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Une installation progressive

Dans les Côtes-d’Armor, Nicolas Daniel a construit son élevage progressivement. Il élève seul ses soixante limousines et parvient à se ménager une épanouissante vie personnelle.

© S. Bourgeois

À Plédéliac, dans les Côtes-d’Armor, Nicolas Daniel est parti de zéro pour monter un troupeau limousin. Juste avant ses 40 ans, il savoure le passage d’une étape qui lui tenait à cœur : un veau d’une souche née chez lui a été sélectionné pour être évalué à la station raciale de Lanaud. Et il a présenté en concours un taureau au Space cette année. Le parcours de Nicolas Daniel n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. Ses parents élevaient des vaches laitières et des lapins, mais il ne pouvait pas investir pour moderniser les installations, et la viande lui plaisait. Il s’est lancé dans un projet en individuel de construction d’un troupeau limousin.

« J’ai démarré avec 18 vaches et leur suite, achetées à des sélectionneurs bretons. Parallèlement, j’ai commencé à travailler pour le service départemental de remplacement, raconte Nicolas Daniel. Ce travail m’a permis d’avoir un revenu pendant que je développais mon élevage. J’ai appris beaucoup en découvrant toutes sortes de structures d’élevage. » Cumuler les deux activités a nécessité beaucoup d’énergie. « Quand on perd un animal à cause des aléas de l’élevage, par exemple une vache qui fait une méningite foudroyante ou un veau qui naît avec une patte pliée, c’est dur de voir ses efforts partir en fumée », se rappelle l’éleveur. Au bout de quelques années, l’éleveur n’arrivait plus à assurer des deux côtés et a décidé de se consacrer à temps plein à son élevage. En 2014, il a acheté un corps de ferme avec un petit bâtiment entravé et une salle de traite, situé à deux kilomètres du site principal qu’il avait repris à ses parents. Il disposait alors de la structure qu’il avait en tête : une surface totale de 78 hectares, dont 52 en prairies et 10 en maïs, le reste en céréales, et un troupeau de limousines. Actuellement, il a 60 mères et son objectif est d’augmenter de 10 vaches l’effectif.

Petit bout par petit bout, au rythme permis par la trésorerie

« Je suis en septième année d’installation, et c’est la première année que j’ai assez de trésorerie pour conserver toutes mes génisses jusqu’au vêlage. » Avec beaucoup de patience, justement au rythme permis par la trésorerie, Nicolas Daniel transforme petit bout par petit bout ses installations. « Je viens de monter un mur de silo mais je ne bétonnerai le sol que l’année prochaine. J’achète des barrières et les monte un peu chaque année », explique l’éleveur. L’avantage de cet inconvénient, c’est que chaque détail a le temps d’être minutieusement pensé. Il a recours autant que possible à la récupération, mais toujours avec le souci du bon goût pour la finition, et surtout il s’attache à ce que les installations puissent résister longtemps. Dans le bâtiment, aucun mètre carré couvert n’est perdu. Un parc à veaux occupe l’espace central de la contention en demi-cercle par exemple. « Je contrôle au maximum le coût du bâtiment, car les animaux n’y passent que cinq mois par an. Idem, pour les charges de mécanisation, pour que l’ensemble reste compatible avec la rentabilité de la viande bovine. » Nicolas Daniel possède un seul tracteur de 115 CV qui fait tout, et une désileuse pailleuse. Son semoir à maïs a 45 ans. Il possède une herse rotative. La bétaillère est en copropriété. Il travaille en Cuma ou avec une entreprise pour le reste des opérations. « J’ai d’autre part fait des efforts sur l’autonomie alimentaire, qui est aujourd’hui de 97 %. Je n’achète qu’un aliment fait à façon avec mes céréales pour les broutards. Pour les vaches qui vêlent d’août à octobre, la ration est ensilage de maïs, foin et ensilage d’herbe. »

Un projet d’engraissement pour les mâles qui reste à concrétiser

Malgré ses excellents résultats techniques et ses efforts de rigueur budgétaire, les projets d’investissement pour son élevage devront attendre. Ses droits à paiements restent en dessous de 200 euros par hectare malgré la convergence. Il est engagé en MAE mais pendant que les contraintes courent, les paiements sont très en retard. « Mon projet est d’engraisser les mâles. J’ai gardé sept broutards cette année et je commence à vendre des reproducteurs. La génétique est une bonne diversification. Mais il n’est pas possible d’emprunter 180 000 euros pour construire une extension du bâtiment. » Nicolas Daniel cherche donc une solution. Parions qu’il va la trouver, quand le temps sera venu.

« Je suis rentré tous les soirs à 19 heures »

Nicolas Daniel travaille vraiment seul sur son élevage, et il est organisé pour. « J’ai beaucoup soigné la contention. Je fais aussi attention à la docilité du troupeau et je conduis les vaches par petits lots de 15 à 18. » Elles sont ainsi plus faciles à déplacer, plus grégaires, et leur comportement est plus facile à gérer. Le pâturage est organisé avec un chemin qui dessert des paddocks d’un hectare environ. Un échange de parcelles, l’aménagement d’un réseau de tuyaux qui alimentent en eau toutes les parcelles limite la charge de travail. Nicolas Daniel habite à cinq kilomètres de l’élevage, en lotissement, avec sa femme et ses deux enfants. « On déjeune ensemble le matin, et tous les soirs je suis rentré à 19 heures. Le week-end, ma famille m’accompagne pour faire le travail le matin, que j’ai pu avancer la veille, et ensuite on peut passer la journée ensemble, vaquer à nos activités. » Nicolas Daniel est engagé dans le fonctionnement de l’école et encadre les petits du club de foot municipal. Il part en général une semaine par an en vacances avec sa famille. « Cette année, nous sommes partis en avril. Alors qu’à cette date, le maïs aurait dû avoir été déjà semé, ce n’était pas fait à cause de la météo, raconte l’éleveur. Je suis parti, j’ai programmé des travaux avec l’entrepreneur et j’ai géré à mon retour le lundi l’ensilage d’herbe. Ce sont alors de longues journées pour se mettre à jour dans son travail ! » Pour le troupeau, en son absence, son père et son beau-père n’ont que de la surveillance à faire, parfois un fil à déplacer.

Nicolas Daniel fait partie du conseil bovins viande de l’organisation de producteurs Triskalia. « C’est une réunion tous les deux ou trois mois. Je connais les dates à l’avance et je peux préparer pour que cela ne gêne pas mon travail. Pour moi, c’est très important d’échanger avec les autres éleveurs, de ne pas rester enfermé sur son exploitation, d’être bien informé au niveau professionnel et de faire valoir son avis dans le fonctionnement de l’organisation de producteurs. »

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