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Méthane entérique : quelles possibilités avec des compléments alimentaires en élevage bovins viande ?

Pour réduire les émissions de méthane entérique, les compléments alimentaires constituent une piste prometteuse. Leur intérêt en élevage bovin viande reste à factualiser à ce jour. Certains seront étudiés dans le cadre du programme Méthane 2030.

<em class="placeholder">mesure expérimentale des émissions de méthane entérque de bovins au pâturage</em>
D’après la bibliographie, le 3-NOP (3 nitrooxypropanol) réduirait les émissions de méthane des bovins viande de 0 à -24 %, les nitrates de 0 à -12 %, l’Asparagopsis taxiformis (une algue rouge) de 35 %, les tanins 0 à -40 %, et les saponines de 40 %.
© Institut de l'élevage

Plusieurs compléments alimentaires visant à réduire les émissions de méthane entérique sont aujourd’hui autorisés en France pour les bovins viande. « Ils représentent une piste prometteuse identifiée dans la feuille de route de décarbonation de la filière. Quelques compléments alimentaires seront étudiés sur bovins viande dans le cadre du projet méthane 2030 », ont présenté Alice Lemaire d’Interbev et Bertrand Deroche d’Idèle lors de la journée grand angle viande bovine de l’Institut de l’élevage en novembre.

Parmi les 18 compléments alimentaires pour ruminants identifiés dans la littérature scientifique, cinq ont été sélectionnés sur leur niveau de réduction du méthane entérique (au moins 5 %) et leur niveau de confiance (modéré ou élevé). D’après la bibliographie, le 3-NOP (3 nitrooxypropanol) réduirait les émissions de méthane des bovins viande de 0 à -24 %, les nitrates de 0 à -12 %, l’Asparagopsis taxiformis (une algue rouge) de 35 %, les tanins 0 à -40 %, et les saponines de 40 %.

3-NOP, nitrates, algue rouge, tanins et saponines

« Le niveau de confiance dans leur efficacité est élevé pour le 3-NOP et les nitrates, modéré pour les tanins. Les connaissances sont insuffisantes pour l’algue rouge et les saponines », situe Bertrand Deroche. Mais même pour le 3-NOP et les nitrates qui ont fait l’objet de très nombreux essais dans le monde, les études sont limitées ou absentes sur certaines rations et catégories de bovins rencontrées en France.

Les nitrates, les tanins et les saponines sont autorisés à ce jour sur bovins viande en France et disponibles en élevage. Le 3-NOP l’est aussi, mais uniquement pour les vaches allaitantes en lactation et reproduction. Ces compléments alimentaires sont mis en marché sur des supports granulés, et donc distribués plutôt en bâtiment. « À ce jour, supplémenter des bovins viande au pâturage avec ce support ne serait pas pratique », relève Bertrand Deroche.

L’introduction de ces compléments alimentaires ne modifie pas les performances zootechniques des bovins. De plus, « dans l’état actuel des connaissances scientifiques, il est considéré qu’il n’y a aucun risque pour la santé et la reproduction des bovins viande aux doses préconisées », rapporte Bertrand Deroche.

Pas d’effet sur les performances zootechniques

Des simulations sur des cas types avec différentes hypothèses ont montré que l’utilisation du 3-NOP revient à 0,08 à 0,12 euro par kgVV, et celle des nitrates à 0,05 à 0,09 euro/kgVV. Si on considère les émissions de gaz à effet de serre évitées, le calcul donne 0,09 à 0,11 euro/kg éqCO2 avec le 3-NOP et 0,15 à 0,19 euro/kg éqCO2 pour les nitrates. « Si le recours à ce type de compléments alimentaires entrait en pratique, il serait nécessaire de trouver un modèle économique viable. »

Des enquêtes seraient aussi indispensables pour tester leur acceptabilité de la part des éleveurs, de la filière, et des consommateurs.

Un levier parmi d’autres pour réduire le méthane entérique

Pour réduire les émissions de méthane entérique des bovins viande via l’alimentation, il est aussi possible de jouer sur l’amidon et les lipides de la ration. Outre les compléments alimentaires, il pourrait aussi être étudié l’introduction de plantes à tanins dans les prairies. La gestion du troupeau (âge au vêlage, réduction des UGB « improductifs »…) peut être mobilisée. La sélection génétique contre le méthane est l’autre voie qui est explorée pour les races allaitantes.

Le programme méthane 2030 (2023-2028) s’attache à répondre au double défi de la réduction des émissions de méthane et de la souveraineté alimentaire de la France. Il vise à réduire de 30 % les émissions de méthane des élevages bovins français d’ici dix ans sans réduire la production de lait et de viande.

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