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« Notre assolement nous permet d’atteindre autonomie et équilibre alimentaire »

Dans les Deux-Sèvres, le Gaec les Picoulées, conduit en agriculture biologique depuis 2000, a depuis longtemps limité les achats d’intrants tout en favorisant l’autonomie.

Jean-Pierre Audebeau. "Lors de la conversion en bio, nous avons repensé tout le système pour être autonomes et rentables."
Jean-Pierre Audebeau. "Lors de la conversion en bio, nous avons repensé tout le système pour être autonomes et rentables."
© C. Delisle

Sur l’exploitation de Jean-Pierre et Christian Audebeau, à Saint-Pierre-des-Echaubrognes, tout est réfléchi pour parvenir à l’autonomie protéique pour leur troupeau de 80 mères rouges des prés. La recherche d’autonomie s’est vite avérée nécessaire après la conversion du système en agriculture biologique, en 2000. Aujourd’hui, hormis les minéraux distribués aux bovins, tout est produit sur l’exploitation.

La conduite sur deux périodes de vêlages - la première de janvier à mars, la seconde d’août à octobre - conditionne les fourrages utilisés. Aussi, si l’herbe pâturée a une place prépondérante dans les rations des animaux (3,6 tonnes de MS par UGB), celle de l’herbe récoltée est également importante (2,1 t de MS/UGB). Les fourrages de qualité sont ainsi recherchés.

Une récolte précoce, avant épiaison, est privilégiée. Les surfaces d’herbe et de luzerne sont enrubannées dès le mois d’avril. Les méteils grains (0,56 t de MS/UGB) et la betterave (0,4 t MS/UGB) viennent consolider cette autonomie. « Nous récoltons les méteils entre mi-juillet et début août. De cette manière, les mauvaises herbes sèchent sur pieds. Les méteils sont composés de 120 kg de blé ou de triticale, de 70 kg de féveroles et de 20 kg de pois », informe Jean-Pierre Audebeau.

L’utilisation du fumier et des fientes de volailles donne au sol du potentiel pour la production de fourrages. Les deux productions animales, bovine et volaille, assurent depuis plusieurs années un approvisionnement suffisant en éléments fertilisants, pour assurer les rendements.

Des récoltes d’herbe précoces

Les fauches précoces d’herbe évitent l’achat de correcteurs azotés pour équilibrer les rations. Grâce à leur exploitation précoce, les prairies concernées continuent à produire une herbe riche en seconde coupe et appétente pour le pâturage. En revanche, les récoltes précoces nécessitent du matériel performant. Pour éviter des charges de mécanisation trop élevées, les exploitants font appel pour beaucoup à la Cuma.

« Les cultures de betteraves et céréales à paille assurent les rotations, tout en constituant des stocks alimentaires bien pourvus en énergie », souligne Jean-Marie Gueret de la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres.

« Nous produisons de la betterave depuis notre passage en agriculture biologique. Elle nous permet de bien équilibrer les rations riches en protéines. Elle est distribuée entière aux animaux. Nous avons arrêté les choux à cause de problèmes de diarrhées », note Jean-Pierre Audebeau. Les betteraves permettent de produire 8 000 unités fourragères (UF) à l’hectare.

Le pâturage est optimisé au maximum. Les premières bêtes sortent dès la mi-février si la portance des sols le permet. Les dernières rentrent mi-décembre. Les femelles en vêlages d’automne rentrent à partir du 1er novembre pour faciliter la mise en place de l’insémination. « Nous disposons de trois sites. Celui autour du siège de l’exploitation est assez séchant ce qui nous permet de sortir rapidement les animaux à l’herbe. Par contre, on n’a plus d’herbe dès le mois de juin. Les deux sites plus humides sont fauchés pour les deux premières coupes (enrubannage puis foin) », poursuit l’exploitant.

Le pâturage prend ensuite le relais. Les prairies permanentes sont principalement constituées de dactyle, fétuque, ray-grass anglais et d’un trèfle. Les proportions des différentes espèces varient selon l’humidité des sols.

Rallonger la période de pâturage

Trente hectares de dérobées sont semés après la moisson pour rallonger la saison de pâturage. « On utilise un mélange colza-céréales (orge de printemps). Le semis intervient à la mi-août pour un début de pâturage fin septembre. Cette année, on est au deuxième cycle de pâturage sur les dérobées », ajoute l’éleveur. La troisième coupe de luzerne est également pâturée pour réduire les frais de mécanisation.

L’âge moyen au premier vêlage est aujourd’hui de 30 mois. Mais l’objectif est de diminuer cette moyenne. Les génisses après sevrage avec un gabarit suffisant sont conduites à part et reçoivent de la betterave en plus dans leur ration. Les vaches gestantes ont du foin et de l’enrubannage. Après le vêlage, les mères ont en plus du foin, du méteil grain et de la farine de blé.

L’autonomie passe également par le travail engagé autour de la génétique depuis de nombreuses années par les deux frères qui recherchent avant tout de la viande et des qualités maternelles, lait et facilité de vêlage.

« La rentabilité de l’élevage permet de faire vivre trois personnes sur l’atelier viande, avec une amélioration possible dans les années à venir, grâce à la finition de tous les animaux issus du troupeau et à des charges contenues. Jean-Pierre et Christian Audebeau sont de véritables techniciens. Ils ne négligent aucun paramètre que ce soit pour les cultures ou les animaux. Ils font attention à tout, sans faire d’impasse », détaille Jean-Marie Gueret.

Chiffres clés

145 ha de SAU dont 90 de prairies, 11 de luzerne, 6 de betteraves et 38 de céréales
80 vêlages naisseur-engraisseur de bœufs
9 500 poules pondeuses
2 périodes de vêlages
3,5 UTH (2 associés et 2 salariés dont un à mi-temps)
100 % IA
377 jours d’IVV
30 mois âge au premier vêlage

Tous les animaux sont finis

Femelles comme mâles ne sortent pas de l’exploitation sans avoir été finis au préalable. Les rations diversifiées permettent de sortir des animaux parfois trop lourds pour la filière bio.

Selon la période de vêlage, les mâles passent dans la filière bio soit comme veaux soit comme bœufs.
 

 

La double période de vêlages aide les éleveurs à limiter la pression sanitaire et à commercialiser des veaux et des bœufs. Les mâles nés à l’automne sont commercialisés à 6 mois à 280 kg vifs. Ceux nés au printemps sont castrés à 8-10 jours à l’élastique pour faire des bœufs de 450 kg carcasse à 25 mois. « Il y a cinq à six ans, nous avons essayé de faire des bœufs de 36 mois mais sur notre exploitation il est difficile de les finir à l’herbe. On renouvelle l’expérience avec de jeunes bœufs », rapporte Jean-Pierre Audebeau.

Les bœufs restent à l’herbe d’avril à fin octobre. Pour des GMQ objectifs en finition à 1 600 g/jour, la ration en finition se compose en matière sèche de 2 kg de foin de prairies temporaires, de 2,5 kg d’enrubannage de prairies temporaires, de 2,5 kg d’enrubannage de luzerne, de 3 à 4 kg de betteraves, de 3 kg de blé et de 3,5 kg de méteil grains.

Favoriser les énergies multiples

Les vaches sont toutes échographiées. Après sevrage, les femelles vides sont réformées et engraissées. Une partie d’entre elles est commercialisée en avril/mai. L’autre, en fin d’année. L’ambition des éleveurs est de les finir en 120 jours. Leur ration se compose de 4 kg de foin de prairies temporaires, de 2,5 kg d’enrubannage de prairies temporaires, de 2,5 kg d’enrubannage de luzerne, de 3 à 4 kg de betteraves, de 3 kg de blé et de 3,5 kg de méteil grains. Les réformes sont abattues à un poids moyen de carcasse de 490 kg, classées 3 en état d’engraissement et entre R = et U =.

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