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Claudia Terlouw, chargée de recherche à l’Inra de Theix
« Réduire le stress des animaux à l’abattage »

Le traitement des bovins au moment de l’abattage est une question éthique et également technique. Les données scientifiques apportent un certain nombre d’éléments permettant de mieux appréhender les choses.

Que sait-on du point de vue scientifique du stress ressenti par les bovins à l’abattage ?

Claudia Terlouw - Le stress des animaux à l’abattage soulève d’abord des questions éthiques. La question est posée depuis des milliers d’années - par exemple Aristote, Darwin… ont écrit à ce propos - et elle continue bien sûr à interroger. On sait aujourd’hui grâce aux techniques scientifiques modernes d’étude du cerveau, que chez l'humain, le système limbique est le siège des émotions. On sait également que tous les mammifères ont un système limbique et qu’il a les mêmes fonctions chez eux que chez les humains. On a toutes les raisons scientifiques de penser que les bovins comme tous les mammifères sont capables d’émotions négatives. L’Inra vient de publier une expertise collective sur la conscience animale(1). 

Deuxièmement, la peur, qui est une des sources principales de stress, provoque des réactions d’évitement et de défense chez les bovins. Les manipulations deviennent chronophages et potentiellement dangereuses pour l'homme et pour l’animal lui-même.

Enfin, se pose aussi la question de la qualité de la viande. Dans les cas extrêmes, on augmente le risque de produire de la viande PSE (pale, soft and exsudative) ou de la viande DFD (dark, firm and dry). Une expérimentation de l’Inra a aussi montré par exemple que plus la fréquence cardiaque des vaches dans les dix minutes précédant l’abattage est rapide, moins leur viande est tendre.

Comment réduire le stress à l’abattage ?

C. T. - On ne peut qu’énoncer quelques grandes idées. La principale est de mettre l’animal au centre de la réflexion. Le stress de l'animal est lié à son évaluation de la situation dans laquelle il se trouve. Lorsqu'il se sent menacé, que la menace soit réelle ou non, il sera stressé. Ainsi, du moment où un bovin sort de sa vie habituelle, quitte les congénères et l'environnement qu’il connaît, il est inquiet car il ne sait pas ce qui l'attend.

Les travaux de Temple Grandin(2) sont accessibles gratuitement sur internet et comprennent entre autres un guide de manipulation et des grilles d'audit. Les entreprises d’abattage américaines les utilisent pour faire des auto-évaluations selon ses recommandations. En effet, pour évaluer correctement le travail en bouverie et à la tuerie, il faut prendre des feuilles et un crayon, observer régulièrement, et collecter des données chiffrées. De nombreux abattoirs français disposent déjà de couloirs d’amenée curvilignes, qui favorisent l’avancement des bovins car ceux-ci ont l'impression en les empruntant qu’ils vont revenir à leur point de départ. Temple Grandin a aussi montré qu’un ensemble de conditions liées à l'environnement jouent un rôle important : un sol homogène, un éclairage uniforme et progressif, pas de bruits de barrières qui claquent et des parois pleines sur les circuits. En France, des éthologues utilisent ces principes pour accompagner les abattoirs à mieux comprendre ce qui stresse les animaux depuis le déchargement jusqu'à la saignée, et à trouver des solutions concrètes impliquant toutes les parties prenantes et en recentrant le travail aux côtés des opérateurs(3). 

L’étourdissement avec un pistolet à tige performante est-il une bonne méthode ?

C. T. - Le pistolet à tige performante détruit une structure du cerveau que l’on sait aujourd’hui, grâce à des résultats scientifiques, essentielle pour la conscience. Quand le geste est bien fait, la perte de conscience est immédiate. L’animal est saigné rapidement pour éviter qu’il ne reprenne conscience. La puissance des cartouches doit être adaptée au type d’animal. Il faut en assurer un entretien régulier, et stocker les cartouches dans un endroit sec. Un contrôle peut être réalisé avec le réflexe cornéen : on effleure la cornée et si l’animal ferme la paupière, on ne peut pas être sûr qu’il soit inconscient. De même, la présence ou la reprise de la respiration indique que la structure cérébrale concernée n'est pas complètement atteinte par la tige. Il faut dans ce cas procéder à un deuxième tir.

(1) La conscience animale - Inra : résumé téléchargeable sur internet et parution à l’automne 2018 du livre " La conscience des animaux " aux éditions QUAE.(2) Temple Grandin, professeure de zootechnie aux États-Unis, est experte en conception d'équipements d’élevage. De nombreux abattoirs d'Amérique du Nord sont équipés en matériel conçu par ses soins.(3) http://bureau-etre.fr/

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