Salade
Bactériose en laitue : la phagothérapie réduit les pertes
Les premiers essais de biocontrôle par les phages sur la salade ont permis de réduire l’impact de la bactériose. Il reste toutefois du travail technique et réglementaire avant une homologation éventuelle.
Réduire le taux de salades non commercialisables à cause de la bactériose de 31 à 5 % : c’est ce qu’a réussi à obtenir une équipe du CTIFL et de l’université de Lyon grâce à trois applications d’un cocktail de six phages sur une culture de laitue. Ce résultat encourageant fait suite à un regain d’intérêt pour les virus bactériophages en biocontrôle, même si cette technique doit encore franchir plusieurs obstacles avant d’être applicable dans les exploitations.
Ces virus qui infectent et détruisent spécifiquement les bactéries sont présents dans tous les écosystèmes : ils seraient un million par gramme de feuille, 1 000 à 1 milliard par gramme de sol… soit « l’entité biologique la plus abondante sur terre », expose Anaëlle Baud, qui vient de soutenir sa thèse sur le sujet.
Parmi cette diversité, elle a identifié et sélectionné des phages ciblant une bactérie du genre Xanthomonas, qui provoque la bactériose de la laitue. Elle a ensuite vérifié l’efficacité d’un cocktail de phages en conditions contrôlées, avec obscurité après traitement pour protéger les phages, très sensibles aux UV. Les traitements ont bien retardé l’apparition de la maladie avec un effet plus marqué en fonction de la dose appliquée.
La sévérité moyenne de la maladie a été réduite de 30 %
Un pas supplémentaire a été franchi avec un essai de terrain sur 1 280 laitues en microparcelles infectées, au centre CTIFL de Brindas dans le Rhône. Un cocktail formulé de six phages a été appliqué une fois par semaine pendant trois semaines, plutôt à la tombée du jour.
Les laitues ont été récoltées à deux mois et pesées, en brut et parées. « La sévérité moyenne de la maladie a été réduite de 30 % et les pertes commerciales de 86 % », résume Alexandre Burlet, ingénieur de recherche au CTIFL. Aucun effet significatif n’a été noté sur le poids frais. Les pertes au parage ont été diminuées de 2,7 %, générant un gain de temps et donc de main-d’œuvre.
L’équipe souhaite continuer ses recherches, notamment sur la formulation pour augmenter la persistance des phages sur la plante, mais aucun financement n’a encore été décroché. La réglementation pourrait demeurer le principal frein à lever, car elle demanderait une homologation pour chaque phage composant le cocktail, générant des coûts très élevés. Des produits sont déjà homologués aux États-Unis et au Royaume-Uni.