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Changement climatique : des producteurs ont déjà pris le virage de la diversification

Poussés par le changement climatique, nombreux sont les producteurs de fruits et légumes -mais aussi céréaliers et viticulteurs- à diversifier leurs productions ou à envisager de le faire.

Changement climatique et cultures fruitières et légumières en France sont-ils compatibles ? « Pour les cultures de fruits et légumes, contrairement au Maroc et à l'Espagne, la France ne sera pas dans une déprise agricole (...) mais il faut commencer dès maintenant à planter les variétés et les espèces adéquates à 2050 », a avertit Serge Zaka docteur en agroclimatologie et président d'AgroClimat 2050, dans une longue interview accordée à FLD il y a quelques semaines.

Lire aussi : Changement climatique : pour Serge Zaka, « il faut sortir de la stratégie de pansement avec une vraie diversification fruitière »

Les entreprises françaises de fruits et légumes et autres productions agricoles en sont-elles conscientes ? Bien sûr, pour la plupart. Invité à s’interroger sur les éventuelles opportunités que le changement climatique pouvait apporter lors d’une conférence à Fruit Logistica 2024 le 6 février, le groupe coopératif Blue Whale a rappelé qu’il était né d’une crise de surproduction dans les années 1970. « L’adaptation est une part de notre ADN », résume Christelle Bertin, directrice marketing.

 

Blue Whale envisage la diversification

Et parce qu’« il n’y a pas qu’une seule solution », Blue Whale travaille sur cinq piliers de résilience : la transmission, la gestion de l’eau, la gestion du carbone et des émissions à gaz à effet de serre, l’innovation et la R & D (avec le projet (Ré) Génération) et la génétique « avec des innovations, d’anciennes variétés remises au goût du jour, voire une diversification ».

Blue Whale est un acteur majeur dans la production de pommes mais produit aussi des poires, des prunes, du raisin et depuis plus récemment du kiwi. Interrogée par FLD sur ce qu’elle voulait dire par « diversification », Christelle Bertin rappelle que les producteurs de pommes de Blue Whale se répartissent sur quatre bassins : Sud-Ouest, Val de Loire, Provence et Alpes. « Nous savons que dans le futur, en fonction des zones, nous ne pourrons plus produire des pommes de qualité. Nous devons donc aller dans une autre direction. Mais avant, il y a un besoin d’écrire plus précisément ce qui va se passer avec une cartographie, pour mettre en place des plans d’action. On regarde aussi les tests qui sont faits à côté, en agrumes notamment. »

 

Des maraîchers provençaux et bretons dans les agrumes

En effet, depuis quelques années, des maraîchers de Provence-Alpes-Côte d’Azur se sont lancés dans la culture d’agrumes dans d’anciennes serres de tomates multichapelles sur 1 à 1,5 hectare. Sept producteurs des centres d’études techniques agricoles (Ceta) maraîchers des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse se sont déjà engagés : orange, citron, mandarine, et agrumes exotiques (main de Bouddha, yuzu, combava, citron caviar) pour l’un d’eux. Les agrumes sont commercialisés en vente directe et, pour l’un des maraîchers, également auprès de confiseurs et de restaurants. Trois producteurs sont suivis dans le cadre du projet Dacappo lancé en 2020 par la station d’expérimentation Aprel avec le Ceta de Berre l’Étang et le GRCeta* Basse Durance, pour mieux connaître les conditions de culture des agrumes sous abri et gérer la pression parasitaire de manière biologique.

* Groupement régional des centres d’études techniques agricoles

Pareillement, mais beaucoup plus au nord et à l'ouest en Bretagne, depuis 2019 une poignée de maraîchers Prince de Bretagne se sont lancés dans la culture d’agrumes exotiques. Une production de niche qui représente une « opportunité pour optimiser l’utilisation des serres et des tunnels de maraîchage ».

Lire aussi le dossier "Agrumes et exotiques de France" dans le FLD Mag n°1329-1330 de décembre 2021. L'article sur les agrumes de Prince de Bretagne se trouve pp.26-27.

Depuis 2019 une poignée de maraîchers Prince de Bretagne se sont lancés dans la culture d’agrumes exotiques comme le combava. © Philippe Gautier (archives FLD)

 

400 hectares de pistachiers plantés en France

Mais l’exemple le plus parlant de diversification face au changement climatique, c’est bien la pistache. Dans les Pyrénées-Orientales, face à la sécheresse, elle y représente une lueur d’espoir avec de faibles besoins en eau et une capacité à pousser à peu près partout, y compris dans les friches caillouteuses et desséchées de la plaine du Roussillon.

La pistache représente une lueur d’espoir avec de faibles besoins en eau et une capacité à pousser à peu près partout

L’association Avenir productions agricoles résilientes méditerranéennes (Aparm) a pris l’initiative de planter quelque 80 pistachiers dans la région de Perpignan début février. Ailleurs, le virage a déjà été pris, dans les départements voisins par des viticulteurs-céréaliers souhaitant se diversifier, ou bien en Provence, où l’association Pistache en Provence veut faire revivre cette filière ancestrale. Un plan régional de soutien à la filière pistache en Provence-Alpes-Côte d’Azur a d’ailleurs été signé sur le Salon international de l’agriculture 2024.

Fin 2023, plus de 400 hectares de pistachiers avaient été plantés en Provence, en Occitanie et en Corse depuis 2018, selon le Syndicat France Pistache.

L’exemple le plus parlant de diversification face au changement climatique, c’est bien la pistache. Plus de 400 ha de pistachiers ont été plantés en Provence, Occitanie et Corse. © France Pistache

 

Les céréaliers s’intéressent aux fruits et légumes

Même les agriculteurs en grandes cultures envisagent la diversification… en arboriculture et en maraîchage. En début d’année, le groupe coopératif Dijon Céréales, acteur majeur sur les céréales, a évoqué son intention de se diversifier : 

« La diversification dans les arbres fruitiers (pommes-poires-abricots, fruits à coque) comme celle dans les herbes aromatiques fait partie des pistes étudiées sur deux plateformes expérimentales par la R&D Alliance BFC pour diversifier les exploitations agricoles de la région face au changement climatique. Cela s’envisage aussi en lien avec la problématique de la gestion de la ressource en eau », nous explique Dijon Céréales. L’Alliance BFC regroupe trois coopératives majeures de Bourgogne-Franche-Comté : Dijon Céréales, Bourgogne du Sud et Terre comtoise.

Dijon Céréales va aussi tester, dès l’automne 2024, la culture de noisetiers sur une parcelle de 20 ha qui bénéficiera de l’irrigation issue de son site de méthanisation Sécalia dans le nord Côte-d’Or.

Dijon Céréales va aussi tester, dès l’automne, la culture de noisetiers sur une parcelle de 20 hectares qui bénéficiera de l’irrigation issue de son site de méthanisation Sécalia dans le nord Côte-d’Or : eaux de ruissellements et celles issues de la déshydratation du digestat.

Le site de méthanisation Sécalia de Dijon Céréales dans le nord Côte d’Or va servir à l’irrigation de noisetiers, en fournissant des eaux issues de la déshydratation du digestat et de ruissellement. © Dijon Céréales

 

De l’autre côté de la France, à l’ouest, le groupe Maïsadour a annoncé en début d’année la signature d’un partenariat pour développer une filière kiwi dans les Landes. L’idée est de mettre en lien ses agriculteurs adhérents, avec l’entreprise spécialisée dans le kiwi Sikig, pour planter quelque 5 hectares de kiwi pour 2025. L’ambition annoncée ici est davantage liée à la volonté de « développer et sécuriser les débouchés des agriculteurs » et de jouer sur la demande de local des consommateurs.

 

Bonduelle et les petits pois des Hauts-de-France sur la sellette

Dans les Hauts-de-France en 2021, après plusieurs campagnes de pois en dessous des objectifs de production, le service agronomique du groupe Bonduelle s’est rapproché d’Axa Climate pour une étude prospective. L’étude a permis d’identifier quelles étaient les séquences climatiques défavorables aux pois, de projeter les évolutions climatiques de la zone de production à horizon 2030 et 2050 et de lancer des initiatives d’adaptation, notamment en décalant les périodes de production (planter à l’automne pour récolter au printemps) ou bien décaler les zones de production.

C’est de là qu’est né l’outil de prospective climatique dédié au secteur agricole baptisée Altitude agriculture d’Axa Climate, lancé officiellement sur le Salon international de l’agriculture.

Lire aussi : Changement climatique et agriculture : en quoi consiste l’outil Altitude développé par Axa climate ?

 

Les filières des semences doivent aussi s’adapter

Axa Climate a aussi travaillé pour la Semae, l’interprofession des semences et plants. Blé, carotte, pomme de terre… la France est le premier exportateur mondial de semences mais cette filière est exposée elle aussi aux conséquences du changement climatique. Selon l’étude d’Axa Climate, sans adaptations, 60 % des 380 000 hectares actuellement dédiés à la production de semences seraient soumis à un risque fort ou extrême d’ici 2050 (contre 27 % aujourd’hui). Et si rien ne change, c’est même 10 % de cette surface totale qui serait soumise à un risque extrême et qui ne pourrait plus être cultivée avec les mêmes espèces qu’actuellement, d’ici 2050.

« Pour toutes les cultures, des stratégies d’adaptation spécifiques devront être prises : choix de variétés plus résilientes, décalage des dates de semis, amélioration de la qualité des sols, optimisation de l’irrigation… », souligne Axa Climate qui a travaillé sur la base des données climatiques du Giec, et a élaboré des indicateurs de vulnérabilité, propres à chaque filière et stade de développement des cultures.

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