Coccidiose chez le veau : un parasite majeur qui exige une gestion rigoureuse
Le traitement préventif de la coccidiose chez le veau doit être adapté aux particularités de chaque élevage. Il est nécessaire de poser un diagnostic avec une coproscopie et d’identifier les périodes à risque. En même temps, l’acquisition de l’immunité est à favoriser.
À l’automne, nous sommes appelés dans un élevage salers de plus de 100 vêlages avec vaches à l’attache et parcs à veaux à l’arrière. L’éleveur nous présente en fin de saison de vêlage un veau de 4 mois abattu, en hyperthermie, et présentant une hyperesthésie, c’est-à-dire une augmentation excessive de la sensibilité à certains stimuli se traduisant par des sensations désagréables ou douloureuses. Ce même veau a présenté les jours d’avant une diarrhée hémorragique avec ténesme (des efforts spasmodiques douloureux et parfois improductifs).
Le veau reçoit une réhydratation à base de chlorure de sodium isotonique, un cocktail de vitamines et oligoéléments, une injection de cortisone et des sulfamides en antibiotiques. Une coproscopie est réalisée, car nous suspectons dans cet élevage une coccidiose nerveuse (voir encadré), l’élevage étant accoutumé à un épisode de coccidiose clinique sévère tous les ans.
De retour au cabinet, nous réalisons une coproscopie avec de l’eau salée. Nous mettons alors en évidence des milliers d’œufs de type Eimeria bovis, ce qui confirme la présence de coccidiose pathogène. Nous conseillons donc à l’éleveur un traitement à base de triazinone sur ce veau et ceux du même lot présentant un mauvais GMQ. Cette famille de molécules est utilisée à la fois en préventif et en curatif. En fonction du traitement, la rémanence sera différente, ce qui est à adapter à chaque élevage.
Des formes subcliniques de coccidiose chez le veau
Nous avions donc affaire à un épisode de coccidiose clinique que beaucoup d’éleveurs connaissent : un syndrome d’entérite le plus souvent hémorragique avec ténesme. Il est important de ne pas oublier la composante subclinique de ce parasite entraînant baisse d’appétit, retard de croissance, poil piqué. Le règlement européen impose depuis janvier 2022 plusieurs critères pour utiliser les anticoccidiens en prévention, pendant une période donnée, et sur un nombre d’animaux limité : il est nécessaire de poser un diagnostic de coccidiose et d’objectiver le risque pour l’élevage.
Pour le diagnostic, la coproscopie est le meilleur outil. Cependant, le pic d’excrétion des ookystes peut être irrégulier et fugace. Il est essentiel de multiplier les comptages et prélèvements : dans un article de Philippe Raquin et Nicolas Roch, vétérinaires en Saône-et-Loire, il est recommandé « un minimum de sept à dix prélèvements individuels ». De plus, il est important de typer les coccidies, même s’il n’existe pas de seuil propre à chacune des espèces pathogènes du parasite pour le diagnostic.
Dans un second temps, nous devons mettre en avant des données de mortalité et de morbidité dues à la coccidiose, et enfin déterminer les périodes à risque d’expression de la coccidiose propres à l’élevage. La dose infectante ainsi que les périodes d’apparition de la maladie vont varier d’un élevage à l’autre.
L’immunité suite à la primo-infection est essentielle
Il est aussi essentiel de se pencher sur l’hygiène des parcs à veaux, les périodes de stress, ainsi que le parasitisme. En effet, il a été prouvé qu’une association avec des strongyloides peut entraîner un échec du traitement de la coccidiose en interférant sur les phénomènes d’immunité.
L’immunité mise en place par l’animal suite à la primo-infection est essentielle. Comme le dit le docteur Alzieu, vétérinaire praticien et membre de la commission Parasitologie de la SNGTV (Société nationale des groupements techniques vétérinaires) : « la réponse immunitaire innée est rapide et cruciale dans la régulation des stades précoces du cycle et dans l’initiation de l’immunité adaptative. La régulation des coccidies repose sur l’immunité cellulaire. »
Quand les coccidies attaquent le système nerveux
Dans moins de 1 % des cas, la coccidiose peut prendre une forme nerveuse qui est mortelle dans plus de 75 % des cas. Cette forme de la maladie est plus fréquente dans les ateliers d’engraissement sur des animaux de 6 mois à 2 ans, et associée à une forme digestive. L’animal va présenter un abattement, des mouvements incoordonnés, une ataxie puis une incapacité à se lever. Ensuite, il peut atteindre un état d’opisthotonos (contraction tétanique avec renversement du corps et de la tête en arrière et extension des membres) avec un mouvement rythmique et involontaire des yeux et des fasciculations musculaires, voire même des convulsions. Les traitements curatifs sont souvent inefficaces à ce stade.