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Arboriculture : comment enherber le verger sur le rang ?

Les résultats sur la gestion de l’enherbement du verger issus des projets Greenfruit et Orangeade permettent de définir des conseils de mise en œuvre de l’enherbement sur le rang.

<em class="placeholder">Les vergers de noyers de la SENURA à Chatte (Isère) en 2017 : noix verte, brou craquelé libérant la noix, cachette d&#039;écureuil, systèmes de conduite (irrigation, etc.)</em>
L’enherbement sur le rang en verger de fruits à coque présente des avantages.
© Senura

L’enherbement sur le rang en verger de fruits à coque présente des avantages en termes de gestion des adventices, structure du sol, disponibilité en eau ou encore fertilité du sol. Reste à savoir quelles sont les conditions pour le mettre en œuvre. Les projets Greenfruit, dont l’objectif est de développer les pratiques agroécologiques, et Orangeade, qui vise à accompagner les producteurs vers des pratiques sans glyphosate, livrent des pistes.

1 - Intérêt du mélange orge-féverole

L’Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN) a testé l’implantation de plantes couvre-sol sur le rang pour limiter le développement des adventices. Les espèces testées étaient l’orge, la féverole, un mélange orge-féverole, un mélange diversifié (phacélie, trèfle, radis, avoine), avec un témoin en enherbement naturel et un témoin traité au glyphosate. En jeune verger, 70 % du sol du témoin en enherbement naturel était recouvert d’adventices, avec 30 % de sol nu. Sur les modalités semées, le développement maximum a été obtenu avec le mélange diversifié (85 % de couvert, 15 % d’adventices), puis avec le mélange orge-féverole (moins de 30 % d’adventices). Avec la féverole seule ou l’orge seule, la moitié de la surface était envahie d’adventices. En verger installé, les adventices occupaient 75 à 95 % de la surface, quel que soit le couvert semé. Le mélange orge-féverole s’était toutefois un peu développé, limitant la part de certaines adventices. « Sur jeune verger, le mélange orge-féverole est très efficace, proche du glyphosate, souligne Julien Toillon, de l’ANPN. Il n’y a pas d’effet significatif sur la croissance des arbres entre la deuxième et la troisième feuille. Le travail du sol est nécessaire et il faut favoriser l’implantation à l’automne. La gestion d’adventices comme le pâturin, l’épilobe, le laiteron, le crépis est toutefois difficile avec les plantes couvre-sol. »

2 - Implanter sur jeune verger

Les essais de l’ANPN montrent que l’implantation d’un couvert en vieux verger est compliquée. « L’ombre des arbres empêche la levée des graines », constate Julien Toillon. Des travaux ont été menés aussi en noyer par la station expérimentale de Creysse sur l’âge optimal du verger pour enherber le rang. Des analyses ont été réalisées chez un producteur dans un verger de noyers planté en 2016 et dont certains rangs avaient été enherbés en 2021, et d’autres en 2024 ou 2025. Les analyses foliaires n’ont pas révélé de différences entre les modalités, ce qui montre qu’il y a très peu de concurrence de l’herbe. Il n’y a pas eu de retard de croissance sur les modalités enherbées. « L’enherbement est possible à partir de la sixième feuille », constate Léa Boulahtouf, de la station de Creysse. Le rendement 2025 a été plus faible pour les modalités enherbées, mais sans doute du fait de l’hétérogénéité de la parcelle. Il n’y a pas eu de différence de calibre des noix, mais une tendance à avoir plus de cerneaux mal nourris dans les modalités enherbées.

3 - Mécaniser l’implantation

« La mécanisation de l’implantation est nécessaire au déploiement de l’enherbement sur le rang, mais peu d’outils existent », constate Claude-Éric Parveaud, chargé de projets au Grab. Trois techniques ont été évaluées par le Grab. À partir d’un porte-outil, le Grab a construit un combiné qui assure en déporté le travail du sol, le semis et qui rappuie, en parallèle du rang et sur le rang. « Le semis du couvert est plus rapide à réaliser qu’en semis et rappui manuels. Les semis s’installent plus vite et recouvrent mieux le sol. Il reste toutefois encore beaucoup de sol nu », commente-t-il. Le coût est d’environ 5 000 euros, le semoir pouvant être utilisé sur d’autres outils, avec un temps de semis de deux heures par hectare. Autre possibilité : la planteuse Paperpot, qui déroule des plaques de mini-mottes en chapelet papier. « La réussite est de 60 à 80 % et implique de planter des plants jeunes », précise Claude-Éric Parveaud. Le coût de l’équipement est de 1 600 euros, avec 25-40 heures par hectare de préparation des plants et un jour par hectare de plantation. « Il est à réserver aux petites surfaces et aux espèces sans semences disponibles », estime le conseiller. Enfin, le Grab a testé l’hydro-ensemencement qui consiste à projeter au sol un mélange de substrat et engrais, auquel on ajoute des boutures ou des graines. En 2024, le test réalisé avec du thym et du Phopsis stylosa a été un échec, du fait d’une quantité de boutures projetées insuffisante et du climat. L’essai a été renouvelé en 2025 avec plus de boutures et de graines. La technique reste toutefois pour l’instant très coûteuse.

4 - Intégrer l’impact sur les coûts

« La récolte des noix implique un sol très plat, indique Delphine Sneedse, chargée d’expérimentation de la Senura (Station d’expérimentation nucicole Rhône-Alpes). En conventionnel, le sol est désherbé trois fois. En bio, le rang enherbé est géré par trois-quatre broyages ou tontes. » La Senura a testé une stratégie basée sur deux interventions au lieu de trois ou quatre. « Il faut observer et tondre avant la floraison, mais deux passages peuvent suffire », indique-t-elle. La station a aussi testé le désherbage mécanique avec un disque entraîné par la vitesse du tracteur. « Il laisse un sol très propre et est utilisable en jeune verger, avec un débit de chantier jusqu’à dix kilomètres heure. Il déplace en revanche de la terre, ce qui peut empêcher les noix de rouler à la récolte. Et le temps de travail est plus élevé », analyse-t-elle. La station a testé aussi le robot Vitirover avec un programme de tonte sur une bande d’un mètre autour des arbres. En 2024, la hauteur d’herbe a toujours été inférieure au témoin broyé, avec beaucoup moins de paille. « L’autonomie est bonne et les résultats satisfaisants, notamment l’absence de paille qui gène la récolte, rapporte Delphine Sneedse. Le robot est toutefois sensible aux irrégularités du terrain. Et il faut continuer à entretenir l’interrang. » Le désherbage électrique Zasso a aussi été satisfaisant, même en jeune verger, avec une herbe toujours plus basse qu’avec le témoin et moins de paille. La gestion mécanique s’avère toutefois plus coûteuse que le glyphosate. Alors que le coût (main-d’œuvre comprise) est de 50-60 euros par hectare et par an avec le glyphosate, il est de 80-90 euros par hectare et par an en désherbage mécanique et beaucoup plus élevé pour le Vitirover (plus de 2 000 €/ha/an) ou le désherbage électrique (1 500 euros par passage).

<em class="placeholder">Désherbage mécanique d&#039;un verger enherbé.</em>
Le désherbage avec un disque de binage interceps entraîné par la vitesse du tracteur laisse un sol très propre. © Senura
Les fiches techniques et webinaires du projet Greenfruit sont accessibles sur greenfruit.fr

L’enherbement sur le rang testé en mirabelle

L’Arefe (Association régionale d’expérimentation fruitière de l’Est) a également expérimenté des stratégies de gestion de l’enherbement sur le rang en mirabelle. Deux options ont été comparées avec un témoin fauché plusieurs fois et un témoin entretenu au glyphosate. La première option était un travail mécanique avec disques et fraises autant de fois que nécessaire, la seconde, une stratégie mixte (disques, fraise 1 fois maximum, herbicide de pré-levée). « La stratégie mécanique permet d’obtenir un sol propre, avec la nécessité de trois-quatre passages, rapporte Aline Mangin, chargée d’expérimentation de l’Arefe. En 2025, l’accroissement des troncs a par contre été significativement supérieur avec le glyphosate. »

À savoir

Des mesures d’Invenio en verger de châtaigniers montrent que d’avril à août, les situations de plus fort stress hydrique pour les arbres sont celles des sols désherbés. Elles montrent aussi que le rendement en châtaignier n’est pas affecté par l’enherbement du rang.

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