Fruits et légumes : un réseau national pour contrer les chenilles
Face à la raréfaction des insecticides contre les chenilles phytophages, les filières maraîchère, horticole et arboricole sont réunies depuis 2025 dans le projet Acompli pour développer des stratégies de lutte communes. Cette dynamique interfilière s’illustre par un réseau d’épidémiosurveillance inédit.
Face à la raréfaction des insecticides contre les chenilles phytophages, les filières maraîchère, horticole et arboricole sont réunies depuis 2025 dans le projet Acompli pour développer des stratégies de lutte communes. Cette dynamique interfilière s’illustre par un réseau d’épidémiosurveillance inédit.
Les chenilles phytophages ont entraîné d’importantes pertes de production avec, par exemple, jusqu’à 40 % de gousses perforées dans certaines parcelles de haricots d’industrie en 2024. Elles s’attaquent aux légumes frais, cultures d’industrie, prunes d’Ente, cultures ornementales ainsi qu’à la lavande, récemment touchée par Helicoverpa armigera, une des chenilles les plus problématiques.
« On se rend compte que le recours systématique aux phytosanitaires nous a fait ignorer beaucoup de choses sur le comportement des ravageurs », constate Cécile Le Doaré, directrice générale de l’Unilet. À l’heure où de moins en moins d’insecticides sont autorisés, ce manque de connaissances pénalise les filières : « Et c’est une problématique montante avec le changement climatique », avertit Fabien Tarascon, producteur de haricots d’industrie à Meilhan-sur-Garonne, en Lot-et-Garonne.
Un réseau interculture sans précédent
Compte tenu du très grand nombre de cultures concernées par les attaques de chenilles phytophages, « nous devons changer de paradigme, et développer la lutte sur trois niveaux, la plante, la parcelle et le paysage », annonce Paul Dumeaux, ingénieur de recherche à l’Unilet et chef du projet Acompli. À l’échelle du paysage, le projet développe un réseau interculture sans précédent. Il est déployé dans le Sud-Ouest et le Sud-est mais s’étend aussi vers le nord du pays afin de « suivre la présence ou l’absence de lépidoptères dans des territoires où ils commencent à être identifiés », explique le chef de projet.
L’épidémiosurveillance au cœur du réseau
L’un des volets du projet illustre parfaitement ce travail collaboratif : le réseau d’épidémiosurveillance mis en place. En parallèle de la recherche de leviers alternatifs testés seuls ou en combinaison (biocontrôle, plantes de service, filets anti-insectes), les partenaires ont imaginé un dispositif de surveillance sans précédent. « Nous avons déployé un réseau de 450 pièges répartis sur les 15 cultures intégrées au projet », se réjouit Paul Dumeaux. Les pièges installés chez les producteurs sont suivis selon deux modalités. « Nous avons des pièges classiques, qui sont relevés hebdomadairement par des conseillers techniques, et nous avons des pièges connectés, assurant des suivis en continu », présente Julien Orensanz, responsable technique à Cap 2020, entreprise spécialisée dans le développement d’outils d’anticipation des risques climatiques et sanitaires. À l’issue du projet, les partenaires espèrent identifier le type de pièges offrant le meilleur compromis entre temps de suivi et qualité des observations, ainsi que le nombre de pièges nécessaire pour un maillage pertinent du réseau.
Vers un outil d’aide à la décision
Le réseau vise aussi à harmoniser les méthodes d’observation à l’échelle nationale. « Nous uniformisons nos relevés pour pouvoir constituer une base de données unique pour tout le territoire français », explique Paul Dumeaux. Au-delà du suivi des vols, cette base de données doit servir à construire un modèle de prédiction. « À ce jour, on observe un décalage entre le travail de modélisation et ce que l’on observe en parcelle. Le réseau d’épidémiosurveillance nous permettra de réduire ce décalage, en y intégrant des données de microclimat à l’échelle de la parcelle et de facteurs de modification de l’environnement pouvant perturber les vols de lépidoptères », résume le chef de projet.
À terme, l’objectif est de fournir aux producteurs un outil d’aide à la décision permettant d’anticiper les périodes à risque et de mieux positionner les leviers de lutte.
Projet Acompli
- Acompli est l’acronyme de ACquisition d’Outils et de Méthodes de Protection contre les Lépidoptères en Interfilières
- Durée : 5 ans (2025-2029)
- Financement : plan Parsada
- 17 partenaires
Une diversité d’acteurs mobilisés
La force du projet Acompli réside aussi dans la diversité de ses partenaires : chercheurs, expérimentateurs, conseillers, agriculteurs, agro-équipementiers… Et même les industriels. « De notre côté, des choses sont également mises en place pour aider nos producteurs. Les seuils d’acceptation ont évolué. Nous refusons désormais des lots à partir de 3 à 5 % de gousses perforées. Avant, c’était tolérance zéro », rappelle Christophe Candel, responsable adjoint du pôle Agro-distribution chez Qualisol.
Le suivi des pièges en temps réel sur Vigicultures 2.0
Pour développer leur outil d’aide à la décision, les partenaires du projet s’appuient sur la plateforme Vigicultures 2.0. Ce portail centralise les données d’observation du réseau de Surveillance biologique du territoire (SBT) utilisées dans les bulletins de santé du végétal. Son accès est réservé aux contributeurs du SBT : observateurs de terrain, animateurs filière ou réseau et administrateurs.