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Les fruits argentins s’ouvrent au monde

Terre traditionnellement arboricole, l’Argentine se tourne vers l’export depuis trois ans en mettant en avant la qualité de ses produits et son orientation vers l’agriculture biologique.

La production de pomme est en déclin en Argentine avec une réorientation vers la poire pour qui le climat est plus propice.
© N.Venticinque

L’Argentine a une tradition du commerce des fruits depuis leur introduction sur le territoire avec l’arrivée des immigrés européens. Après dix années de politique axant la production sur la consommation intérieure, le secteur se réorganise depuis trois ans pour se placer sur les marchés d’exports. « Le gouvernement essaye d’ouvrir de nouveaux marchés en négociant les droits de douane », témoigne Bertina Ernst du bureau marketing Topinfo. Après cinq années d’efforts et quelques expéditions pilotes, le marché chinois s’est ouvert avec une diminution de moitié des droits de douane sur certains produits, ce qui rend l’Argentine plus compétitive sur cet immense marché très convoité. « Nous espérons pouvoir y vendre près de 15 000 t de myrtille, ajoute Federico Baya du Comité argentin de la myrtille (voir ci-après). Mais le challenge est le transport, nous sommes à 30 jours de transport par bateau. » L’Europe reste la première destination des fruits argentins pour un gros tiers des volumes du fait qu’une partie importante de la population soit issue du vieux continent. « Mais on remarque que l’Europe a acheté moins de fruits chez nous en 2018 car la production interne a été importante et la proximité géographique est privilégiée, constate Bertina Ernst. Nous avons donc besoin de nouveaux marchés. » En Amérique latine, les classes moyennes se développent, les exports vers ces pays ont augmenté passant de 3 % en 2009 à 10 % en 2018. La Russie après son embargo sur les produits européens, se fournit en grande partie en Argentine. Elle y est devenue la première provenance des fruits importés.

Un pays pionnier dans le bio

Les exports vers l’Amérique du Nord ont aussi augmenté de 7 % à 12 % en dix ans, notamment grâce au développement de l’offre bio. « L’Argentine est le premier pays à avoir réglementé ce mode production et nous possédons aujourd’hui la plus grande superficie de culture en agriculture biologique, notamment grâce à la Patagonie », continue la spécialiste. Le pays jouit d’un climat propice à ce mode culture. Le label bio concerne un tiers des pommes produites en Argentine et près d’un neuvième des poires. Entre 80 et 90 % des pommes et 30 % des poires exportées vers l’Amérique du Nord sont bio. Les pommes à destination de l’Europe sont pour moitié bio et un tiers pour les poires. La poire est le produit phare de l’Argentine à l’export. Le pays est le premier pays producteur, exportateur et transformateur de ce fruit de l’hémisphère sud. Près de 300 000 t sont exportées chaque année, ce qui représente près de 40 % des exports de fruits de l’Argentine. « Nous avons un climat idéal pour la production de poire avec une ressource en eau abondante », continue la statisticienne. William reste encore majoritaire avec 37 % des surfaces. Mais elle est de plus en plus difficile à commercialiser car elle est vue comme une poire difficile à récolter et à conserver. Packham, Danjou, Abate Fetel, Red Bartlet et Beurre Bosc sont les autres variétés majoritaires. « C’est un challenge de trouver de nouvelles variétés pour la vallée du Rio negro, indique Bertina Ernst. Mais pour le moment nous arrivons à compenser les baisses d’exports de William vers l’Europe avec l’augmentation des exports vers la Bolivie, l’Uruguay, Israël, le Canada et les Etats-Unis. »

« L’Argentine sent le citron »

Le citron est la production emblématique de l’Argentine avec plus de 1,5 million de tonnes produit chaque année dont 1 million à 1,2 million transformé. « L’Argentine sent le citron », s’enthousiasme Bertina Ernst. Seulement 15 % de la production sont exportées en frais, aux deux tiers vers l’Europe, et après 20 ans de lutte, vers les Etats-Unis. Mais les citrons représentent un tiers des fruits exportés. « Nous misons sur l’export de fruits de qualité car nous sommes loin des pays importateurs, le transport coûte donc cher et d’autres fournisseurs peuvent mieux se placer sur la gamme médium », analyse l’ingénieure agricole. La pomme arrive en troisième, en régression depuis dix ans au profit des poires et des citrons. Une des raisons est le choix par le passé de Red Delicious qui occupe près de la moitié des vergers, mais qui n’est plus une variété prisée en Europe. « En revanche, nous avons un avantage avec Gala, car nous sommes le premier pays de l’année à en produire. Et le quart de nos vergers est implanté avec de la Pink Lady® qui se vend très bien. » La part des oranges et des mandarines a aussi régressé dans les exports depuis 2018. « Il est difficile de passer des accords avantageux car le Chili et le Pérou sont très présents sur ce produit, indique Bertina Ernst. Pourtant notre mandarine n’a rien à voir avec celles de nos voisins. Elle a un goût remarquable. Nous arrivons à la valoriser sur les marchés de l’Europe de l’Est pour près de la moitié des volumes exportés et vers l’Asie pour un tiers. »

Une diversification vers le kiwi et la grenade

D’autres produits sont plus marginaux. La cerise, produite principalement à Mendoza, a tendance à étendre son aire de culture en Patagonie avec de nouvelles variétés et des technologies modernes. « La cerise exportée vient de ces nouvelles zones de production. Le produit est difficile mais un marché s’est ouvert vers la Chine où les produits chiliens sont aussi très présents. » Plus de 4 000 t ont été exportées en 2018-2019, principalement vers l’Amérique du Nord et l’Asie, chacun pour un tiers des volumes. L’Argentine mise aussi sur l’Europe qui importe un quart des volumes exportés. Le raisin a connu son âge d’or jusqu’en 2010, où les exportations ont atteint 50 000 à 60 000 t. Aujourd’hui, elles ont été divisées par dix. « Cette culture a besoin de beaucoup de main-d’œuvre, ce qui est un frein ». Elle rencontre aussi des problèmes techniques, une saison de production courte et la compétition du Chili et du Pérou. Mais la filière se rétablit doucement depuis 2017. Enfin, la grenade et le kiwi sont deux fruits montants dans les exports. Près de 1 600 t de grenades et 1 000 t de kiwi ont été exportées en 2018. Le nouveau gouvernement prône davantage l’export et cherche à aider les filières à s’organiser en conséquence. Les filières traditionnelles de fruits ont besoin de se moderniser tant dans leurs équipements que dans les variétés pour faire face à la concurrence. La filière citron et myrtille sont les plus réactives en se démarquant par la qualité et une réactivité aux exigences sanitaires.

Source : Fruit logistica

Un droit du travail protecteur

« Notre main-d’œuvre est très bien protégée par un solide droit du travail », souligne Bertina Ernst. Avantage pour fidéliser les salariés, il peut devenir un inconvénient. « Avec le problème de l’inflation, les négociations salariales sont permanentes », analyse Federico Baya d’ABC. Pour que cette protection soit valorisée, les producteurs de myrtilles misent sur les certifications sociales ou le commerce équitable. Une cinquantaine de producteurs du secteur ont une certification sociale proche du RSE. « Mais il n’est pas évident de se mettre constamment aux normes », constate le représentant de la filière myrtille.

La myrtille mise sur la qualité

L’Argentine s’est imposée depuis 20 ans comme exportateur de myrtille. Avec plus de 3 000 ha, elle produit chaque année près de 20 000 t, destinées à 90 % à l’export dont les trois quarts vers les Etats-Unis. « Notre objectif a longtemps été de combler la fenêtre entre la fin de récolte aux Etats-Unis et le début de la récolte au Chili, témoigne Federico Baya, du comité argentin de la myrtille (ABC). Mais depuis quelques années, le Pérou cible aussi cette fenêtre. » Or avec une main-d’œuvre plus chère qu’au Pérou, l’Argentine ne peut le concurrencer sur les prix. « Notre organisation qui regroupe près de 150 producteurs, a donc misé sur la recherche de nouvelles variétés développées aux Etats-Unis, plus gustatives et plus sucrées pour se démarquer du marché, continue Federico Baya. Le goût est la clef de voûte de notre stratégie et nous savons que certains marchés comme celui du Royaume-Uni ou de la Chine y sont sensibles. » Les autres axes de développement sont celui de l’agriculture biologique et du commerce équitable.

En chiffres

Productions 2017

362 000 t de poire

312 000 t de citron

308 000 t de pomme

219 000 t d’orange

155 000 t de mandarine

20 000 t de myrtille

source : FAOstat

Exports 2017-2018

280 000 t de poire

241 000 t de citron

80 000 t de pomme

78 000 t d’orange

41 000 t de mandarine

16 000 t de myrtille

source : Top info

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