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Contre les Escherichia coli, efficacité démontrée de la désinfection pré-traite

Des essais menés sur la ferme expérimentale du Pradel ont mesuré l’efficacité mais aussi l’impact sur le temps de travail de quatre procédures de désinfection des trayons pré-traite. Résultats.

« La traite est la dernière barrière pour permettre de sécuriser la qualité du lait », a rappelé Hélène Le Chenadec de l’Institut de l’élevage lors d’une journée de restitution du projet MaLISTEC organisée à la ferme expérimentale caprine du Pradel (Ardèche).

« Depuis plusieurs années, certains Escherichia coli d’origine fécale, les Escherichia coli producteurs de shigatoxine potentiellement hautement pathogènes (STEC HP), menacent les filières au lait cru », expose-t-elle. Dans le cadre du projet MaLiSTEC (voir encadré), l’efficacité de procédures de désinfection pré-traite des trayons pour limiter le passage de ces bactéries du tube digestif au lait a été mesurée pour passer la période critique où le lait est contaminé par des STEC HP. Hors période de crise liée à la contamination du lait, l’objectif est avant tout d’avoir des trayons propres et secs au moment de brancher. Les trayons des animaux sont un réservoir important de microflores utiles, notamment pour l’affinage, et la pratique habituelle en élevage caprin n’est pas de désinfecter les trayons.

Des pratiques efficaces

Quatre méthodes ont ainsi été testées : pré-trempage en mousse et en spray avec essuyage papier, et deux lingettes différentes. Bilan : « les quatre pratiques réduisent significativement le nombre d’E. coli sur les mamelles, conclut Hélène Le Chenadec. Même si le nombre de bactéries était assez faible au départ, on voit un effet de réduction des populations ». Ces quatre techniques participent à la gestion du risque sanitaire et sont faciles à mettre en œuvre et efficaces, sous réserve que le geste soit maîtrisé, avec une application individuelle (par exemple une lingette par chèvre), et avec des trayons relativement propres au départ.

Il est important de rester vigilant sur les bonnes pratiques en amont de la traite, notamment sur la propreté de la litière. « Attention également à bien utiliser un produit homologué pour une utilisation en pré-traite », prévient Claire Boyer de l’Institut de l’élevage.

Revers de la médaille, ces procédures entraînent un surcroît de temps de travail et de pénibilité, mesuré lors des essais.

Plus 30 à 45 minutes à la traite

À la ferme expérimentale du Pradel sur laquelle les essais ont été menés, le temps de traite a été allongé de 6 min 30 sec par lot de 48 chèvres avec les lingettes, et de 7 min 30 sec par lot pour la désinfection en mousse suivis d’un essuyage papier. Au total, 30 à 45 minutes supplémentaires par traite, pour une durée habituelle d’une 1 h 30 pour 200 chèvres. « La désinfection des trayons avant la traite n’est pas une contrainte insurmontable, mais elle ajoute un temps de travail non négligeable à chaque traite. Cette pratique peut être appliquée de façon temporaire pour faire face à un épisode de contamination et permettre de reprendre les fabrications ou la collecte de lait cru rapidement ».

Dernier point soulevé, la gestion des consommables et des déchets, que ce soit pour les lingettes ou pour essuyer le produit pulvérisé, ajoute une charge supplémentaire à l’éleveur.

Limiter la multiplication et la transmission des Escherichia coli

Le projet MaLiSTEC a étudié, à l’aide de l’indicateur de contamination fécale Escherichia coli, deux leviers pour limiter la multiplication et la transmission des STEC hautement pathogènes du tube digestif au lait : la mamelle et la litière. Ce projet a reçu le soutien financier de la Région Auvergne Rhône-Alpes (PEPIT), de l’Anicap et du Criel Alpes Massif Central et a été piloté par l’Idele avec les partenaires de terrain (Agrial, Fromagerie de la Drôme, Chambre d’Agriculture de l’Ardèche, Cap’Pradel et l’Eplefpa Olivier de Serres). Pour le levier mamelle, une vidéo tutoriel et une fiche pratique pour la bonne mise en œuvre des procédures de désinfection pré-traite sont disponibles sur le site de l’Institut de l’Élevage. Une fiche pratique sur le levier litière sera bientôt disponible.

Magalie Gravier, éleveuse à Marigny, 400 chèvres (79)

Une pratique nécessaire mais chronophage

« En filière lait cru, nous livrons notre lait à la Coopérative laitière de la Sèvre. Les exigences sont élevées afin d’éviter tout risque sanitaire et la grille de paiement comprend des critères sur la qualité du lait avec un système de pénalités/bonifications. Depuis 2011, nous pulvérisons un produit de désinfection sur les trayons avant la traite, et l’essuyons avec de la laine de bois. Malgré toutes les précautions il arrive en période de fortes chaleurs et mises bas d’avoir quelques soucis, néanmoins cela permet en plus de maîtriser les taux cellulaires. C’est assez stressant et fatiguant au quotidien, il faut gérer les consommables et les animaux sont plus agités. Notre temps de traite est allongé de 50 minutes par jour ! Pour agir sur la prévention des mammites et réduire la pénibilité, nous allons essayer de passer au post-trempage. En cas d’alerte, nous pourrons remettre en place la désinfection pré-traite. »

Denis Dumain, associé de l’Élevage du Serre à Ribes (07)

« Pas de pré-trempage, mais des analyses régulières »

« Nous ne faisons pas de pré-trempage des trayons. Dans notre plan de maîtrise sanitaire, la gestion du risque Escherichia coli est bien sûr inclus et nous réalisons des analyses très régulières de la qualité du lait, sur le lait cru et les produits finis, afin de garantir la qualité de nos fromages. De plus, étant producteurs fermiers nous ne voulons pas dégrader la qualité de la flore totale de notre lait, qui donne toute sa saveur à notre fromage. En revanche, nous pulvérisons un produit de post-trempage pour protéger les trayons des infections. »

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