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Aspersion antigel en arboriculture : « On arrive à faire quatre ou cinq hectares avec toutes nos capacités »

Alors que le dérèglement climatique renforce les risques de gel pour les arboriculteurs, retour d’expérience sur l'une des méthodes de lutte, l'aspersion. 

<em class="placeholder">Mickaël Mazenod, arboriculteur à Saint-Paul-en-Jarez, dans la Loire. </em>
Mickaël Mazenod a pu utiliser son système d'irrigation pour mettre en place une protection de son verger par aspersion.
© D. Bessenay

Pour lutter contre le gel en arboriculture, plusieurs moyens de lutte se sont développés ces dernières années, mais chaque situation est différente et ils ne sont pas envisageables partout. Ainsi, à l'inverse de Grégory Chardon qui a opté pour des tours antigel (lire son témoignage), d'autres ont choisi l'aspersion, à l'instar de Mickaël Mazenod à Saint-Paul-en-Jarez, à quelques encablures de Saint-Chamond dans la Loire.

Il n’utilise pas les bougies dont les fumées risqueraient de « descendre » en ville. Sur cette exploitation de 26 hectares (dont un îlot de 23 ha) en coteaux, entre 380 et 530 mètres d’altitude, la lutte par aspersion s’est avérée une évidence. Les vergers de Bayol disposaient déjà d’un système d’irrigation par aspersion, à raison d’un asperseur tous les 18 mètres pour pommes et poires et un système de micro-aspersion, sous frondaison, pour les cerises. Il a donc été utilisé pour la lutte contre le gel sans avoir besoin d’investir dans du matériel supplémentaire.

Les retenues d’eau, précieuses pour la lutte par aspersion

L’exploitation bénéficie d’une ressource précieuse : trois retenues d’eau créées dans les années 1970-1980 avec une quantité théorique de 60 000 m3. Mais ce n’est pas une ressource inépuisable car les cours d’eau, qui les remplissent l’hiver, sont à sec l’été.

Si cette zone n’est historiquement pas très gélive, la menace s’est renforcée comme l’a montré l’année 2021 où il a été nécessaire de lutter dix nuits contre le gel parfois jusqu’à 17 heures de suite. « Et puis une nuit, ça n’a pas suffi et on a quand même perdu une partie de la récolte se souvient, amer, l’arboriculteur, heureusement que c’est une situation exceptionnelle. »

Pour se protéger, Mickaël Mazenod cible les parcelles les plus gélives, à mi-coteaux et arrose « à fond » : « On arrive à faire quatre ou cinq hectares avec toutes nos capacités. » Les volumes d’eau consommés sont liés à la température, donc à la durée d’arrosage : « pour les cerises environ 20 mètres cubes par heure et par hectare et de 25 à 30 pour pommes et poires. Dans une nuit on passe facile mille mètres cubes », résume le professionnel. Heureusement ici, les sols sont filtrants et il n’y a donc pas de risques d’asphyxie racinaire des arbres.

Ne pas négliger le travail de mise en place

La mise en place demande un gros travail de test à blanc en journée avec les pompes interconnectées, l’eau venant de deux retenues différentes. « Il faut tout vérifier, éviter les bouchons. Une fois qu’on a tout contrôlé, nous pouvons aller nous coucher. En général, les outils électriques tombent en panne au début, une fois qu’ils sont lancés. On n’a pas besoin de dormir à côté de la pompe. »

L’aspersion démarre plus tard que les bougies ou éoliennes, à 0 ou -1 °C. « Si on démarre dès 18 heures, il faut continuer jusqu’à 15 heures le lendemain. Si on commence à 4 heures du matin, ça finit plus tôt. Il n’y a pas de minuterie, le système avance en marche forcée. Pour arrêter au bon moment, il faut observer, attendre la fonte quasi-totale des glaçons. » L’aspersion sous frondaison peut être arrêtée plus tôt mais à conditions égales, elle n’est pas aussi efficace que sur frondaison.

L’aspersion est une solution qui marche bien par îlot. Elle est efficace jusqu’à -6 ou -7 °C (seulement -3 ou -4 °C sous frondaison). « Il y a un effet bordure et souvent les deux rangs d’à côté sont gelés », souligne l’arboriculteur. 

Les limites de l'aspersion

Le système a aussi ses limites. Il est « taillé pour faire face aux gelées blanches, pas aux gelées noires. On ne peut pas remonter l’eau jusqu’à la cime de notre exploitation ».

Comment faire mieux ou plus ? En ayant plus d’eau à disposition. La création d’une nouvelle retenue collinaire est exclue. Faut-il ramener l’eau du Rhône ? « On y pense… mais si on perd les retenues. Dans l’idéal il faudrait conserver les retenues pour l’antigel et l’eau du SMHAR (système mixte hydraulique agricole du Rhône) pour l’arrosage. C’est à négocier. Le prix de l’eau (entre 14 et 15 centimes le mètre cube et 365 euros par hectare de forfait) n’est pas un problème car en contrepartie, on n’a pas besoin de pompes. »

Après plusieurs années de lutte intense, les vergers de Bayol sortent de deux années tranquilles : une seule nuit d’aspersion en 2024, zéro en 2025. Que réserve 2026 ? « Les plus gros risques de gel se situent entre le 5 et le 23 avril, en période de pleine lune », prévoit Mickaël Mazenod devenu pointu sur la climatologie.

Les coûts de fonctionnement de l'aspersion

Le coût de fonctionnement de la lutte par aspersion se résume à l’électricité pour alimenter les pompes de 15 kW. Mickaël Mazenod n’arrose volontairement pas en mars car l’électricité est très chère, 0,30 à 0,40 €/kW, alors qu’au prix « été » (à partir du 1er avril), elle descend entre 0,14 et 0,15 €. « Même si elle a augmenté ces dernières années, cela reste abordable, estime-t-il. En une nuit d’antigel on peut dépenser 1 800 kW soit environ 600 euros. »

Encore des efforts à faire pour s’équiper

Dans les départements très diversifiés et très accidentés du Rhône et de la Loire, composés de petites exploitations, aucune tour antigel n’a été installée. Les bougies sont la solution la plus usitée. Avantage de la méthode, elle peut être adaptée à la température en allumant moins de bougies si le thermomètre ne descend pas trop bas.

Pour l’aspersion, la première condition est bien sûr d’avoir un accès à un volume d’eau conséquent et régulier. Mais contrairement à l’exemple des Vergers de Bayol, beaucoup d’arboriculteurs de la zone sont équipés en système d’irrigation en goutte-à-goutte ou par asperseurs sous frondaison. Il leur faut donc ajouter un équipement supplémentaire pour asperger par le dessus.

Si la méthode a montré son efficacité, elle demande de la technicité. « Si on ne met pas assez d’eau et qu’on ne crée pas un gros manchon de glace, le résultat peut être pire ! », assure Christophe Gratadour.

Un bémol relevé par le technicien dans le cadre du recours à une eau de réseau : « Si tu es proche de la source tout va bien, si tu es éloigné, tu as moins d’eau. Si tous les arboriculteurs de la zone se mettaient à faire de l’aspersion il n’y en aurait pas assez pour tout le monde ! »

Christophe Gratadour note enfin l’usage du frostbuster, notamment dans la zone de Bessenay dévolue à la cerise. « C’est comme un gros radiateur soufflant », une solution mobile « qui peut couvrir 5 000 à 6 000 m2 ».

Une chose est sûre, la lutte contre le gel est désormais quasiment obligatoire « même si nos coteaux au départ n’étaient pas trop gélifs. Et de nombreux arboriculteurs ne sont pas encore équipés ».

Rédaction Réussir

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