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Courgette : comment lutter contre le virus New Delhi

Apparu en 2020 en France, le virus New Delhi (ou ToLCNDV) sévit dans les cultures de courgette plein champ des régions PACA et Occitanie. Pour lui faire face, résistance variétale, prophylaxie et protection sont complémentaires.

<em class="placeholder">Culture de courgette de plein champ en floraison dans le Gard</em>
En 2025 certains producteurs ont arrêté la production de plusieurs de leurs parcelles. L'attaque étant trop importante, les plants ne produisaient aucun fruit.
© CTIFL

Éviter la présence en champ de courgette du virus New Delhi, également appelé Tomato leaf curl New Delhi virus (ToLCNDV), passe par la combinaison de différents leviers que sont le choix des variétés, la prophylaxie et la protection contre son vecteur de transmission : Bemisia tabaci plus communément appelée l’aleurode du tabac. Ces trois axes sont complémentaires.

La résistance variétale comme premier levier de contrôle

Premier axe de lutte : le choix d’une variété moins ou peu sensible au virus. Dans ce sens, les variétés Nimos et Tilos de Syngenta semblent les plus prometteuses. En 2024 et 2025, l’Aprel a en effet mené un essai d’évaluation des résistances variétales de la courgette au New Delhi de plein champ, avec suivi du rendement. Plusieurs variétés résistantes ont ainsi été comparées au témoin Zefiros de Syngenta, réputée pour sa bonne productivité et sa vigueur : six variétés en 2024 et neuf en 2025. Parmi elles, plusieurs ont été étudiées les deux années : Nimos (SCVE22-2028) et Tilos (SCVE22-2031), mais aussi Delhirium et Delhixir de Gautier.

Les deux campagnes d’essai se démarquent par leur pression virale : modérée en 2024 avec 50 % de plants atteints par le New Delhi en fin de culture pour Zefiros et très forte en 2025 avec 100 % de plants atteints en fin de culture. Pour les deux années d’essai, Nimos et Tilos présentent des rendements de 4 kg/m² en 2024 et 1,36 kg/m² en 2025, rendement identique entre les deux variétés. Zefiros plafonne à 3,2 kg/m² en 2024 et 0,24 kg/m² en 2025.

En 2025, deux autres variétés ont tiré leur épingle du jeu : E28Z.00826. d’Enza Zaden (1,06 kg/m²) et une variété expérimentale de Bejo (1,09 kg/m²). Même sur variété résistante, les rendements de 2025 sont donc très faibles comparés aux attentes de la production. « Notre parcelle a subi une pression virus assez exceptionnelle, elle a été contaminée dès la plantation », précise Hindi Boolell, chargée du programme d’expérimentation variétal courgette à l’Aprel. Si Timos et Nimos affichent de meilleurs rendements à forte charge virale comparés à ceux des autres variétés résistantes, elles subissent néanmoins une baisse très marquée, avec une perte supérieure à 50 %. La résistance variétale comme seul levier mobilisé n’est donc pas suffisante pour contrôler le virus.

La prophylaxie en soutien à la résistance variétale

La prophylaxie est à combiner avec le levier variétal. Les semences utilisées doivent être saines, le producteur s’appuyant sur la garantie du semencier via la certification, et les plants malades sont à retirer de la parcelle dès les premières observations de symptômes. Bien raisonner le positionnement de la culture est un autre point clé. « Si le producteur a des tomates à côté, c’est risqué. Ceux qui plantent en tardif sont plus touchés, les plants de tomates sont arrachés au moment des créneaux tardifs et les aleurodes se déportent sur les courgettes », explique Elise Le Pautremat, conseillère maraîchage à la chambre d’agriculture du Vaucluse.

Combattre le vecteur de transmission pour éviter le virus

Contrôler l’aleurode du tabac est indispensable. La stratégie de protection fait appel à plusieurs leviers. Le levier chimique est limité en plein champ, avec seulement trois matières actives autorisées : Beauveria bassiana, l’huile essentielle d’orange douce et la maltodextrine. Le Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab) préconise l’application d’huile essentielle d’orange douce, à hauteur de trois applications à dose de 0,4 % du volume de bouillie. Il ne préconise pas la maltodextrine car son efficacité est trop faible et son prix élevé (40 euros/hectolitre en 2023). Non préconisée également, Beauveria bassiana, qui a une efficacité faible lorsque l’hygrométrie n’est pas suffisante. Autorisé contre l’aleurode en sous abri, le savon noir n’est pas homologué en plein champ. Il n’est autorisé en dérogation que sur le puceron. « En plein champ, les producteurs ont demandé et eu la dérogation Flipper (savon noir) contre les pucerons en 2025, elle est également prévue cette année », indique Prisca Pierre, référente filière courgette au CTIFL. La dérogation de 2025 autorisait les applications de Flipper durant tout le cycle de culture, à hauteur de cinq traitements à dose maximale d’emploi de 10 l/ha du 16 avril au 14 août. Produit de contact, il est appliqué si le ravageur est présent.

D’autres stratégies sont mobilisées, comme la mise en place de couverts végétaux favorisant la présence des auxiliaires et l’installation d’un filet insect-proof dès la plantation. « Il est très courant de mettre un voile P17, même pour une plantation en avril. Cela a plusieurs objectifs : contre le froid, contre les ravageurs et par rapport au vent. La difficulté est de s’assurer qu’il n’y a « personne » en dessous lors de l’installation sinon ça explose, puceron comme aleurode », ajoute Prisca Pierre. La pose d’un P17 reste cependant une pratique coûteuse par rapport à la faible valorisation de la courgette. À noter que les adventices, comme les autres cultures de cucurbitacées en fin de récolte, peuvent être plante hôte de l’aleurode du tabac. « Nous conseillons donc d’éliminer certaines adventices comme le datura ou le concombre d’âne. Elles peuvent héberger des hôtes potentiels du virus », observe Hindi Boolell. Citons également la morelle noire, la bryone et certains laiterons.

New Delhi, virus de quarantaine

Isolé pour la première fois en culture de tomate en Inde en 1995, le virus New Delhi ne se transmet pas par contact. Son principal vecteur de dissémination est l’aleurode Bemisia tabaci, aussi appelé aleurode du tabac. Les principaux symptômes observés sont l’enroulement des jeunes feuilles et le jaunissement de leur limbe, un gaufrage de l’épiderme des fruits qui s’intensifie au fur et à mesure de leur grossissement et une croissance de la plante fortement ralentie. Depuis 2019, le New Delhi est un virus de quarantaine. L’observation des premiers symptômes doit être obligatoirement et rapidement signalée à la DRAAF.

L’aleurode du tabac, un vecteur résistant et adaptable

Le cycle de l’aleurode du tabac est composé de six stades : un stade œuf, quatre stades larvaires et un stade adulte. Une adulte femelle vit 10 à 15 jours en été et 1 à 2 mois en hiver. Elle pond 100 à 300 œufs au cours de sa vie et, comme les pucerons, peut se reproduire sans intervention du mâle. Les aleurodes peuvent vivre plusieurs semaines dans une serre vide sans plante hôte à température basse. En plus des adventices, une douzaine d’espèces maraîchères du sud de la France sont hôtes, ainsi qu’une dizaine d’espèces de plantes médicinales et aromatiques et cinq espèces ornementales. Selon deux études scientifiques de 2011 et de 2022, les températures supérieures à 45 °C sont létales pour tous les stades si l’exposition dépasse 1 heure, et les températures inférieures à -8 °C pour une durée d’exposition de 2 heures réduisent la population d’adultes de 72 %. Ces conditions en font un insecte très résistant et adaptable à son climat et aux plantes en présence.

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