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Election présidentielle
Eric Piolle : « Je propose de créer 25 000 fermes communales et agroécologiques »

Eric Piolle, actuel maire de la ville de Grenoble, se présente aux primaires écologistes (premier tour du 16 au 19 septembre prochain, deuxième tour du 25 au 28 septembre) face à Delphine Batho, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, en vue de l’élection présidentielle 2022. Il précise pour Reussir.fr son projet autour du monde agricole.

Eric Piolle, actuel maire de Grenoble, et candidat aux primaires écologistes souhaite que la filière de l’élevage se transforme pour aller davantage vers des fermes de petites tailles.
Eric Piolle, actuel maire de Grenoble, et candidat aux primaires écologistes souhaite que la filière de l’élevage se transforme pour aller davantage vers des fermes de petites tailles. Ici en visite dans une ferme bio dans les Pyrénées-Atlantiques
© Compte twitter d'Eric Piolle

Vous avez officialisé le 30 juin votre candidature aux primaires d’EELV et arpentez depuis quelques semaines la campagne. Parmi vos annonces : l’objectif de créer 120 000 emplois en agriculture. L’économiste Xavier Hollandts estime cet objectif irréaliste, que lui répondez-vous ?

Eric Piolle : Ce qui est irréaliste c’est de laisser s’effondrer un modèle agricole à bout de souffle. Il n’est ni environnementalement, ni socialement soutenable. Il représente un cinquième des émissions de GES en France et ne permet pas aux agriculteurs de vivre dignement, puisque 30% d’entre eux gagnent moins de 350€ par mois. Nous devons donc sortir de la logique d’industrialisation et de financiarisation de l’agriculture pour préserver et développer l’agriculture de petite taille et de qualité.

Mise à jour : Yannick Jadot contre Sandrine Rousseau, leurs idées sur l’agriculture

Nous devons passer d’une agriculture intensive en énergie et en engrais, à une agriculture intensive en emploi. Ainsi, comme l’indique le scénario Afterres 2050, 50 000 emplois peuvent être créés dans l’agroalimentaire pour qu’il soit relocalisé mais nous estimons aussi qu’il y aura 50 000 personnes qui devront se reconvertir, et devront être accompagnées pour cela, en raison de la transformation structurelle de notre modèle de production.

Je propose aussi de créer 25 000 fermes communales et agroécologiques qui emploieront 100 000 personnes. Bien manger ne doit pas être un privilège, il est du rôle du politique de garantir une alimentation de qualité accessible à toutes et tous.

Vous proposez notamment de créer 25 000 fermes communales d’ici à 2027, pouvez-vous détailler ? A qui appartiendraient-elles ? Pour quel marché ?

50% des agricultrices et des agriculteurs partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Il est difficile de trouver des personnes pour reprendre le flambeau pour l’ensemble de ces fermes. Les risques sont de les voir confisquées par l’agriculture intensive ou vendues à des promoteurs pour faire des lotissements éloignés des villes.

Pour éviter cela, je propose de créer 25 000 fermes communales maraîchères et agroécologiques, notamment pour approvisionner la restauration publique et développer des circuits courts. Ces fermes pourront appartenir à la commune, à une association ou à un propriétaire privé, mais elles devront répondre à une mission d’intérêt général.

Si on veut changer notre alimentation et soutenir notre agriculture, les restaurations collectives publiques doivent reposer davantage sur les circuits courts que sur les produits importés.

Je proposerai de voter une grande loi foncière pour protéger les terres agricoles

Vous insistez sur l’idée de protéger le foncier agricole avec l’objectif de zéro artificialisation des terres à l’échelle intercommunale d’ici cinq ans, comment comptez-vous vous y prendre ?

Tout d’abord j’arrêterais tous les grands projets inutiles consommateurs de terres agricoles, comme les immenses dépôts pour l’e-commerce ou la création de centres commerciaux.

Je proposerai également au parlement de voter une grande loi foncière pour protéger les terres agricoles ou les forêts qui sont des biens communs. Les inondations terribles qui se sont déroulées en Allemagne et en Belgique, nous rappellent l’importance de cesser l'artificialisation des sols.

Enfin, l’Etat devra être au côté des collectivités, notamment des communes rurales, et des agriculteurs pour les accompagner dans la réussite de cet objectif.

Je propose de fusionner et démocratiser les Safer et EPF

Vous souhaitez revenir sur les règles de propriété et d’usage du sol agricole ?

L’objectif est de laisser les terres agricoles aux agriculteurs. L’agriculture redevient un secteur stratégique et essentiel dans une logique spéculative de groupes étrangers ou de fonds de pensions. Or, nos terres arables ne sont pas des produits financiers.

Comme pour la défense, je propose donc d’étendre au foncier agricole le contrôle des investissements en fusionnant et en démocratisant les Safer et les EPF (Établissements publics fonciers). Il faut donner les moyens aux agriculteurs, aux citoyens et aux élus locaux de résister à cette logique où certains achètent à prix d’or ce qui doit permettre de nourrir nos enfants.

Les engrais azotés seront progressivement davantage taxés

Dans votre programme vous indiquez vouloir accompagner le développement du bio, comment ?

Mon objectif est d’avoir un quart des fermes en agriculture biologique en 2030 contre 12% en 2020 pour diminuer les importations et augmenter la production locale et nationale.

Pour cela, il est nécessaire de réorienter l’usage des 14 milliards d’euros d’argent public, national ou européen qui privilégie aujourd’hui les pratiques intensives. Les engrais azotés seront également progressivement davantage taxés. Il faut donner une perspective aux agriculteurs français et soutenir les conversions vers le bio.

Enfin, nous devons faire grandir les consciences des consommateurs et donner les moyens aux personnes à bas revenu d’acheter des produits meilleurs pour leur santé et pour la planète. Le revenu minimum garanti dès 18 ans et l’augmentation des bas salaires de 10% sont des mesures qui sont reliées à cet objectif.

Lire aussi : Salima Djidel a poussé le bio à Grenoble

Vous dites que vous n’êtes pas l’adversaire des agriculteurs de Bretagne ou de Picardie, mais que proposez-vous pour les agriculteurs engagés dans d’autres démarches que le bio ? Je pense au HVE par exemple ou aux démarches Bas carbone ?

Tout d’abord je souhaite les protéger de la concurrence de produits importés et ne répondant pas au même standard environnemental et social. Ainsi, je m’opposerai aux traités commerciaux de libre-échange fondés sur la concurrence à bas coût notamment avec le Mercosur et j'œuvrerai pour inclure des clauses sociales et environnementales dans tous les traités commerciaux en appelant la Commission européenne à les renégocier.

Enfin, la réorientation des soutiens à l'agriculture bénéficiera aux agricultures portant une attention particulière à l’environnement, à la réduction des gaz à effet de serre ou à la réduction de la consommation d’eau. Je demanderai cependant une évaluation scientifique indépendante relative aux impacts sociaux et environnementaux des autres labels.

Croyez-vous en la nouvelle école Hectar, créée par Audrey Bourolleau et Xavier Niel, pour former la nouvelle génération d’agriculteurs ?

Il existe en France des lycées agricoles et des formations diplômantes de grande qualité en matière d’agriculture. Notre enjeu est de les accompagner à former les futurs agriculteurs aux enjeux que nous rencontrons sur l’utilisation de l’eau, la culture sans engrais, le bien-être animal…

Par ailleurs, vous souhaitez assujettir les NBT à la réglementation OGM, pourquoi ?

Pour les NBT, comme pour les OGM le principe de précaution et la transparence auprès des consommateurs doivent prévaloir.

Je serai intransigeant avec la filière d’élevage intensive

Quid du bien-être animal ? Vous êtes pour la création d’un label « bien-être animal », le développement du végétal dans les cantines et la baisse des cadences dans les abattoirs, souhaitez-vous voir la filière élevage se réduire davantage en France ?

Nous avons besoin d’un élevage de qualité en France. Je souhaite que la filière de l’élevage se transforme pour aller davantage vers des fermes de petites tailles où les animaux sont bien traités et ne sont pas « shootés » aux antibiotiques.

Pour cela je serai intransigeant avec la filière d’élevage intensive dont je souhaite sortir d’ici 2030 sans augmenter les importations. Ainsi, dès le début de mon mandat, je proposerai l’interdiction de la construction et de l’extension de tout bâtiment d’élevage ne respectant pas la densité maximale et l’accès au plein air des animaux.

Vous dites vouloir lutter contre « l’impunité des lobbys agroalimentaires », qui visez-vous ?

Toutes les compagnies financières qui privilégient le rendement de leur actionnaire à la santé des citoyens et à la préservation du vivant. Nous sommes dans une société où certains s’accaparent nos biens communs. Il faut inverser la tendance et remettre l’intérêt général devant les intérêts privés.

Je propose d’initier une grande consultation sur l’évolution de la filière viticole

Quelles sont vos autres propositions concernant le monde agricole ?

Les agriculteurs font partie des premières victimes du réchauffement climatique. Nous le constatons chaque année, le gel tardif, les grêles ou les fortes pluies abîment les cultures.

Il est indispensable d’engager une forte collaboration entre les pouvoirs publics et le milieu agricole pour mettre en place des mesures d'adaptation au réchauffement climatique. Cela devra commencer par un travail avec agriculteurs et assureurs pour changer le système des assurances catastrophes climatiques. Les risques ont changé, le système doit donc s’adapter, sans devenir plus coûteux pour les assurés.

Je propose également d’initier une grande consultation sur l’évolution de la filière viticole dans son ensemble afin de préparer le vignoble français à s’adapter au changement climatique.

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