Comment mettre en place une petite restauration à la ferme ?
Les fromagers fermiers peuvent pousser la vente directe jusqu’à de la petite restauration. Mais les contraintes et obligations sont nombreuses. Tour des questions réglementaires et d’organisations avec Doriane Sénécal des chambres d’agriculture de Normandie.
Les fromagers fermiers peuvent pousser la vente directe jusqu’à de la petite restauration. Mais les contraintes et obligations sont nombreuses. Tour des questions réglementaires et d’organisations avec Doriane Sénécal des chambres d’agriculture de Normandie.
« La petite restauration répond à une forte attente des visiteurs qui recherchent une expérience authentique et le lien direct avec les produits. Plusieurs formules existent et doivent être choisies en fonction de votre organisation et de votre clientèle. La table d’hôtes est réservée exclusivement aux clients des chambres d’hôtes, avec un menu unique servi à la table familiale. Le goûter à la ferme est une collation simple, appréciée des familles et des groupes scolaires. Le panier pique-nique offre une solution flexible pour les touristes et randonneurs. L’apéritif fermier permet d’instaurer un cadre convivial mais si l’exploitation n’est pas à l’origine de la boisson alcoolisée, il est nécessaire d’avoir une licence pour vendre de l’alcool. Enfin, l’assiette gourmande représente la formule la plus fréquente pour les fromagers car elle valorise simplement et efficacement une sélection de fromages avec du pain et quelques accompagnements.
Pas de conserves maison
La création d’une activité de petite restauration nécessite une déclaration au guichet unique des entreprises et à la DDPP. Une formation sur l’hygiène de deux jours est exigée, sauf pour la table d’hôtes. Suivre le guide de bonnes pratiques d’hygiène (GBPH) sur la partie fromagère ne dispense pas de suivre la formation à l’hygiène en restauration commerciale.
L’utilisation d’une cuisine personnelle est tolérée si elle est propre, organisée et conforme aux bonnes pratiques : matériaux lavables, absence d’animaux, stockage séparé, marche en avant et nettoyage rigoureux… Il n’est autorisé d’utiliser ses propres œufs que s’ils proviennent d’un élevage déclaré et s’ils sont destinés à des préparations parfaitement cuites comme les gâteaux ou les crêpes mais pas pour des œufs au plat ou des mousses au chocolat.
Les conserves familiales sont exclues car elles présentent un risque de botulisme. La chaîne du froid doit être maîtrisée en toutes circonstances, en évitant la zone de danger entre 10 et 63 °C, en refroidissant rapidement les préparations et en respectant les règles de congélation et de décongélation.
Mettre en scène ses fromages de chèvre
Pour promouvoir sa petite restauration, il faut être capable de raconter une histoire authentique sur ses produits. Les visiteurs veulent comprendre comment vivent les chèvres, comment est fabriqué le fromage et pourquoi votre ferme est unique. Une brève visite ou une dégustation commentée peut enrichir l’expérience sans forcément alourdir l’organisation. La communication numérique est devenue indispensable, avec un site internet, des photos soignées et une présence régulière sur les réseaux sociaux. L’adhésion à des réseaux comme Bienvenue à la ferme ou Accueil Paysan renforce la visibilité et la crédibilité. Les collaborations avec des hébergements, offices de tourisme ou producteurs voisins permettent également d’attirer une clientèle diversifiée. Enfin, une petite restauration réussie repose autant sur la qualité des produits que sur la qualité de l’accueil et l’art de raconter son métier. »
Le prix des bonnes choses
Les tarifs observés en Normandie donnent des repères utiles pour la petite restauration : un goûter se situe entre trois et cinq euros par personne, un apéritif fermier entre dix et quinze euros et un panier pique-nique autour de vingt à vingt-cinq euros. La méthode classique en restauration consiste à appliquer un coefficient d’environ 2,5 sur le coût matière pour obtenir un prix de vente cohérent. Mais ce montant ne reste qu’indicatif et doit être adapté à chaque situation, sachant que les consommateurs sont plus enclins à payer davantage un produit fermier, authentique et de terroir dans un cadre champêtre.