynamique de chute des feuilles varie selon la variété, Granny étant plus difficile à défolier que Golden, Gala, Braeburn ou Crimson Crisp.

L’application doit se faire après récolte et avant le début du vol retour, de mi-septembre à fin septembre en Val de Loire et du 1er au 10 octobre dans le Sud-Est. L’efficacité sur la réduction des pucerons au printemps est de 50-60 % pour deux applications à 10 l/ha. « La défoliation à l’automne montre de bonnes efficacités, mais peut entraîner de nouvelles floraisons par temps doux, note Carine Mestre, de la station La Pugère (Bouches-du-Rhône). L’utilisation du chélate de cuivre, qui apporte 900 g à 1,8 kg/ha de cuivre métal pour une à deux applications, doit aussi être prise en compte dans la gestion du cuivre, limité à 4 kg/ha/an sur sept ans. »

puceron cendré - pommier
Le puceron cendré effectue son cycle sur deux hôtes, le pommier et le plantain. © RFL

Une piste pour remplacer le chélate de cuivre est le sulfate de zinc, avec des efficacités de 70 à 99 %, solution très peu utilisée toutefois du fait de risques de toxicité racinaire. Des essais sont aussi menés avec une application de chélate de calcium à 5 l/ha, efficace sur Golden, mais sans effet sur des variétés plus difficile à défolier. « Des essais pourront être remis en place avec plus d’applications ou une dose plus élevée », précise Carine Mestre. Et là encore, la principale limite à la défoliation est qu’elle ne peut s’appliquer que sur les variétés précoces, l’utilisation d’engrais foliaires avant récolte pour faire chuter les feuilles n’étant par ailleurs pas homologuée.

Du biocontrôle pour limiter les pontes

Une piste prometteuse est le biocontrôle à l’automne pour contrôler les adultes et les empêcher de pondre. Le Nori Pro, composé de polymères qui recouvrent et immobilisent l’insecte, a montré jusqu’à 89 % d’efficacité sur la pression puceron au printemps. La firme qui le commercialise ne le préconise cependant que sur les variétés récoltées, du fait de possibles brûlures des fruits. Une autre solution, utilisable sur toutes les variétés, est le Flipper, savon noir à l’action décapante, desséchante et suffocante. « Son efficacité sur deux ans est de 70-75 % », indique Carine Mestre. Autorisé en bio, le Flipper a été sous dérogation 120 jours au printemps et à l’automne 2023. « Et nous avons bon espoir qu’il soit homologué à l’automne en 2024 », indique Anne Duval-Chaboussou. Les essais en microparcelles conduisent à préconiser deux à trois applications à 10 l/ha sur le pic du vol retour.

« S’il est bien positionné, avec 24 à 48 heures sans pluie et des températures autour de 14 °C, le Flipper a la même efficacité que les références chimiques et permet de se passer de traitement au printemps dans nos microparcelles. » Les conditions optimales d’application (température, humidité, pluviométrie) doivent encore être affinées. Une difficulté est aussi le positionnement des traitements. « Le puceron revient sur le pommier quand la photopériode diminue, de fin septembre à mi-novembre en Val de Loire, avec un pic fin octobre, et de mi-septembre à début décembre dans le Sud-Est, avec un pic de fin octobre à mi-novembre. » Le modèle Rimpro aboutissant à un pic de retour deux à trois semaines plus tôt que ce que révèlent les piégeages, les traitements se font à partir de piégeages sur plaques engluées ou par frappage.

Positionnements de Flipper sur œufs

« Les résultats avec le Flipper sont très encourageants, assure Anne Duval-Chaboussou. Les périodes d’intervention sont fixées en Val de Loire et dans le Sud-Est, et des essais sont en cours pour les préciser en Alsace, en Bretagne, dans le Sud-Ouest… » En 2024, des essais en grandes parcelles seront menés à La Morinière. Des positionnements du Flipper sur œufs, fin novembre et en janvier, seront aussi expérimentés. Et d’autres pistes seront testées, notamment des huiles essentielles d’orange douce et des extraits d’ortie.

Un plan d’alternatives d’urgence phytosanitaire

Fin 2023, le projet PAUFL (Plan d’alternatives d’urgence phytosanitaire fruits et légumes) a été engagé pour trois ans, cofinancé par le ministère de l’Agriculture (2,5 M€) et Interfel (500 000 €). Coordonné par le CTIFL avec douze partenaires, il vise à identifier les usages menacés et à tester des alternatives. Plus de 150 usages peu ou pas pourvus ont été identifiés, dont le puceron cendré du pommier. « Depuis l’interdiction en 2018 des néonicotinoïdes, la protection contre le puceron cendré repose essentiellement sur les insecticides systémiques Movento et Teppeki et sur l’insecticide de contact Karaté K, explique Vincent Vallejo, du Cefel (Tarn-et-Garonne). Or le Movento, qui n’est plus soutenu par Bayer, et le Karaté K, retiré du marché, disparaîtront le 30 avril 2024. Et le Teppeki est confronté à l’émergence de résistances. En 2023, sur dix échantillons prélevés par la chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, au moins un puceron résistant à la flonichamide, substance active du Teppeki, a été retrouvé dans chaque échantillon. »

Combiner différents leviers

Des expérimentations ont été engagées au Cefel et à Sud-Expé pour lister les alternatives et mettre en place des stratégies combinant différents leviers. Des essais sont notamment menés sur la combinaison d’une prophylaxie à l’automne pour réduire la pression au printemps (défoliation, Flipper, Nori Pro, huiles essentielles d’orange douce) et d’une lutte au printemps. « En conventionnel, l’objectif est de se passer du Movento en utilisant du Neemazal ou de l’Oikos, à base d’azadirachtine », précise Vincent Vallejo. Les essais montrent une assez bonne efficacité de l’azadirachtine en encadrement de la floraison. Une modalité sans traitement après floraison, mais avec application sur fleurs de savon noir labellisé abeille, a aussi été testée en 2023, sans succès. Une autre modalité testée en 2023 a été la pulvérisation d’œufs de chrysope, là encore sans succès, les pucerons étant arrivés trop tard pour nourrir les larves. Les essais se poursuivent en 2024 avec aussi le test au printemps d’huiles essentielles d’orange douce.

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