Jonathan Chabert est maraîcher bio à Plédéliac en Bretagne. Installé depuis 2012, il a progressivement adapté son exploitation pour réduire ses besoins en eau sans pénaliser ses cultures. Pour le maraîcher, la résilience face au changement climatique ne repose pas que sur un levier.
En 2026, Jonathan Chabert, maraîcher bio breton, ne constate pas de pertes de rendement malgré les fortes chaleurs. Des rendements stables en tomate, comme en 2022, avec un arrosage trois à quatre jours par semaine au plus fort de la canicule. En plein champ, il parvient à obtenir des poireauxaux fûts aussi épais que des pieds de chaise avec deux à trois irrigationspar semaine seulement, même en conditions de chaleur extrême. Pourtant, « je pense avoir économisé 10 % d’eau ces quatre dernières années », estime le maraîcher, et ce malgré les canicules et des sécheresses qui s’accumulent. Une réussite qu’il attribue à plusieurs leviers développés au fil des années.
S’appuyer sur des variétés rustiques
Dès son installation en 2012, Jonathan Chabert mise sur des variétés rustiques issues de ses propres sélections. « Je ne suis pas fan des plantes hybrides. Elles marchent bien quand elles ont à manger, de l’eau à disposition et avec des traitements phytosanitaires. Mais dès qu’on enlève un de ces éléments, elles perdent en production et/ou qualité », avoue le maraîcher. « Aujourd’hui je produis des tomates à partir de 75 variétés différentes », rapporte-t-il. Pour lui, cette diversité augmente les chances de produire des fruits de qualité malgré les aléas climatiques. Cette diversité génère une forte hétérogénéité des besoins en eau qu’il prend en compte dans sa conduite. « C’est beaucoup de temps d’observation. Par exemple, plus les feuilles d’un plant sont enroulées, plus il est stressé par le manque d’eau. On va alors retirer davantage de branches pour que l’eau profite plus aux fruits », explique Jonathan Chabert. Même en période de production, les 75 cultivars sont comparés pour ne conserver que les plus résistants aux différents stress.
Pour assurer la productivité de sa culture, le maraîcher bio privilégie le maintien de la matière organique (MO) dans ses sols. Première étape : analyser son sol pour déterminer les apports à réaliser. Le producteur effectue des analyses tous les deux à cinq ans pour suivre l’évolution des différentes fractions de la MO et adapter la quantité d’amendement. « Je ne regarde pas seulement le taux de MO, je m’intéresse aussi au pH, à la capacité d’échange cationique (CEC). Pour la rendre disponible, il manque aussi parfois du bore, du fer ou de la potasse. C’est une analyse de sol bien exploitée qui nous permet de le dire », indique le maraîcher. Un taux élevé de MO ne suffit pas : structure du sol et équilibre chimique conditionnent aussi sa valorisation. Pour pouvoir tirer le plein potentiel des analyses, le maraîcher s’appuie sur des abaques et autres documents techniques.
Pour apporter de la MO, Jonathan Chabert mise aussi sur les engrais verts. Son objectif : couvrir son sol pour maintenir l’humidité en surface. « Nous avons augmenté le nombre d’engrais verts dans nos successions. L’idée est de couvrir le sol le plus vite possible, au premier espace creux dans l’assolement. Si nous ne sommes pas dans les conditions optimales de semis, on couvre avec une bâche », résume le maraîcher. Leurs racines décompactent le sol, favorisant son aération, l’infiltration et la rétention de l’eau. « C’est gratuit et ça fait mieux le travail que moi ! », s’amuse-t-il. Il expérimente toujours sur les espèces les plus adaptées à son assolement. « J’ai testé trois mélanges différents. Aujourd’hui je suis parti sur des légumineuses qui couvrent rapidement le sol et apportent de la matière organique, des graminées, du sarrasin et de la phacélie pour diversifier les cultures de la rotation », décrit le maraîcher.
Mais ces leviers ne suffisent pas toujours face aux chaleurs extrêmes. Jonathan Chabert cherche donc à rafraîchir ses tunnels grâce à l’ombrage, afin de limiter les pertes de rendement liées aux stress thermique et hydrique. Il entretient une haie de cinq à sept mètres de haut, au sud-ouest de son exploitation, à une dizaine de mètres de distance de ses tunnels de tomates. Elle ombre naturellement une partie du tunnel, réduisant sa température de quelques degrés.
En parallèle, tous ses tunnels sont en polyculture. De la vigne (raisin de table) est cultivée au-dessus des plants de tomate, courgette, concombre ou courge. Pour les faire cohabiter, une taille adaptée est primordiale mais l’équipe tâtonne encore sur la quantité de végétation à retirer. « On s’est rendu compte que la vigne a fait beaucoup d’ombre les années précédentes. Cette année, on a taillé plus efficacement pour obtenir une ombre suffisante mais pas embêtante. On a gagné en rendement », se félicite le maraîcher.
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Jonathan Chabert a également investi dans un filet d’ombrage pour ses tomates. Selon le maraîcher, le filet, la vigne et la haie, associés aux bassinages, permettent d’abaisser jusqu’à 10 °C la température de son tunnel. « La théorie dit 2 minutes de bassinage toutes les deux heures de neuf à seize heures. Mais je me fie aussi à l’état physiologique des plants, et au déficit de pression vapeur de la serre (voir encadré ci-dessous). Finalement, je bassine 4 minutes maximum, une à deux fois par jour. Je ne consomme que 10 à 20 litres d’eau par jour à l’échelle du tunnel ! », se réjouit Jonathan Chabert.
Pour un chiffre d’affaires de 140 000 euros par an, le maraîcher considère les investissements réalisés largement rentabilisés. « Ce qui me coûte le plus cher c’est l’amendement à base de potasse, 200 euros par an. Si on ajoute le prix des engrais verts, on monte à 400 euros. Je n’ai pas l’impression de me ruiner ! », plaisante le maraîcher. Compter 200 euros de filet d’ombrage, pour un tunnel, d’une durée de vie de minimum 10 ans.
Le maraîcher en est conscient, son système est chronophage et très manuel. Il considère la diversification comme un levier de résilience face au changement climatique, en sachant que la vente directe lui laisse une grande liberté dans le choix des cultures. « Mon circuit de commercialisation me permet cette diversité, mais même pour les productions à destination de la grande distribution, je ne pense pas que les systèmes monoculturaux soient suffisamment résilients. La sécurisation par la diversité des cultures, clairement, ça fait partie de la solution », conclut-il.
Repères
Le Jardin de la Perrière
localisation : Plédéliac, dans les Côtes d'Armor
Installation : 2012
Surface cultivée : 3 hectares
Nombre de salariés : 3,5
Exploitation en agriculture biologique
Circuit de commercialisation : vente directe (80 %) et restauration (20 %)
Des projets pour l’avenir.
Jonathan Chabert ne compte pas s’arrêter là. Des leviers sont déjà envisagés comme l’achat de sondes tensiométriques à relier au programmateur d’irrigation récemment acquis ou la plantation de vignes de raisin de cuve en diversification. Un apprenti arrivé le 17 août a pour mission de proposer un plan d’adaptation de l’exploitation au changement climatique sur cinq ans.
Gérer le déficit de pression vapeur (DPV)
Le DPV est la différence entre la pression de vapeur d’eau à saturation (pression maximale de vapeur d’eau que l’air peut contenir) et la pression de vapeur d’eau réellement présente. Plus le DPV est élevé, plus la demande évaporative de l’air est forte et plus la plante risque de perdre de l’eau par transpiration, pouvant conduire à un stress hydrique. À l’inverse, un DPV trop faible favorise le développement des maladies fongiques, l’air étant trop humide. Les valeurs de DPV favorables dépendent de l’espèce, de son stade de développement et des conditions climatiques et hydriques de la culture.
Sources : Shamishiri et al., 2018, Koehler et al., 2023.