Fraise : six variétés testées face au défi climatique
Face au changement climatique, la filière fraise cherche à identifier les variétés les plus aptes à maintenir leur production dans des conditions de hausse des températures. Les premiers résultats du CTIFL montrent des réponses variétales contrastées.
Face au changement climatique, la filière fraise cherche à identifier les variétés les plus aptes à maintenir leur production dans des conditions de hausse des températures. Les premiers résultats du CTIFL montrent des réponses variétales contrastées.
Pendant deux ans, le CTIFL a étudié l’impact du changement climatique, et notamment de la hausse des températures, sur six variétés de fraise : Dream, Charlotte, Murano, gariguette, Ciflorette et Clery. Deux conduites ont été comparées, l'une appelée « jours chauds » et l’autre « classique ». Les résultats montrent que la hausse des températures n'implique pas une perte de rendement pour toutes les variétés.
Les variétés très productives plus sensibles à la chaleur
En situation de température élevée, la littérature scientifique rapporte généralement une baisse des rendements. Pourtant, les résultats du CTIFL montrent que certaines variétés semblent mieux résister au stress thermique. Pour la fraise remontante Charlotte, une très légère augmentation du rendement est observée en 2025, de 13 grammes par plant pour la conduite jours chauds par rapport à la conduite classique. En 2026, « Charlotte est celle qui produit le moins mais qui reste assez stable et a même une petite hausse en jours chauds comparée à la modalité de référence », détaille Julia Guillot, ingénieure d’expérimentation fraise au CTIFL.
Autre observation intéressante, les résultats de 2025 pour la variété précoce Dream sont positifs avec une hausse de rendement observée de 22 grammes par plant par rapport à la conduite classique. Pour l'essai 2026, malgré la hausse des températures, « nous avons Dream et Clery qui restent à peu près stables et montrent à peu près le même comportement que la modalité de référence », précise l’ingénieure d’expérimentation.
À l’inverse, les variétés les plus productives en conditions classiques apparaissent comme les plus sensibles aux fortes températures. « On voit que Murano et gariguette, qui sont celles qui produisent le plus habituellement, dégringolent. On est à près à 88 grammes de différence pour Murano par rapport à la référence », note Julia Guillot. Pour gariguette, le rendement en situation de stress thermique recule également de façon importante. Ce n'était pas le cas en 2025, où la variété avait présenté un rendement équivalent à la conduite classique.
Des impacts variables sur les composantes du rendement
La hausse des températures peut affecter les composantes du rendement, à savoir le nombre de fruits produits par plant et le poids moyen des fruits. Les différences observées varient selon les variétés.
Parmi les variétés dont le rendement se maintient en conditions chaudes, « on voit que Charlotte produit moins de fruits, mais que les grammages par fruit sont plus importants », souligne Julia Guillot. Les résultats montrent en effet une légère augmentation du poids moyen des fruits (+ 0,50 grammes) en conduite jours chauds. Cette hausse compense la diminution du nombre de fruits observée, permettant ainsi de maintenir le rendement. Même lorsque celui-ci reste stable, les fortes températures modifient donc les composantes qui le constituent. Pour Dream, le maintien du rendement s'explique différemment. Ni le nombre de fruits par plant, ni le poids moyen des fruits ne sont affectés par les températures élevées, ce qui témoigne d'une bonne stabilité de la variété face au stress thermique.
À l'inverse, les variétés dont le rendement diminue fortement sous l'effet de la chaleur voient les deux composantes du rendement se dégrader. Gariguette perd en moyenne 0,54 fruit par plant en conduite jours chauds, tandis que le poids moyen des fruits recule d'environ 1,2 gramme, expliquant l'importante baisse de rendement observée. Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence, les données de 2025 montrant au contraire une légère augmentation du nombre de fruits pour cette variété. Murano présente une tendance similaire. Le nombre de fruits par plant diminue en moyenne de 0,64 fruit et le poids moyen recule également de 0,53 gramme.
Une mise à fruit a priori plus rapide
Autre point notable issu de cette étude, la mise à fruit a tendance à être plus précoce. Toutes variétés confondues, « par rapport à la conduite classique, on perd en moyenne, 1,7 jour de durée de mise à fruit, donc les jours chauds ont tendance à réduire le cycle cultural », ajoute Julia Guillot. Parmi les six variétés étudiées dans l’essai 2026, aucune ne semble être particulièrement favorisée par la conduite jours chauds en termes d'arrivée plus rapide des fruits car leur durée de mise à fruit est proche d'une variété à l'autre.
« Pour ce qui est des qualités organoleptiques, il n’y a aucune différence significative observée entre les modalités, hormis des différences entre les variétés qui sont déjà connues », conclut l’ingénieure.
La conduite "jours chauds" calée sur les serres espagnoles
Pour évaluer les six variétés en situation de stress thermique, deux conduites climatiques ont été déployées : la conduite « jours chauds » et la conduite classique. L’équipe du CTIFL s’est appuyée sur les données climatiques observées en serre de fraises espagnoles pour paramétrer la conduite jours chauds. « On a la référence qui se rapproche de ce qu’on peut retrouver chez un producteur avec une température maximale de 30 degrés et des consignes d’aération à partir de 18 degrés », présente Julia Guillot, ingénieure d’expérimentation fraise au CTIFL. En conduite « jours chauds », « On est en moyenne à 2 degrés de plus du stade végétatif à la maturation », poursuit Julia Guillot. Les consignes d'aération sont également augmentée pour une ouverture des serres à 24 degrés en période de maturation. L’objectif est donc d’augmenter le nombre de pics de chaleur au dessus de 30 degrés. « Par exemple la semaine dernière (la semaine du 25 au 31 mai), pour donner un ordre d’idée, on a atteint les 41 degrés », précise l’ingénieure d’expérimentation, à propos de la conduite jours chauds.