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Consommation
Internet décuple l'effet des discours anti-viande

Internet est révélateur des discours anti-viande qui irriguent la société. La remise en cause de l’élevage vis à vis des gaz à effets de serre est à prendre très au sérieux.

La planète Internet est un gigantesque « café du commerce » où se télescopent toutes les opinions. Le moteur de recherche Google en est un des meilleurs thermomètres. Les opinions sur la viande relayées par la toile ne sont pas sans impact sur la consommation.Tapons « viande » : Google nous livre d’abord quelques liens commerciaux renvoyant sur des sites de vente de viande et sur la web tv des signes de qualité (qualitivi), créée par le Centre d’information des viandes (CIV), l’organisme chargé de l’information sur les viandes. Dans les liens non commerciaux, vient en premier l’inévitable encyclopédie en ligne Wikipédia et en second le CIV. Ils sont suivis par une kyrielle de sites proposant soit des recettes culinaires, soit de la vente directe de viande. Les sites ouvertement antiviande n’apparaissent que de loin en loin au fil des pages. Pour en savoir plus, allons directement sur leur terrain. Tapons par exemple « viande santé ». Le défilé des liens est assez partagé entre ceux qui présentent la viande comme un véritable poison pour l’être humain – des associations militant pour les droits des animaux qui utilisent l’argument santé pour servir leur cause – et les sites qui mettent l’accent sur ses bienfaits en terme de santé à condition de la consommer sans excès. A cet égard, « doctissimo », portail sur le bienêtre et la santé, est sans doute assez représentatif de l’opinion dominante. Dans un article au titre certes racoleur (« Faut-il arrêter la viande? »), après avoir exposé les résultats de diverses études médicales, il conclut: « La règle: diminuer sa consommation de viande rouge (une à deux fois par semaine maximum) et augmenter la part de volailles et de poisson. » La communication du CIV sur le sujet vis à vis des professionnels de santé, de la presse et du grand public a certainement contribuée à rééquilibrer l’information.

Autre terrain délicat, le bien-être animal. Associé au mot viande, il ouvre encore une fois la page Google sur le CIV, qui renvoie sur des brochures fort documentées. Mais, là encore pas vraiment de déchaînement des défenseurs des animaux. Pourtant, s’ils n’apparaissent pas en première ligne sur Google, lorsqu’on accède à leurs sites, on ne peut que constater leur discours extrémiste. « Journée sans viande », émanation d’une association américaine pour le droit des animaux, relaie une campagne incitant à « manger végétarien pour épargner les animaux, protéger votre santé, préserver la planète ». Un autre site ne propose rien moins que « d’abolir la viande » au même titre qu’il y a plus d’un siècle on a aboli l’esclavage ! Allons donc ! Ces mouvements radicaux ont-ils une réelle influence sur l’opinion publique? L’attaque est en fait plus « insidieuse, souligne Louis Orenga, directeur du CIV. Le discours anti-viande s’est immiscé dans toute la société autour de plein de thématiques (environnement, bien-être animal, sécurité sanitaire…) qui, toutes, convergent pour dire : ne mangez plus de viande pour telle ou telle raison. » L’un de ces thèmes est à prendre très au sérieux : il s’agit des gaz à effet de serre (GES). Tapons par exemple « viande climat » sur Google et nous assistons à une déferlante contre la viande et l’élevage accusés d’être de grands pourvoyeurs de gaz à effet de serre. Plusieurs sites, en tête de liste, relaient les propos du président du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) et prix nobel de la Paix, l’indien Rajendra Pachauri, lui-même végétarien, qui invitait il y a un an les Anglais à réduire leur consommation de viande pour sauver la planète. Le rapport de la FAO sur l’élevage et les gaz à effets de serre a fait également beaucoup de dégâts.

Autant d’informations reprises jusqu’à plus soif par une multitude de sites qui militent pour une consommation durable (à l’exemple de « mes courses pour la planète »). Jusqu’à la très officielle Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui à l’unisson prône de réduire la consommation – « deux à trois fois par semaine suffisent pour une alimentation équilibrée » – et de « privilégier les viandes de volailles aux viandes rouges ». Leur argument ? « La production d’un kilo de viande de veau rejette environ la même quantité de GES qu’un trajet automobile de 220 kilomètres ». Difficile de trouver quelqu’un dans ce discours généralisateur et mondialisé sur la problématique de la viande pour expliquer que les vertes prairies de France n’ont rien à voir avec les feed-lots américains, qu’elles sont de gigantesques puits à carbone et des réservoirs de biodiversité, que l’élevage est indispensable à la vie de nombreux territoires… Ces discours ont-ils un effet sur la consommation ? « Je pense qu’il commence à y avoir un début de modification de comportement alimentaire par rapport à ces thématiques, estime Louis Orenga. Il y a là un risque potentiel à ne pas négliger. Le deuxième risque, comme pour la nutrition, est de voir l’élevage et la viande devenir l’étalon environnemental auquel tout le monde va se comparer pour se valoriser. » La campagne de publicité du transport aérien dénigrant l’élevage en est un parfait exemple. Troisième risque selon le directeur du CIV : ces associations ne s’adressent pas directement aux consommateurs mais aux citoyens, se situant sur le terrain du politique. Un lobbying qui peut conduire à des réglementations désastreuses pour l’élevage. Et de conclure : « Le risque, c’est la remise en cause de la légitimité de l’élevage et de la viande dans la société. Il faut mener une vraie réflexion de fond pour dire pourquoi il est légitime d’avoir de l’élevage en France et de consommer de la viande. » 

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