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Attractivité des métiers : « Vendez vos métiers… comme vos palettes de fruits et légumes ! »

Comment attirer les jeunes (et les moins jeunes) dans les métiers de la filière fruits et légumes ? Comment les fidéliser ensuite ? C’était le thème de l’assemblée générale du comité régional d’Interfel en Nouvelle-Aquitaine. Voici quelques pistes évoquées lors de cette réunion. 

Etat des lieux des besoins en compétence et formation, difficultés à recruter et pistes pour y parvenir ont été abordés à l’assemblée générale du comité régional d’Interfel Nouvelle-Aquitaine.
© Claire Tillier

L’assemblée générale du comité régional interprofessionnel des fruits et légumes frais de Nouvelle-Aquitaine, le 23 mai, a été l’occasion de parler main-d’œuvre dans la filière fruits et légumes. « La main-d’œuvre est en effet le sujet phare de la mandature », explique Céline Genty, déléguée régionale d’Interfel Nouvelle-Aquitaine.

En introduction pour ce sujet d’actualité, Catherine Glémot du CTIFL a présenté le diagnostic Fel'Compet qui identifie les besoins en compétences et en formations pour les métiers de la filière fruits et légumes. « Nous avons souhaité prendre en compte toute la filière fruits et légumes et pas uniquement la production », indique Catherine Glémot, car « pour obtenir la souveraineté alimentaire en fruits et légumes, il faut produire, certes, mais il faut aussi commercialiser ». Et les deux parties ont des difficultés de recrutement. Le dispositif de diagnostic a donc été réalisé par le CTIFL avec un comité de pilotage composé de la FNPF, l’Aneefel, Felcoop, l’UNCGFL, Saveurs Commerce et la CSIF.

Lire aussi : Métiers des fruits et légumes : quels sont les besoins en formation de la filière ?

Ce diagnostic met en évidence la méconnaissance des métiers de la filière fruits et légumes et le manque d’attractivité qui en découle en partie. 

 

Comment attirer les jeunes ? 

« Il fut une période où lorsqu’on était fils ou fille de producteur on devenait producteur, fils ou fille de grossistes, on devenait grossiste », rappelle Jean-Hugues Belland, président du Comité régional d’Interfel Nouvelle-Aquitaine. Ce n’est plus le cas et à l’amont comme à l’aval de la filière fruits et légumes, on a du mal à séduire les jeunes. 

Pour Sabine Brun-Rageul, directrice de Bordeaux Sciences Agro, établissement où avait lieu la réunion, la vision des jeunes sur le monde agricole est déconnectée de la réalité. « Et cette déconnexion est de plus en plus importante, affirme-t-elle. Pire : ils croient connaître par rapport à ce qu’ils lisent dans les médias. On a aussi tendance à ne parler de l’agriculture que quand il y a des crises : cela ne nous aide pas ».

« On a un gros déficit d’image, confirme Jean-Marc Fedullo, président de la SCA Valprim, on imagine l’agriculture telle qu’elle était il y a plusieurs décennies. Alors qu’aujourd’hui, on est en plein dans l’innovation, qu’elle soit variétale, robotique, ou avec l’IA qui arrive maintenant ». C’est peut-être sur cette agriculture en transition sur laquelle il faut insister pour recruter.

De quoi rêvent ces jeunes aujourd’hui ? Une chose est sûre, ils sont en quête de sens dans leur orientation professionnelle. 

Magali Valero, responsable du Pôle Découverte des métiers à Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine* confirme. Pour elle, qui ne connaissait pas les métiers de la filière fruits et légumes avant d’être accueillie sur le Min de Brienne par Céline Genty et d’en rencontrer les professionnels, un des leviers pour attirer les jeunes se situe dans le discours. Il faut dire d’emblée que « vous nourrissez la population », scande-t-elle. 

 

« Arriver sans diplôme, évoluer rapidement et bien gagner sa vie »

« L’ascenseur social existe dans la filière fruits et légumes : on peut évoluer et y s’épanouir », ajoute Jean-Hugues Belland en insistant sur le fait qu’il faut faire connaître les contraintes mais aussi les opportunités des métiers. Sandrine Choux, directrice de Saveurs Commerce, confirme : « Chez nous les primeurs, on peut arriver sans diplôme, évoluer rapidement et bien gagner sa vie, si on a envie de travailler » et pour les jeunes qui auraient peur d’être enfermés dans un métier, leur parler des passerelles existantes dans la filière fruits et légumes et au-delà, de la possibilité de passer un autre diplôme et « même créer sa boîte ». 

 

« Vendez vos métiers... comme vos palettes de fruits et légumes ! »

Martine Chavaudret, DRH du groupe Estivin et membre de la commission sociale de l’UNCGFL,le dit souvent à ses clients : « Vendez vos métiers comme vous vendez vos palettes de fruits et légumes ! Donnez envie et non pitié ! », ajoute-t-elle. Pour elle, il faut aussi aller rassurer les parents sur les débouchés, aller dans les collèges, les lycées, « toucher aussi les profs qui n’ont jamais travaillé : ils ont quitté l’école pour y ré-entrer », argumente la DRH.

 

Ouvrir le champ des possibles pour recruter

L’ouverture des exploitations ou des entreprises aux collégiens ou lycéens se pratiquent beaucoup dans la filière fruits et légumes, « mais on saupoudre, constate Céline Genty. Il vaut mieux qu’on s’appuie sur des structures existantes dont c’est le métier. J’avais identifié Cap Métiers par exemple, dès le début. Ils savent parler à notre cible ».

Suite à sa découverte des métiers de la filière fruits et légumes, Magali Valero a d’ailleurs imaginé un petit quiz sur la filière fruits et légumes à destination des jeunes. Pour cette dernière, il faut sortir du discours « On n’arrive pas à recruter » qui peut agir comme une spirale. Il faut aussi que les professionnels n’hésitent pas « à ouvrir le champ des possibles : recruter un primeur en école de commerce et le former ensuite à la spécificité des fruits et légume » ou encore « aller chercher un futur grossiste en formation logistique ».

 

Emprunter les recettes aux grandes entreprises 

Et pour fidéliser ces jeunes professionnels ? Pour Magali Valero, il faut aussi sortir de ce qui se pratique actuellement dans les TPE et aller chercher des idées sur ce qui se fait dans les grandes entreprises : proposer des plans de carrières, « même si ce n’est pas forcément chez vous mais dans le reste de la filière fruits et légumes », confier de vraies missions aux jeunes qui souhaitent être entrepreneurs, en les responsabilisant sur ces tâches. Autre piste : les intéresser au résultat.

Côté primeurs, « on travaille aussi sur la convention collective », ajoute Sandrine Choux. Parmi les pistes qu’elle propose : payer le salarié plus cher que le Smic, mettre en place un compte épargne temps, accorder comme les grandes entreprises de l’intéressement, une prime de participation. Certes, sans doute difficile à mettre en place pour beaucoup de professionnels de la filière mais cela peut commencer par des petites choses. Les jeunes ne veulent plus travailler les samedis ? « Une des solutions peut être de mettre en place un système de rotation des samedis travaillés », imagine Sandrine Choux, par exemple les faire travailler un samedi sur trois. 

Pour Martine Chavaudret, il faut « mettre ensemble nos énergies », délivrer des messages simples, mais aussi faire venir les personnes relais « dans nos exploitations, nos magasins, nos entreprises ». 

Pour le côté travailler ensemble, c’est ce qu’a initié la filière fruits et légumes, en lançant notamment le diagnostic Fel'Compet. En Nouvelle-Aquitaine, le travail entamé entre le comité régional Interfel et Cap Métiers va se poursuivre. La matinée a très instructive pour l’ensemble des participants. Un échange direct avec des jeunes aurait été encore plus instructif d’autant que la réunion s’est déroulée dans une école d’ingénieurs agro. Une idée à suivre ? 

 

*Créée en 2018 par la région Nouvelle-Aquitaine, avec l’appui de l’Etat et de l’ensemble des partenaires sociaux économiques régionaux, Cap Métiers a pour vocation d’informer sur l’orientation, la formation, l’emploi et les métiers… collégiens, lycéens, étudiants mais aussi enseignants, parents d'élèves, demandeurs d'emploi ou personnes en reconversion professionnelle. 

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