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Une conjoncture déstabilisante pour l’engraissement

Entre volatilité des cours des matières premières pour l’engraissement des bovins viande et cotations inédites des animaux, les repères sont bouleversés. Le calcul de marge sur coût alimentaire est la base pour prendre ses décisions.

Pour l’engraissement de jeunes bovins ou de femelles, les repères sont bousculés entre de nouveaux niveaux de charges alimentaires, et des cotations des animaux qui évoluent constamment et rapidement.
Pour l’engraissement de jeunes bovins ou de femelles, les repères sont bousculés entre de nouveaux niveaux de charges alimentaires, et des cotations des animaux qui évoluent constamment et rapidement.
© Réussir SA - archives

En septembre 2022, l’indice Ipampa des aliments bovins à l’engrais avait augmenté de 28 % par rapport à septembre 2021. Depuis, les prix des matières premières entrant dans les rations d’engraissement des bovins ne baissent pas. Le coût de production des fourrages n’est pas en reste, puisqu’il intègre le prix du carburant, du plastique, et les frais d’entretien du matériel. Que ce soit pour l’engraissement de femelles ou de jeunes bovins, les repères sont bousculés entre ces nouveaux niveaux de charges alimentaires, et les cotations des animaux qui évoluent elles aussi constamment et rapidement.

L’Institut de l’élevage a listé les leviers dont disposent les éleveurs de bovins viande pour éviter un dérapage des coûts alimentaires. « Des changements brutaux de régimes alimentaires ou des restrictions alimentaires sévères en cours d’engraissement sont à éviter, mais des marges de manœuvre existent pour limiter le recours aux concentrés », expliquent Jérémy Douhay et Bertrand Deroche de l’Institut de l’élevage, qui ont rassemblé les éléments techniques disponibles. Chacun ayant à faire le point sur ce qui est possible d’un point de vue pratique et ce qui présente un intérêt économique avec un prix de l’énergie élevé.

Rechercher des rations plus économiques

Les fourrages récoltés précocement sur les prairies, les légumineuses et les méteils sont intéressants dans de nombreuses situations, pour des femelles comme pour des jeunes bovins. « Dans une ration d’engraissement, l’utilisation d’herbe conservée peut nécessiter l’ajout d’un complément énergétique selon la valeur alimentaire de cette herbe, les objectifs de croissance et la catégorie animale. Néanmoins, la quantité de complément azoté pour équilibrer la ration est souvent réduite voire totalement absente. »

Mais les rations avec des fourrages récoltés précocement sur les prairies ne sont pas forcément moins chères : il faut vérifier en intégrant le coût de l’énergie, du plastique et de la mécanisation à un rendement réduit.

"Pour économiser sur le coût de la ration sans pénaliser les croissances, on peut pousser le pâturage. Par exemple, avec le sevrage tardif des veaux mâles nés à l’automne, à condition de trouver les surfaces en herbe nécessaires", conseille Bertrand Deroche. Il est toujours utile aussi de vérifier que les apports aux besoins en PDI et UF correspondent strictement aux besoins, et d’être à l’affût d’opportunités sur des concentrés à faible coût pour remplacer ses aliments habituels.

Pour les femelles à forte conformation, dont les besoins alimentaires en phase d’engraissement sont incompressibles et qu’il n’est pas possible de finir sur une période courte, l’équation n’est pas facile à résoudre. La conduite en deux phases, voire trois peut être une piste. Cela consiste à faire un pré-engraissement, pendant lequel elles reçoivent une ration fibreuse, et une finition en une ou deux phases avec une ration dense en énergie. « Ce levier réduit la croissance pendant la première phase, allongeant ainsi la durée de finition. La dépendance envers le correcteur azoté est réduite, mais le besoin en concentré énergétique est augmenté », résument Jérémy Douhay et Bertrand Deroche.

Une certaine prudence dans la mise en place d'animaux

Savoir combien coûte la ration journalière d’engraissement est indispensable. « Pour y voir plus clair, il est conseillé de revenir aux fondamentaux que représentent le calcul de la marge sur coût alimentaire et les bilans de lots d’animaux », observe Pascal Cousin, chef de marché ruminant chez Sanders. Julien Redor, responsable technique et recherche et développement chez Nutral, poursuit jusqu’au raisonnement sur l’efficacité alimentaire exprimée en kilo de croît par kilo d’aliment ingéré.

Côté formulation, l’introduction de matières grasses dans l’aliment en finition peut permettre d’économiser sur les autres sources d’énergie. Selon les fournisseurs, des activateurs de synthèse microbienne promettent d’économiser jusqu’à 10 % des protéines introduites dans la ration, et l’intérêt des solutions pour le soutien des fonctions hépatiques de digestion et de détoxification serait renforcé.

Dans cette situation, les choix faits par les éleveurs sont très dépendants de la valorisation de la viande qu’ils obtiennent et on constate depuis l’automne 2022 une certaine prudence dans la mise à l’engraissement d’animaux.

Des coûts alimentaires à resituer par rapport au prix de vente des animaux

 

Emmanuel Desseneux, éleveur à Saint-Martin-du-Puy dans la Nièvre en bio de 155 charolaises

"J’achète de la luzerne déshydratée bio via mon organisation de producteurs"

 

Une conjoncture déstabilisante pour l’engraissement
© E. Desseneux

 

"Pour la repousse des broutards à 400 kilos, j’ai besoin chaque année d’à peu près 12 tonnes de luzerne déshydratée. Je travaille en confiance avec mon organisation de producteurs 100 % bio UCA Feder. La luzerne est produite par un adhérent céréalier bio et déshydratée dans une petite unité de proximité en Côte-d’Or. La livraison est organisée de façon à faire un camion complet pour plusieurs éleveurs. On économise sur le prix du transport.

Cette année, le prix de la luzerne déshydratée n’a progressé que d’environ 20 euros la tonne par rapport à l’an dernier, à cause du transport. Ce n’est pas excessif. Je l’associe à des issues de céréales bio, achetées à la coop de Nitry, à raison d’un tiers-deux tiers. Cet aliment me revient à 240 euros/t livré (1/3 de luzerne à 315 euros et 2/3 d’issues de céréales à 200 euros). À comparer avec le prix d’un aliment du commerce bio équivalent qui atteint cet hiver 600 à 700 euros/t.

Pour les années suivantes, je recalculerai la marge sur coût alimentaire en fonction du cours des broutards. Mais avec 100 % de ma surface en prairies dans le Morvan, je n’envisage pas de changer mon système."

Pascal Cousin, chef de marché ruminant chez Sanders

« Un contrat sécurisé pour l’achat d’aliment riche en protéines »

"Plus de la moitié des élevages qui travaillaient avec nous en 2021 ont choisi de contractualiser leurs achats d’aliment du bétail, plutôt que de l’acheter au prix du jour. Les contrats donnent une visibilité qui s’est montrée profitable sur la première année de la guerre en Ukraine. Et le suivi des cotations des matières premières demande du temps et des compétences, donc cela n’intéresse pas tous les éleveurs de s’y investir. Mais les contrats peuvent aussi empêcher de profiter d’un éventuel retournement rapide de conjoncture.

C’est pourquoi nous proposons depuis septembre 2022 une option de sécurisation dans nos contrats pour les aliments riches en protéines. L’option Securipro est facturée 0,50 euro par point de protéines, et le plan d’aides du groupe Avril en prend en charge la moitié. Par exemple, pour un aliment à 30 % de protéines, l’option revient à l’éleveur à 0,5x30/2 = 7,50 euros la tonne d’aliment contractualisée. Si le prix du complexe protéines monte pendant la période sous contrat, le contrat lui permet de ne pas la subir. Et si le prix du complexe protéines baisse, avec cette option, l’intégralité de cette baisse (différence entre le prix du jour au début du contrat et le prix du jour à la fin du contrat) est répercutée sur la facture.

Ce contrat a aussi l’avantage de garantir la livraison de l’aliment, à un moment où le risque de pénurie de certaines matières premières n’est pas complètement exclu."

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