Bretagne et Pays de la Loire : développer une filière de semences locales pour les bandes fleuries
Proposer des bandes fleuries d’origine locale, oui, mais avec quelles graines ? Toute une filière est à construire pour pouvoir les collecter et les multiplier avant de proposer des mélanges aux agriculteurs.
Proposer des bandes fleuries d’origine locale, oui, mais avec quelles graines ? Toute une filière est à construire pour pouvoir les collecter et les multiplier avant de proposer des mélanges aux agriculteurs.
Le projet Flor’Agri s’est donné la mission de créer une filière de développement de semences de végétation sauvage d’origine locale (VSOL). L’objectif est de créer des mélanges de bandes fleuries adaptés à deux bassins armoricain et sud parisien permettant d’attirer les auxiliaires et de favoriser la biodiversité. Les étapes clés pour produire ces semences ont été présentées lors de la journée de restitution des résultats le 19 mai dernier.
Une collecte à gérer espèce par espèce
Les collectes de végétation sauvage d’origine locale se font exclusivement sur des prairies naturelles non bouleversées depuis les années 90 (aucun retournement, amendement ou semis). Dans le cadre du projet, la collecte a été assurée par le semencier spécialisé dans la végétation sauvage et locale Semences Nature. Aurélia Lachaud, botaniste de l’entreprise, souligne que les méthodes dépendent des espèces recherchées. « En fonction des modes de dispersion, on va avoir plus ou moins de temps pour les récolter et on ne va pas forcément utiliser toujours le même matériel », explique-t-elle. Certaines graines enfermées dans leurs capsules comme le compagnon blanc peuvent se récolter sur deux à trois semaines car leur dissémination est lente. À l’inverse il faut agir très vite, souvent à l’aide d’un aspirateur, sur les graines se dispersant par le vent grâce à leurs akènes « parachute » (comme le pissenlit), car la dissémination est très rapide. Autre exemple, les fabacées se collectent en prélevant les plantes entières. Elles sont séchées sur une bâche ce qui permet la collecte des graines à l’ouverture des gousses une fois la plante sèche. « Par espèce, on récolte environ 50 grammes », précise la botaniste. Pour assurer la diversité génétique de l’espèce collectée, il faut récolter sur 200 plantes présentes dans la zone de récolte.
La multiplication en deux étapes
L’étape de pré-multiplication des graines collectées est particulièrement importante. Elle est nécessaire pour obtenir des stocks de semences en quantité suffisante afin d’implanter des parcelles de multiplication. Elle permet également d’acquérir des connaissances sur leur potentiel germinatif, de croissance, floraison et rendement. « Le pré-multiplicateur récolte sur une centaine de mètres carrés environ 5 kilos de graines », précise Aurélia Lachaud. Une fois les stocks suffisamment importants et les itinéraires techniques maîtrisés, « on passe en production plein champ avec des moyens mécanisés pour produire jusqu’à 50 kilos ou plus », ajoute la botaniste.
« Entre la collecte en milieu sauvage et la production en volume, il faut à peu près cinq années, ce qui est long sachant qu’on peut toujours se casser les dents à un moment », rappelle Aurélia Lachaud, en lien avec les difficultés de germination parfois rencontrées. Tout n’est donc pas gagné pour cette filière, qui cherche encore aujourd’hui des partenaires de collecte et de multiplication, et propose des formations dédiées.
Des prérequis à respecter
Pour rester accessibles sur les plans économique et technique, les mélanges répondent à plusieurs critères de sélection. Les espèces retenues doivent être adaptées aux périodes de semis des mélanges, présenter un intérêt démontré pour les pollinisateurs et auxiliaires, et avoir un coût de production raisonnable. Elles doivent également être acceptées par les producteurs. Les espèces trop envahissantes ou adventices sont écartées, sauf si leur intérêt pour la biodiversité est jugé suffisant, auquel cas leurs limites sont mentionnées dans les fiches pratiques. Enfin, chaque mélange associe une diversité de familles botaniques, de services écologiques et de périodes de floraison.