Pour limiter la douleur lors de l’ébourgeonnage des veaux, combiner anesthésie et anti-inflammatoire
Écorner les bovins s’avère souvent incontournable. S’il est conseillé de réaliser l’opération sur les veaux avant deux mois, le geste reste douloureux. Heureusement, des solutions existent pour prendre en charge la douleur.
Écorner les bovins s’avère souvent incontournable. S’il est conseillé de réaliser l’opération sur les veaux avant deux mois, le geste reste douloureux. Heureusement, des solutions existent pour prendre en charge la douleur.
« Lors de l’ébourgeonnage d’un veau, coexistent une douleur immédiate, et une douleur différée », explique Boris Boubet, docteur vétérinaire et directeur du GDS de la Creuse. La douleur persiste généralement entre 7 et 9 heures après l’intervention, mais peut également durer plus longtemps.
Pour prendre en charge cette douleur, et éviter que les veaux souffrent, il est recommandé de coupler l’administration d’un anesthésiant, pour la douleur immédiate, et d’un anti-inflammatoire non stéroïdien, pour la douleur différée. Les deux doivent être administrés environ 15 minutes avant l’ébourgeonnage, pour garantir leur efficacité.
Si l’ébourgeonnage est réalisé sur des veaux de moins de quatre semaines, l’anesthésie n’est pas obligatoire. Toutefois, elle reste vivement conseillée. « Rien ne dit que les veaux de moins de quatre semaines souffrent moins que les autres », alerte Boris Boubet.
« Prendre en charge la douleur, c’est bénéfique pour la relation homme-animal, le veau appréhendera moins son éleveur, la relation sera meilleure tout au long de sa carrière, et c’est fondamental », remarque aussi Florent Auguste, vétérinaire et membre du SNGTV dans une vidéo réalisée pour Interbev.
Ébourgeonner les veaux entre deux et quatre semaines
De plus, comme les chantiers d’ébourgeonnage peuvent rassembler des veaux d’âge différents, il peut s’avérer pratique d’appliquer à tous le même protocole. Attention toutefois à l’âge des veaux, la fenêtre pour l’ébourgeonnage se situe entre 2 et 8 semaines, avec une recommandation entre 2 et 4 semaines.
Lorsque l’écornage est réalisé sur des veaux de moins de 2 mois, on parle d’ébourgeonnage. En effet, le bourgeon cornual est alors flottant dans la peau, il n’est pas soudé à l’os du crâne. En cautérisant les vaisseaux irrigant le bourgeon cornual, le développement de la corne est stoppé.
« Avant deux semaines, on peut avoir du mal à sentir le bourgeon cornual. De plus, la séparation avec la mère et l’acte peuvent être traumatisants pour de très jeunes veaux », explique le directeur du GDS. Après huit semaines, l’ébourgeonnage est à prohiber. Le bourgeon cornual s’est soudé à l’os du crâne et l’acte devient trop compliqué et douloureux.
Anesthésie locale ou générale
« L’anesthésie peut être locale ou générale, précise Boris Boubet. Cette dernière se développe d’ailleurs en élevage. En effet, l’anesthésie locale est un geste technique, précis, sous l’arête osseuse qui va de l’œil au cornillon, sur le passage du nerf cornual. C’est un point d’injection sur la tête, près des yeux, et certains éleveurs ne se sentent pas à l’aise avec ce geste. De plus, il faut attraper les veaux, les contenir, réaliser les injections, les relâcher, puis 15 minutes après, les rattraper pour réaliser l’ébourgeonnage. Certains éleveurs préfèrent attraper les veaux une seule fois, réaliser une injection d’anesthésique général en intramusculaire, relâcher les veaux puis réaliser l’ébourgeonnage une fois qu’ils sont endormis, dans la paille. »
Attention, dans le cas d’une anesthésie locale, il est nécessaire d’utiliser une cage de contention adaptée, avec un système anti-recul et un anneau pour bloquer la tête du veau lors de l’ébourgeonnage.
Aucune formation n’est obligatoire pour un éleveur qui souhaite ébourgeonner les veaux. Cependant, « pour bien appréhender les gestes, qui sont techniques, notamment pour l’injection de l’anesthésique local, il est préférable de se faire accompagner, soit lors d’une formation, soit par son vétérinaire, ou par des techniciens agréés », estime Boris Boubet.
Le geste d’ébourgeonnage est délégable à un technicien, qui pourra également montrer où se font les injections. En revanche, « le technicien ne peut pas réaliser les injections, ce qui serait considéré comme exercice illégal de la médecine », précise le directeur du GDS.
« Dans notre zone, les éleveurs font souvent appel aux techniciens les premières années, puis ils achètent une cage de contention et ébourgeonnent eux-mêmes », ajoute-t-il.
Préférer l’ébourgeonnage thermique
Le choix de la méthode d’ébourgeonnage rentre aussi en compte dans la prise en charge de la douleur. L’ébourgeonnage par application d’une pâte caustique peut sembler moins douloureux. En effet, la douleur immédiate sera moins importante. En revanche, la douleur différée sera plus importante et plus durable qu’avec un brûle-corne, pouvant aller jusqu’à plusieurs jours. L’application d’une pâte caustique est donc déconseillée, d’autant que cette dernière peut couler et causer des lésions sur les joues du veau, ou sur le pis de sa mère.
« De plus, avec un écorneur thermique, les résultats sont plus sûrs », ajoute Boris Boubet, qui note aussi une différence entre écorneur à gaz et électrique. « J’ai tendance à conseiller les écorneurs à gaz. En effet, ils chauffent vite, fort et gardent bien la température. Lorsque les éleveurs enchaînent les veaux, les écorneurs électriques ont un peu plus de mal à garder la température requise, plus de 600 °C. »
Les étapes de l’ébourgeonnage
- Immobiliser le veau dans une cage de contention. Elle servira de nouveau lors de l’ébourgeonnage si l’anesthésie est locale. La cage de contention devra alors comporter une tête de contention autobloquante, une barre anti-recul et un anneau pour la tenue de la tête.
Tondre la zone de l’emplacement du bourgeon et de l’injection de l’anesthésique local. Cela permettra de mieux visualiser ces emplacements et limitera la présence de poils qui pourraient contaminer la plaie.
© GDS Creuse Réaliser l’injection d’anesthésique, local ou général, et d’anti-inflammatoire, quinze minutes avant l’ébourgeonnage. L’anesthésique général et l’anti-inflammatoire sont injectés par voie intramusculaire. L’anesthésique local est injecté en un point bien précis, sous l’arête osseuse qui va de l’œil au cornillon.
Quinze minutes après, cautériser en appliquant l’écorneur chauffé à plus de 600°C pendant 10 secondes.
© GDS Creuse Vérifier le cercle de cautérisation. Il doit être parfaitement continu pour que l’ébourgeonnage soit réussi. Il ne faut en revanche pas chercher à enlever le bourgeon, qui tombera tout seul quelques jours après l’ébourgeonnage.
© GDS Creuse Désinfecter à l’aide d’un spray désinfectant, qui refroidit les tissus et surveiller les animaux pendant les jours qui suivent.
© GDS Creuse
Cinq vidéos sur l’ébourgeonnage
Interbev propose cinq vidéos sur la thématique de l’ébourgeonnage. « Notre objectif est d’accompagner les éleveurs dans leurs pratiques et de leur donner des repères simples pour faciliter l’ébourgeonnage des veaux. Conçues avec Idele, la SNGTV et Inrae, et nourries de retours de terrain, ces vidéos s’inscrivent dans une démarche globale de progrès continu, au service à la fois du confort des animaux, des performances globales des élevages et des conditions de travail sécurisées des éleveurs. Une formation dédiée aux éleveurs bovins viande sera également proposée dans cette perspective », indique Philippe Boehmler, éleveur de bovins allaitants et référent bien-être animal à la commission enjeux sociétaux d’Interbev.