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Chrysomèle du maïs : faire face à la présence grandissante du ravageur dans le Sud-Ouest

Surveillée depuis longtemps, la chrysomèle du maïs est désormais bien installée dans le Sud-Ouest. Face à ce ravageur, les maïsiculteurs doivent raisonner la lutte à l’échelle de la parcelle, en combinant surveillance, adaptation des rotations et, en dernier recours, aux insecticides au semis.

Pieds versés, feuilles desséchées, tels peuvent être les dégâts provoqués par la chrysomèle des racines du maïs, Diabrotica virgifera. Mais pour en arriver là, il faut plusieurs années de présence et une très forte population. Une surveillance renforcée accompagnée de mesures adaptées peut contenir cet insecte. Arrivé en France en 2002, le ravageur a d’abord fait l’objet de mesures réglementaires visant à l’éradiquer dans les zones infectées de l’Est. Coûteuses et contraignantes, elles ont été supprimées en 2015. « Nous avons fait le constat que l’on peut contenir la chrysomèle et continuer à faire du maïs en adaptant les pratiques », explique Jean-Baptiste Thibord, responsable du pôle ravageurs, méthodes de lutte et protection des semences chez Arvalis.

Des dégâts dix ans après l’apparition de l’insecte

En général, il faut huit à dix ans après les premières captures pour que les populations de chrysomèle atteignent des niveaux problématiques. Ce scénario s’est vérifié en Aquitaine, où une première verse suspecte du maïs a été signalée par un agriculteur en 2025. « Les pièges à phéromones suivis depuis une dizaine d’années ont révélé que la chrysomèle est désormais largement implantée, avec des dynamiques de développement différentes selon les départements », indique Philippe Mouquot, conseiller à la chambre d’agriculture de la Gironde et animateur du BSV Aquitaine.

Si elle est aujourd’hui bien présente en Dordogne et Gironde, elle a été détectée pour la première fois en 2017 plus au nord en Charente. Alexia Rousselière, conseillère à la chambre d’agriculture, explique que si pour le moment l’intensité des captures n’entraîne pas de nuisibilité, sa progression pourrait être préjudiciable dans la prochaine décennie.

L’insecte ne réalise qu’une génération par an. Les adultes apparaissent à partir de début juillet et peuvent être observés tout l’été. Capables de se déplacer sur plusieurs kilomètres, ils pondent dans le sol des parcelles de maïs entre l’été et l’automne. Les œufs passent l’hiver dans le sol, avant d’éclore au printemps suivant pour donner des larves qui vont s’attaquer aux racines des jeunes plants de maïs, au stade 7-8 feuilles. Le système racinaire est ainsi fragilisé, ce qui expose la plante à la verse en cas de vent et au dessèchement en situation de stress hydrique. 

Jean-Baptiste Thibord rappelle que la chrysomèle a un taux d’accroissement annuel élevé (x 3 à 3,5), mais il faut des niveaux de population très élevés pour que ce type de dégâts apparaisse réellement, notamment dans certaines situations agronomiques à risque.

Identifier les situations à risque

Quand il n’y a pas de racines de maïs, la larve ne peut pas survivre dans la parcelle. Les situations les plus favorables au développement de la chrysomèle sont donc bien connues : « beaucoup de maïs dans le paysage, la monoculture, la conduite en sec, mais aussi des maïs qui démarrent mal en raison d’un printemps difficile qui pénalise l’enracinement. Si le volume racinaire est réduit, cela va favoriser la chrysomèle », explique Philippe Mouquot.

Le type de sol joue également un rôle : « la chrysomèle est peu présente dans des terres sableuses, tout comme dans les terres inondées pendant l’hiver ». À l’inverse, lorsque le maïs est irrigué ou que l’année est humide et sans vent, les symptômes passent souvent inaperçus. Seule l’observation des racines, de préférence autour de la floraison, permet d’évaluer l’ampleur des dégâts.

Dans ces situations, la surveillance devient déterminante, martèle Jean-Baptiste Thibord. « En monoculture longue, ne pas surveiller avec des pièges expose à une augmentation des populations, avec un risque important de dégâts. C’est ce qui s’est passé en Isère en 2022 où certains maïsiculteurs de la Vallée du Grésivaudan n’ont rien récolté. »

La surveillance repose sur deux protocoles de piégeage à activer successivement. « Lorsque l’on a beaucoup de captures avec les pièges à phéromones, cela signifie que l’insecte est présent sur le territoire. Il faut passer au piège jaune, englué, qui sert à évaluer l’abondance à l’échelle de la parcelle de l’agriculteur et à décider de la mise en place ou non de mesures de lutte. »

Piéger les insectes pour ajuster les interventions

En fonction des seuils atteints dans les pièges jaunes, Arvalis formule des recommandations. Entre 0,5 et 5 adultes par piège et par jour détectés sur six semaines de surveillance, il est conseillé de casser la monoculture un an sur quatre en situation de faible stress hydrique, ou un an sur trois en cas de stress hydrique fort. Lorsque l’agriculteur choisit de poursuivre la monoculture, la protection chimique au semis devient un levier complémentaire. Elle est recommandée dès la troisième année. « Force 1.5G (téfluthrine) est le plus efficace mais réglementairement il ne peut être utilisé qu’une année sur trois, rappelle Jean-Baptiste Thibord d’Arvalis. On va donc le réserver pour la cinquième année de maïs, où le risque est le plus élevé. En troisième et quatrième années, on utilisera les autres produits, Belem 0.8MG ou Force 20CS. »

L’insecticide protège les racines et limite les dégâts en présence de larves dans le sol. Il contribue aussi à réduire les populations d’adultes émergentes, avec un effet visible l’année suivante. « Les adultes ne font pas de dégâts l’année N, mais ils pondent des œufs produisant les larves qui feront des dégâts l’année suivante », indique l’expert. Au-delà de 5 adultes par piège et par jour, il est recommandé de ne pas implanter de maïs l’année suivante.

À l’inverse, la lutte chimique contre les adultes n’a pas d’intérêt agronomique. « Ils ne compromettent pas la fécondation et leur destruction n’empêche pas la présence de larves l’année suivante », explique le responsable Arvalis, qui souligne leur mobilité entre parcelles. Les retours d’expérience américains montrent en outre que la lutte simultanée contre adultes et larves avec la même famille chimique favorise l’apparition de résistances au bout d’une dizaine d’années.

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