Fraise : Comment les pépiniéristes protègent leurs plants ?
La production de plants de fraises en pépinière est devenue un défi ces dernières années face au retrait de solutions phytosanitaires. Si certaines substances actives interdites en production de fruits sont encore autorisées, certains pépiniéristes n’hésitent pas à repenser la structure de leurs ateliers de production pour faire front.
La production de plants de fraises en pépinière est devenue un défi ces dernières années face au retrait de solutions phytosanitaires. Si certaines substances actives interdites en production de fruits sont encore autorisées, certains pépiniéristes n’hésitent pas à repenser la structure de leurs ateliers de production pour faire front.
« La pépinière, c’est un moment assez charnière. Quand on est en production de fruits, si on démarre avec un plant sain, on a beaucoup plus de chances de réussir », rappelle Vincent Chaban des Pépinières Saint Armand. Pour un pépiniériste, produire des plants de fraise non homogènes et/ou présentant des attaques de bioagresseurs, c’est risquer de perdre des clients les années suivantes. Assurer la bonne protection des pépinières est donc un enjeu économique majeur.
Moins de marges de manœuvre pour les phytos
Les pépiniéristes peuvent s’appuyer sur deux matières actives interdites en production de fruits contre les acariens : l’abamectine et la milbémectine. En revanche, des manques se font sentir dans la lutte contre les pucerons. « Pour la production de fruits, il y a une dérogation flonicamide en sous-abri. Nous n’avons pas réussi à l’avoir pour le plant alors que cette matière active est homologuée en Hollande », déplore Frédéric Angier des pépinières Angier International. Contre les champignons du sol, certains pépiniéristes mobilisent les produits de biocontrôle. « On a intégré la mycorhization, les Trichoderma et autres champignons naturels antagonistes qu’on a appris de notre parcelle bio », se félicite Jérémy Biland des pépinières Anjou Plants. Néanmoins tous les pépiniéristes s’accordent à dire que ce levier n’est pas suffisant et doit être associé à d’autres solutions.
Peu de pépiniéristes se lancent dans les lâchers d’auxiliaires pour compléter la protection. « À partir du moment où la pépinière est irriguée par aspersion, tout ce qui est protection biologique intégrée ne peut être mis en place que sur de toutes petites fenêtres d’action lorsque les aspersions s’arrêtent, ce qui est peu rentable pour une stratégie très coûteuse », explique Jérémy Biland.
Repenser les systèmes de production avec le hors-sol
En multiplication des stolons à partir de plants mère, tous les pépiniéristes ont dû s’adapter à la disparition des produits de désinfection des sols. « Quand on a arrêté de désinfecter certaines parcelles, on a commencé à allonger la durée des rotations, mais ce n’était pas suffisant », se souvient Jérémy Biland. Pour cette raison, les pépinières Anjou Plants ont lancé cette année un atelier de production de stolons en hors-sol. L’objectif est de s’affranchir des contraintes liées au sol et de ne plus dépendre des pluies. La mise en place d’auxiliaires devient alors possible, le nombre de fenêtres de lâchers augmentant.
Pour pallier le manque d’homogénéité des plants et/ou les problématiques sanitaires, les pépiniéristes n’hésitent plus à augmenter la quantité de plants produite, passant de 5 % à 15 % de plants en plus. Mais cela a un coût non négligeable pour les entreprises. « Pour tenir nos marges c’est compliqué, surtout avec la raréfaction et la volatilité des prix ces derniers temps », avertit Vincent Chaban en lien avec la guerre au Moyen-Orient.
De plus en plus d’outils voient le jour comme les caissons de désinfection
Le syndicat des pépiniéristes joue un rôle non négligeable dans l’évolution des pratiques de protection. Des temps d’échanges réguliers permettent une meilleure réactivité face aux problématiques montantes. Contre le pestalotiopsis par exemple, « on avance sur des dossiers pour se partager des outils qui coûtent quand même très cher », expose Jérémy Biland en parlant des caissons de désinfection. Les analyses de plants sont également de plus en plus utilisées pour identifier les plants contaminés. Le hic, « quand vous avez une serre à cent mille plants, vous faites une analyse sur 5 plants, ça sert à quoi ?, se questionne Vincent Chaban. En plus, un plan infecté, selon les conduites chez le producteur, ne va pas forcément développer des symptômes ». Bien que des solutions se profilent, les pépiniéristes sont unanimes : celles existantes comme en développement ne suffisent pas.