Fruits et légumes : la prophylaxie doit changer d’échelle
La prophylaxie devient essentielle dans la gestion des bioagresseurs. Mais pour qu’elle soit efficace, il faut en connaître tous les aspects et sortir de l’échelle de la parcelle.
La prophylaxie devient essentielle dans la gestion des bioagresseurs. Mais pour qu’elle soit efficace, il faut en connaître tous les aspects et sortir de l’échelle de la parcelle.
Face au retrait d’homologations de produits phytosanitaires, la prophylaxie devient un élément central de la stratégie de protection. Si aujourd’hui des mesures prophylactiques se sont démocratisées à l’échelle de la parcelle, de nombreuses problématiques imposent désormais de surveiller et d’interagir sur l’ensemble du système sol-plante-environnement. C’est ce qu’ont démontré les intervenants de la journée dédiée à la prophylaxie, organisée par les membres du programme Synergies bio & non bio, le 5 mai dernier.
Les limites des mesures prophylactiques « classiques »
Les mesures prophylactiques connues aujourd’hui sont majoritairement mobilisées à l’échelle de la parcelle, en cours de culture. Parmi ces mesures on retrouve la protection physique via la mise en place de filets ou de paillage, la gestion de l’irrigation et de la fertilisation au plus près des besoins, la suppression des organes ou des plantes contaminées en tout début de culture ou, plus ponctuellement, la mise en place de bandes fleuries favorisant la présence naturelle d’auxiliaires. Ensuite se met en place une surveillance des premiers symptômes permettant une détection précoce pour l’application des dernières solutions phytosanitaires existantes. L’objectif est, au mieux, de ralentir le développement du bioagresseur. Sans solution curative, ces mesures prophylactiques sont vécues comme insuffisantes par de nombreux producteurs.
Vers une prophylaxie guidée par l’épidémiosurveillance
Il faut donc concevoir la prophylaxie d’une autre manière : aller voir plus loin que la parcelle et remonter le temps pour agir sur les vecteurs de transmission. L’épidémiosurveillance permet ainsi d’identifier des indicateurs révélant des conditions favorables au développement des bioagresseurs. Un exemple illustre bien son intérêt : le dépérissement des espèces Prunus étudié par le projet de recherche Beyond de l’unité PSH d’Inrae. Cette problématique due à plusieurs pathogènes est aggravée par des stress biotiques (nématodes, herbivores et champignons du sol) et abiotiques (pH, gel, inondations et sécheresses). Le projet dresse un diagnostic des indicateurs d’épidémiosurveillance adaptés.
Des indicateurs d’épidémiosurveillance adaptés
Parmi les indicateurs ciblant le dépérissement, figure la réalisation de cartographies des propriétés physico-chimiques du sol et de son potentiel hydrique. Elles permettent de déterminer si la zone de production est favorable aux stress abiotiques pouvant aggraver le dépérissement. Dans la même logique, un suivi à grande échelle des nématodes herbivores affaiblissant les racines des arbres aide à identifier, en amont d’une plantation, un autre facteur d’affaiblissement.
Des indicateurs plus indirects peuvent également être mesurés à titre préventif, comme certains paramètres métaboliques ou écophysiologiques. Une baisse des capacités antioxydantes peut par exemple traduire une difficulté de l’arbre à faire face aux stress, tandis qu’un stress hydrique peut réduire ses capacités de défense et favoriser l’installation de pathogènes impliqués dans le dépérissement.
Les risques futurs sont aussi à prendre en considération dans les indicateurs. Dans le cas du dépérissement, la création de modèles de prédiction des zones les plus à risque de gel, sécheresse ou inondation permet de mobiliser des leviers protégeant certains stades physiologiques, assurant ainsi la production de l’année en cours. Elle permet aussi d’éviter la fragilisation de la culture pour les années futures.
Un déploiement de la prophylaxie encore limité
La prophylaxie et plus particulièrement l’épidémiosurveillance repose sur du temps d’observation et de la main-d’œuvre formée, dans un contexte où la filière agricole peine à recruter. Face à cette difficulté, les partenaires du projet Beyond porté par l’Inrae s’inquiètent de la possibilité de la déployer à grande échelle. Une mutualisation des travaux entre filières permettrait de partager les coûts de surveillance et les données collectées.