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Maraîchage en Charente : la lutte contre les fortes températures sous abris s’organise

Avec des étés de plus en plus chauds, les maraîchers charentais font face à des brûlures et des pertes de fleurs sous abris. Les leviers de lutte ont fait l’objet d’une journée collective maraîchage organisée le 13 octobre, à Guimps, par la chambre d’agriculture de la Charente.

<em class="placeholder">Une journée collective maraîchage consacrée aux abris en Charente en octobre 2025</em>
La lutte contre la montée des températures sous abris due au changement climatique était au cœur d'une journée collective maraîchage organisée le 13 octobre 2025 à Guimps, en Charente, chez l'EARL Garcin.
© M.-C. Bidault

Tomates, poivrons, concombres, aubergines ou encore fraises figurent parmi les espèces les plus sensibles aux effets du changement climatique. Les producteurs charentais constatent des pertes de vigueur, des brûlures foliaires ou de fruits, une baisse de nouaison et davantage d’acariens et de thrips. Sylvie Sicaire, conseillère légumes à la chambre d’agriculture de la Charente, accompagne les maraîchers dans le renouvellement de leurs abris dans un contexte de hausse des températures et de la luminosité moyenne. Si les grosses structures évoluent vers des serres multichapelles, les plus petites et les nouveaux installés restent sur des tunnels simples. Dans les deux cas, la protection contre la lumière et la chaleur est un enjeu fort.

Lire aussi : Maraîchage en Charente : « Je blanchis mes serres multichapelles une fois par an »

Le filet d’ombrage pour refroidir les tunnels

Sur les tunnels simples, les maraîchers utilisent des filets d’ombrage, faciles et rapides à poser. « En 2024, où nous avons eu peu de soleil, le filet a été un atout pour s’adapter aux variations de la météo », indique la conseillère. Dans les tunnels de cinq à neuf mètres, ils peuvent être posés facilement sur le plastique sans recouvrir les aérations latérales. Le filet permet de réduire de 30 à 50 % le rayonnement, d’abaisser la température des organes de 2 à 5 °C, du substrat de 2 à 3 °C, et de l’air d’environ 1 °C au-delà de 30 °C.

« L‘inconvénient est qu’il faut décider à l’avance du taux d’ombrage. C’est un compromis entre date de pose, culture et type d’aération », souligne Sylvie Sicaire. Dans les tunnels sans aération latérale ou au faîtage, on ne choisira pas d’ombrage trop fort et dans les tunnels mixtes, il faudra adapter le degré d’ombrage à la culture la plus exigeante en lumière ou à celle à fort pouvoir couvrant. Côté coûts, les filets restent un investissement important entre 100 et 150 euros les 1 000 m2, mais se conservent entre cinq et dix ans et ont l’avantage de nécessiter peu de main-d’œuvre.

S’il est bien adapté aux tunnels simples, le filet d’ombrage ne peut pas s’installer sur des multichapelles hautes. Sylvie Sicaire signale qu’il existe des écrans qui se posent au faîtage, sur les ouvrants (en demi-lune), mais les retours d’expérience montrent que ces écrans peuvent freiner le renouvellement d’air et avoir un impact négatif pendant les mois d’hiver, s’ils ne sont pas escamotables.

Le blanchiment pour moduler la lumière

Le revêtement à la peinture constitue l’autre solution activée pour réduire l’impact de la luminosité et de la température, sur tunnels comme sur serres multichapelles, avec un ajustement du taux d’ombrage (30 à 50 %) selon la dilution du produit (12 à 25 %). En Charente, les producteurs de tomates sous tunnel effectuent souvent un premier blanchiment en mai à faible dose, puis un second en juin pour le renforcer. Une alternative consiste à combiner blanchiment léger en mai et, si nécessaire, renforcer ensuite avec un filet d’ombrage.

Deux types de blanchiment sont possibles. Le premier se fait avec des peintures d’ombrage à base de résines acryliques biodégradables (Ombraflex, Eclipse, Climalux, Parasoline…) dont la tenue varie selon la formulation. Ces produits standards sont lessivés par la pluie et peuvent nécessiter plusieurs applications. A contrario, les produits à adhésion renforcée (à base d’acide), nécessitent souvent un dé-blanchiment à l’automne. Le coût varie de 20 à 80 euros les 1 000 m2 selon les choix réalisés. L’argile blanche calcinée représente une autre option, nécessitant deux à trois passages par saison. Des produits comme Sokalciarbo WP, Baikal WP ou Argical Pro sont utilisés à une dilution de 5 à 8 %, pour un coût de 15 à 24 euros les 1 000 m2. Sylvie Sicaire indique qu’il faut diluer au préalable l’argile dans un bac, verser la solution dans un pulvérisateur à piston membrane, et compléter en eau avant de mettre en agitation.

Blanchir est une opération technique

Blanchir une toiture est facile à réaliser sur des tunnels simples avec une cuve au sol et une lance, mais beaucoup plus complexe sur des multichapelles hautes. « Il faut monter par une échelle sécurisée dans les chéneaux avec des équipements spécifiques et asperger de chaque côté », explique la conseillère, qui rappelle que cette tâche doit être réalisée par le chef d’exploitation pour des raisons de sécurité au travail. Un salarié doit suivre une formation spécifique.

<em class="placeholder">Une serre multichapelle chez Garcin en Charente.</em>

La question du blanchiment sur des serres multichapelles est un enjeu dans un département où ce type d’abri se développe. « Faut-il prévoir des allées assez large pour un travail sécurisé depuis le sol dès l’implantation des serres, ou se tourner vers des équipements spécifiques en chéneaux », s’interroge Sylvie Sicaire. Dans les régions de maraîchage comme le Lot-et-Garonne ou les Pays de la Loire, ce travail est confié à des entreprises spécialisées, et l’utilisation de drones progresse. Encore faut-il avoir des surfaces de serre suffisamment importantes pour rentabiliser ce type d’intervention… « Nous n’en sommes pas encore là en Charente où les maraîchers sont dispersés et où la surface d’abris oscille entre 500 m2 et 10 000 m2 cumulés pour les exploitations les plus anciennes », conclut-elle.

Rédaction Réussir

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