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Un atelier d'engraissement de jeunes bovins solide

Dans la Somme, le Gaec du bois fleuri engraisse 500 jeunes bovins par an. Le système, qui intègre des cultures et un atelier de porcs, est solide. Les résultats techniques sont au rendez-vous et les charges, bien maîtrisées.

Au Gaec du bois fleuri, à Hem-Hardinval dans la Somme, l’engraissement de jeunes bovins représente une part majoritaire de l’activité par rapport aux cultures et à l’engraissement de porcs. Mais c’est bien sur ces trois activités que se fonde la solidité du système. Fabien Niquet y est installé depuis neuf ans avec son père Joël et son oncle Hervé. Pour l’organisation du travail, chacun a son domaine de responsabilité, et les éleveurs s’entraident et peuvent se remplacer. Joël est davantage sur la plaine, et partage le travail avec Fabien sur les jeunes bovins. Hervé engraisse quant à lui 3 500 porcs par an.

L’atelier de jeunes bovins a été monté de façon progressive à partir de la fin des années 80, en commençant par 30 jeunes bovins, puis 50… jusqu’à atteindre aujourd’hui l’effectif de 550 jeunes bovins par an. Ces derniers occupent deux bâtiments d’engraissement : le premier compte 210 places et l’autre, datant de 2013, abrite 160 jeunes bovins. Les cases logent huit ou dix jeunes bovins selon le bâtiment, à raison de 4 m2 par animal.

Des charolais achetés en Bourgogne

Joël Niquet a commencé sa carrière avec des veaux holsteins nourris au seau, et c’est après la crise de 1996 qu’il est passé aux broutards. « Nous avons essayé différentes races et types de broutards. Depuis maintenant de nombreuses années, nous nous sommes fixés sur des charolais originaires du berceau de race, expliquent Fabien et Joël Niquet. Ils sont calmes et bien adaptés à notre ration. Le charolais est tout terrain. »

Leur organisation de producteurs commerciale Cobévial leur fournit en direct des mâles âgés de 10 à 10,5 mois achetés sur le marché en vif de Moulins-Engilbert (Nièvre) ou de Saint-Christophe-en-Brionais (Saône-et-Loire). « À cet âge, les lots sont plus réguliers et ils commencent plus vite à manger en période d’adaptation », observe Fabien. Les animaux écornés intéressent les éleveurs quand leur acheteur en trouve. Ils préfèrent vacciner eux-mêmes les broutards pour pouvoir choisir le protocole. Cela évite aussi les frais supplémentaires répercutés sur le prix du broutard du fait de l’intervention d’un vétérinaire chez le naisseur pour certifier la vaccination.

Le bâtiment de quarantaine contient soixante places, ce qui correspond à un camion de broutards. « À leur arrivée, les broutards sont logés tous ensemble, en retirant des barrières entre cases, et ils se baladent comme ils veulent », explique Fabien Niquet. Ils proviennent de huit élevages différents par lot en moyenne. Un protocole d’arrivée assez simple leur est appliqué : un vaccin contre les maladies respiratoires (et son rappel trois semaines plus tard), un traitement pour on contre les strongles digestifs, un vaccin contre l’entérotoxémie et la tonte du dos. Pas d’antibiotique ni de solution nutritionnelle à visée respiratoire.

 

 

Les animaux passent un mois en quarantaine. Le bâtiment est assez bas de plafond, et la ventilation est minutieusement surveillée. À leur arrivée, les broutards ont du foin à volonté. « On aimerait bien savoir ce qu’ils ont mangé avant d’arriver. » Ils se familiarisent dès les premiers jours avec la ration d’engraissement, de façon rationnée sur quinze jours puis à volonté.

Vers la fin de la période de quarantaine, les broutards sont progressivement triés selon leur poids - estimé à l’œil. Des lots de huit ou dix animaux selon le bâtiment sont ainsi constitués en replaçant les barrières entre les cases. Ils ne sont plus jamais réallotés. « S’ils ont une litière propre et une bonne alimentation, ils ne se battent pas », explique Joël Niquet. Quand tous ont été installés dans le bâtiment d’engraissement, le fumier est curé et une journée de vide sanitaire est assurée avant l’arrivée du lot suivant de broutards.

La même ration du début à la fin

Les éleveurs distribuent la même ration pendant toute la durée de l’engraissement. « On ne densifie plus la ration à la fin de l’engraissement : ce n’est pas si intéressant aujourd’hui par rapport au coût, l’écart de croissance à gagner n’est pas énorme. Et comme ça le travail est plus simple. » Les pulpes surpressées représentent près de 70 % de la ration. « Nous sommes éleveurs coopérateurs chez Tereos. Pour la première fois cette année, nous n’avons pas eu l’ensemble des restitutions de pulpes demandées pour cause du rendement réduit avec la sécheresse. Et on ne connaît pas l’avenir », explique Fabien Niquet.

Il leur a manqué 10 % de pulpes cette année, soit 300 tonnes sur les 3 000 demandées. La disponibilité en pulpes va diminuer dans la région (interdiction des néonicotinoïdes, sécheresse, autres débouchés pour la pulpe…). Et l’ensilage de maïs - estimé à 15 tMS/ha en 2022 contre 18 de moyenne les autres années - devient moins sécurisant en lien avec l’évolution du climat. « Nous pouvons adapter le nombre de jeunes bovins en conséquence pour l’instant. Les jeunes bovins restent le projet pour l’avenir de l’exploitation. »

La ration des jeunes bovins se compose de 19 kg de pulpes surpressées, 6 kg d’ensilage de maïs, 3,5 kg d’un coproduit de l’amidonnerie et de la distillerie du blé (usine de Lillebonne en Seine-Maritime), 1,1 kg d’un mélange colza, soja et urée, avec 140 g de minéraux, du sel et des levures ainsi que du bicarbonate. L’ingestion des jeunes bovins est de 9 kg MS/jour en moyenne entre le début et la fin. « On distribue 80 % de la ration le matin, et le soir on remet un godet devant les cases où il n’y a plus rien à manger. »

Des frais de mécanisation réduits au minimum

Les jeunes bovins passent de case en case vers la sortie du bâtiment et le quai d’embarquement au fur et à mesure de leur engraissement. Ils sont contractualisés par la coopérative et valorisés sur le marché européen.

Pour l’équipement, le Gaec du bois fleuri est minimaliste. La ration est distribuée avec un simple godet distributeur. « On détasse la pulpe sur l’aire bétonnée et on apporte par couches les autres aliments. Je déplace ensuite le tas quatre fois. C’est fait en vingt minutes. Ensuite un godet nourrit 80 animaux », explique Fabien Niquet. Le Gaec possède deux tracteurs, l’un de 2005 et l’autre de 2006, et un télescopique. Les coûts de mécanisation sont très faibles. Les éleveurs font très attention à l’entretien du matériel comme des bâtiments.

La nouvelle PAC n’influence pas l’orientation du système : le Gaec va primer trois fois 40 UGB au niveau standard d’environ 60 euros. Il doit par contre introduire une culture supplémentaire - du pois en l’occurrence - pour toucher l’écorégime de niveau 2, ce qui n’arrange pas les exploitants.

Les éleveurs ont toujours favorisé l’autofinancement pour l’achat des broutards quand les résultats de l’année le permettaient. « 2022 est une très bonne année, mais c’est stressant de se projeter sur 2023. Les charges et le prix du broutard auront encore augmenté. Nous cherchons des broutards de qualité et les naisseurs doivent s’y retrouver. »

Les jeunes bovins sont l’avenir de l’exploitation

Échange de pratiques entre éleveurs

Joël et Fabien Niquet font partie d’un groupe d’une vingtaine d’engraisseurs spécialisés de jeunes bovins qui est animé par la chambre d’agriculture de la Somme depuis une quinzaine d’années. Les éleveurs décortiquent ensemble leurs résultats économiques et échangent sur leurs pratiques. Ils partent aussi chaque année en voyage d’études sur deux ou trois jours. « Ce groupe nous aide à évoluer et nous permet de partager nos préoccupations entre passionnés », témoignent les éleveurs.

Des échanges sont aussi organisés avec un groupe d’engraisseurs de l’Aisne, et prochainement avec ceux du Nord et du Pas-de-Calais.

Chiffres clés

Gaec du bois fleuri

132 ha de SAU : 60 de blé, 20 d’escourgeon, 5 de pois, 12 de betteraves sucrières, 25 d’ensilage de maïs et 10 de prairies (engraissement de 15 vaches de réforme par an)
3 500 porcs engraissés par an
500 jeunes bovins
3 associés

Avis d’expert : Estelle Lépron, conseillère viande bovine à la chambre d’agriculture de la Somme

Estelle Léperon, conseillère bovins viande à la chambre d'agriculture de la Somme

« Une organisation bien rodée »

« Les associés du Gaec sont bien rodés. Même à trois, il faut être organisé et que chacun tienne son poste pour être le plus efficace possible. Pour les 507 taurillons produits en moyenne sur l’atelier, les associés ont un besoin estimé de 1 392 heures de travail par an. À cela s’ajoutent les épandages de fumier et le ramassage de la paille, ce qui n’est pas anodin. Mais la simplification du travail avec un télescopique et un godet permet d’affourrager rapidement et de ne pas avoir de frais de mécanisation trop importants (44 €/jeune bovin de frais de mécanisation pour l’alimentation, le paillage et le curage des bâtiments).

Le tout est plus que la Somme de ses parties ! L’atelier de taurillons est essentiel, mais il y a aussi une activité d’engraissement de porcs et de la plaine à côté : l’équilibre est là. Avec aussi les rations basées sur les pulpes surpressées et d’autres coproduits que nous avons encore aujourd’hui à notre porte. L’accès à la paille et donc la proximité que nous avons avec les céréaliers font partie de la chaîne. La réussite et la résilience de nos systèmes d’engraissement sont basées principalement sur ces points. Mais le premier maillon dont nous avons besoin pour amortir les bâtiments (ce qui n’est pas comptabilisé ici dans les marges), ce sont bien les broutards. Si nos bâtiments restent vides, on ne parle plus de rentabilité. »

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