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« Se lancer en ACS : un cheminement en plusieurs étapes »

Pour Frédéric Thomas, agriculteur et spécialiste de l'agriculture de conservation des sols, la conversion à l'ACS implique un changement en profondeur de ses pratiques. L'expert souligne la nécessité d'intégrer la couverture de ses sols, la diversification des cultures et la réduction du travail du sol, en acceptant que ces changements prennent du temps.

<em class="placeholder">Frédéric Thomas, agronome et intervenant en agriculture de conservation des sols.</em>
Frédéric Thomas, agronome et intervenant en agriculture de conservation des sols.
© F. Thomas

Convertir son exploitation agricole à l'agriculture de conservation des sols ne se fait pas d'un claquement de doigts. C'est une adaptation en profondeur qui impose de réfléchir à l'ensemble de son système. Pour Frédéric Thomas, agriculteur et rédacteur en chef de la revue TCS, la première erreur est de réduire cette approche à une technique. « L’ACS, ce n’est pas un outil ou un semoir, c’est une façon de penser son système, explique-t-il. Avant d’agir, il faut comprendre. On ne peut pas faire de l’ACS sans avoir intégré les trois piliers : couvrir le sol, diversifier les cultures et réduire le travail du sol. Si on en oublie un, ça ne marche pas.

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Le point de départ passe par la formation et l’ouverture. Il faut aller voir ce que font les autres, discuter, visiter des fermes. Les revues agricoles aident, mais rien ne remplace le terrain. Ce travail d’observation permet de construire un projet cohérent. Il faut presque écrire son système, comme un projet d’entreprise. 

Vient ensuite la phase de transition. Il faut accepter que ça prenne du temps : trois ans pour les plus rapides, souvent cinq à sept ans pour stabiliser un système. Durant cette période, les demi-mesures sont à éviter. Le pire, c’est de faire un peu d’ACS et de revenir au labour de temps en temps. Un coup de charrue peut détruire plusieurs années de travail biologique. Sur le plan agronomique, les effets sont progressifs, mais réels. La vie du sol évolue : plus de vers de terre, une meilleure structure, une meilleure infiltration.

<em class="placeholder">Agriculture avec sa bêche </em>
L'agriculteur qui a entamé sa transition en ACS se balade toujours avec sa bêche pour observer les évolutions de son sol.
© G.Chatel

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En revanche, ce n’est pas une baguette magique sur le revenu. Par contre, on gagne en autonomie et en marge de manœuvre. L’autonomie alimentaire fait d’ailleurs partie des objectifs majeurs. Les couverts végétaux ne sont pas là pour faire joli : ils peuvent produire du fourrage, être pâturés, sécuriser le système.

Il y a aussi une vraie complémentarité entre cultures et élevage. Là où certains céréaliers manquent de fertilité, les éleveurs ont tout sous la main. Côté mécanisation, on réduit les passages, le carburant, l’usure du matériel. Mais ce n’est pas simplement moins de travail, c’est un travail différent. Le temps gagné est souvent réinvesti ailleurs, notamment dans l’observation et le pilotage.

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Enfin, il faut un état d’esprit adapté : accepter de se tromper, d’ajuster, d’apprendre en permanence, sans chercher à copier un modèle. Il n’y a pas une ACS, il y a des ACS. Chacun doit construire son système en fonction de son contexte. Ceux qui réussissent sont ceux qui s’approprient la démarche sur le long terme. L’ACS, c’est un chemin, pas une recette. »​​​​​

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