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[Covid-19] La « renationalisation » des achats de viande bovine doit aussi profiter aux éleveurs

Alors que suite à l’arrivée du coronavirus les enseignes de la grande distribution ont vu leurs ventes gonfler suite au confinement des français et à l’arrêt des repas pris en restauration hors foyer, les éleveurs souhaiteraient pouvoir eux aussi tirer les fruits de l’actuelle renationalisation de la consommation française de viande bovine.

L'arrivée du coronavirus a contribué à doper les ventes en grande distribution, y compris pour la viande bovine.
© F. d'Alteroche

Au cours de l’avant dernière semaine de mars (semaine 13), les achats et l’écoulement du bétail en ferme ont pu avoir lieu à peu près correctement compte tenu du contexte. Des flux traduisant le besoin bien réel des abatteurs français et des exportateurs de bétail vivant. Les actuels reports de consommation de la restauration hors foyer (qui totalise en temps « normal » pratiquement le quart de la consommation française de viande bovine) sur les achats en boucherie et dans la grande distribution favoriseraient donc la demande pour la viande issue de bovins français. Seules certaines interrogations demeurent vis-à-vis de certains rayons « à la coupe » parfois délaissés au profit du libre-service, souvent faute de salariés pour les faire fonctionner dans de bonnes conditions. 

Cette évolution serait similaire chez nos voisins italiens et espagnols avec, là aussi, des reports de consommation entre la viande habituellement consommée dans la restauration hors foyer et celle achetée dans d’autres circuits et destinée à être cuisinée à domicile. Autant d’évolutions qui dans ces deux pays vont, elles-aussi dans le sens du maintien des circuits pour les viandes produites localement à partir d’animaux né, engraissés et abattus là où ils seront consommés, mais également importés maigres puis engraissés et abattus localement dans le cas de l’Espagne et de l’Italie.

Si on reste raisonnablement optimiste et si les possibilités de transport puis d’abattage ne sont pas davantage impactées dans un futur proche par des difficultés à trouver le personnel nécessaire, il n’y a donc pas de raisons pour que la demande faiblisse dans les jours à venir pour les animaux finis et le bétail maigre issu des élevages allaitants français.

Des prix en ferme toujours aussi médiocres

Malgré ce contexte fragile, mais dans l’ensemble relativement favorable à l’écoulement du bétail français, les éleveurs constatent des tarifs toujours aussi médiocres pour le prix auquel ont été achetés leurs animaux ces derniers jours.

C’est ce qui a incité la Fédération Nationale Bovine à envoyer dimanche 29 mars une lettre ouverte au ministre de l’Agriculture en réponse à son appel du 18 mars dernier. Didier Guillaume avait alors déclaré aux agriculteurs français : « Nous comptons sur vous. Ne lâchez rien, continuez vos activités essentielles, indispensables. Vous participez pleinement à l’effort de la communauté nationale. En retour, l’Etat sera à vos côtés pour traverser cette période difficile. » Ce message a été bien reçu par la Fédération Nationale Bovine, mais ses responsables déplorent l’absence d’effet de l’actuelle renationalisation de la consommation de viande bovine sur les tickets d’achat.

« En effet, la crise sanitaire que nous traversons vient mettre en lumière le véritable drame de notre secteur : alors que la consommation de viandes bovines se tient, alors que les français veulent continuer à acheter nos produits, alors qu’avec la fermeture des collectivités et des restaurants, la grande distribution possède toutes les cartes en main pour tirer la production française vers le haut… le prix payé aux éleveurs reste beaucoup trop bas pour nous permettre de vivre de notre métier. » précise Bruno Dufayet, Président de la FNB dans la lettre ouverte envoyée à Didier Guillaume. « En cette période de crise où la solidarité et la protection de notre souveraineté alimentaire sont appelées de leurs voeux par le Chef de l’Etat, nous, éleveurs, sommes amenés à produire plus, pour vendre, toujours, nos animaux à un prix inférieur d’un euro du kilo, en moyenne, à notre coût de production. »

Et de rappeler au Ministre que s’il souhaite que les éleveurs puissent pérenniser leurs activités, il faut aussi un prix du bétail en phase avec les coûts de production. « Nous vous lançons cet appel : aidez-nous ! Donnez-nous les moyens de continuer à nourrir les Français ! Comment ? En instaurant, dans notre filière, pendant toute cette période d’état d’urgence sanitaire, pendant laquelle le poids de la grande distribution est encore renforcé et au cours de laquelle il est possible de déroger aux règles européennes, un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production. » Et d’expliquer que pour permettre aux éleveurs d’avoir un prix de leurs animaux finis en phase avec leurs coûts de production (soit un euro supplémentaire par kilo de carcasse comparativement aux tarifs du moment) il « suffirait » que les enseignes rognent de 15 centimes la marge unitaire qu’ils prennent pour chaque steak vendu en grande distribution.  « C’est comme cela qu’ils mèneraient, véritablement, la mission de « service public d’alimentation » qu’ils revendiquent auprès des citoyens, dans le contexte de crise que nous traversons ! »

Et d’avancer que les distributeurs, comme les industries françaises de l’abattage et de la transformation, ont les moyens de faire cet effort, dans la mesure où depuis 20 ans, le prix de la viande vendue aux consommateurs augmente chaque année de 3% sans qu’aucune hausse ne soit répercutée aux éleveurs.

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