« L’agriculture doit autant à ses femmes qu’à ses hommes » : un plan pour les agricultrices présenté au salon de l’agriculture
Aurore Bergé et Annie Genevard ont présenté ce 23 février un plan d’actions en 41 mesures pour favoriser la place des femmes dans l’agriculture. Décryptage.
Aurore Bergé et Annie Genevard ont présenté ce 23 février un plan d’actions en 41 mesures pour favoriser la place des femmes dans l’agriculture. Décryptage.
« L’agriculture doit autant à ses femmes qu’à ses hommes », « les femmes ne sont pas à la marge de l’agriculture française, elles en sont une force vitale » ainsi Annie Genevard et Aurore Bergé débutent respectivement leur discours sur le stand du ministère de l’agriculture ce 23 février au salon de l'agriculture.
La ministre de l’Agriculture et la ministre déléguée en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes sont venues présenter le plan d’actions pour favoriser la place des femmes en agriculture, entourées de plusieurs agricultrices réunies dans un groupe de travail qui a planché sur le sujet.
les femmes ne sont pas à la marge de l’agriculture française, elles en sont une force vitale
Elaboré à l’issue d’une vaste consultation nationale réalisée durant l’été 2025 (à laquelle 3400 personnes ont répondu), ce plan rassemble 41 mesures concrètes organisées de six axes.
« Statuts fragiles, matériel inadapté, accès plus difficile aux financements, au foncier, aux instances... 83 % des agricultrices constatent des inégalités, un tiers les juge même plus fortes qu’ailleurs. Ces inégalités ne tombent pas du ciel : elles sont le produit d’une histoire. Et parce qu’elles sont construites, nous pouvons et devons les faire évoluer », ainsi commente Aurore Bergé, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes à partir des résultats de la consultation, dans le dossier de presse.
Quelles propositions pour améliorer la place des femmes dans l’agriculture ?
Rendre les femmes plus visibles dans le monde agricole
Pour rendre les femmes du monde agricole plus visibles et favoriser les vocations, le plan propose que le ministère publie chaque mois un portrait de femme travaillant en agriculture, diffusé sur les réseaux sociaux. Au premier trimestre 2026, des actions de communication seront aussi menées par l’Etat pour attirer plus de jeunes femmes dans les métiers agricoles et l’enseignement agricole. En 2026, sera également menée une expérimentation dans des territoires pilotes pour afficher sur les produits agricoles fabriqués par des agricultrices un logo « femmes agri ».
Lutter contre les stéréotypes dans l’enseignement agricole
Pour battre en brèche les préjugés qui freinent encore l’installation des femmes en agriculture (évoqués par 44% des répondants à la grande consultation), le plan préconise de sensibiliser tous les personnels éducatifs de l’enseignement agricole à la lutte contre les préjugés. Afin d’encourager les femmes à s’engager dans les métiers de la production agricole, un mentorat « 1 agricultrice/1 élève » sera lancé dès cette année. Les établissements agricoles devront aussi s’engager à accompagner les filles dans la recherche de stage. A la rentrée 2026, seront aussi intégrés dans les formations des temps spécifiques sur l’entrepreneuriat féminin dans le monde agricole.
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Accompagner et soutenir les agricultrices au quotidien
Alors que « la conciliation entre vie familiale et professionnelle est citée comme le premier frein à l’installation des femmes en agriculture » par 33% des participants à la consultation, le plan propose de mettre en place des plages horaires plus flexibles pour les remplacements des agricultrices durant leur congé de maternité, d’inciter les caisses MSA à soutenir la création de micro-crèches ou encore de permettre aux agricultrices ayant un enfant malade de bénéficier d’un remplacement.
Lever les difficultés à l’installation
Alors que seules 39% des personnes s’étant présentées au point accueil installation (PAI) en 2024 étaient des femmes, et qu’une personne sur deux considère que la transmission des exploitations ne de bénéficie pas autant aux femmes qu’aux hommes, Annie Genevard propose de sensibiliser d’ici à 2028 l’ensemble des conseillers des chambres d’agriculture et des structures de conseil et d’accompagnement de France service agriculture (FSA) à la problématique. Par ailleurs un réseau de mentorat entre femmes sera lancé en 2027 et déployer dans tous les départements ‘ici à fin 2028.
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Améliorer le statut et les conditions des travail des femmes en agriculture
En prévision de la sortie du statut de conjoint collaborateur d’exploitation agricole (d’ici à 2027 pour de nombreuses femmes, et au bout de 5 ans pour les autres), le plan prévoit à partir de 2026 un accompagnement individualisé pour définir le statut vers lequel évoluer. Pour améliorer les conditions de travail, le ministère de l’Agriculture annonce qu’une enquête du syndicat français des acteurs industriels de l’agroéquipement et des espaces verts (Axema) sera lancée en ce début 2026 pour « identifier quels matériels doivent être adaptés en priorité et comment ». Par ailleurs les constructeurs de matériel seront incités à la prise en compte de l’ergonomie et des différentes morphologies lors des commissions de normalisation.
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Développer la place des femmes dans les instances agricoles
Parce que les femmes restent sous-représentées dans les instances de gouvernance, le plan d’Annie Genevard prévoit de se donner pour objectif de rendre à composition paritaire les commissions administratives agricoles suivantes lors de leur prochain renouvellement : CSO, commission départementale d’orientation en agriculture (CDOA), ou encore CDPenaf au niveau local. Dès 2026, les organismes sous tutelle du ministère de l’Agriculture s’engageront à publier chaque année un index sur la représentation des femmes dans les instances de gouvernance. Autre mesure proposée : la mise en place de formations dédiées pour favoriser l’engagement dans les instances de gouvernance par Chambres d’agriculture France.
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« Ce plan n’est pas un aboutissement mais marque le début d’un mouvement que nous accompagnerons avec constance et vigilance », assure Annie Genevard en conclusion, s’étonnant que le statut des femmes en agriculture soit complètement ignoré des instances européennes.