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Les veaux laitiers croisés, un élevage économe si le débouché est assuré

Christophe Roger, situé en Ille-et-Vilaine, engraisse des veaux laitiers croisés viande grâce à son troupeau de vaches nourrices. S’il profite du marché de niche des veaux sous la mère bio en Bretagne, d’autres solutions sont à l’étude pour commercialiser des veaux croisés de 18 mois pour la restauration hors domicile.

Tous les jours, Christophe Roger, éleveur à Maure-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine, ramène ses vaches matin et soir dans son hangar. Contrairement aux apparences, il ne produit pas du lait. Ses vaches sont rentrées en bâtiment non pas pour la traite, mais pour la tétée biquotidienne des veaux, qui attendent plus ou moins patiemment leur repas. L’exploitant produit des veaux de boucherie croisés bio, mâles et femelles, grâce à un système basé sur des vaches nourrices. Les femelles de renouvellement sont achetées au premier ou second vêlage, avec leur veau si possible. Chaque vache nourrit son propre veau pendant trois mois en demi, et se voit attribuer en plus un à deux autres provenant d’exploitations voisines en agriculture biologique. Christophe résume : « il faut réussir à jongler entre la production de lait des vaches et les besoins des veaux. Il peut m’arriver d’affourager dès le mois d’août si l’herbe pousse peu alors que les veaux ont besoin de lait. En grandissant, leurs besoins augmentent donc souvent au-delà de deux mois, ils tètent deux vaches différentes. »

Les premières tétées à surveiller

Les jeunes pensionnaires doivent s’acclimater à un nouvel environnement, et se faire adopter par une nouvelle mère. « L’arrivée des veaux se passe plus ou moins facilement selon qu’ils aient tété ou non dans leur élevage d’origine, explique Christophe. De façon générale, cela dépend de chaque couple vache nourrice-veau, mais si les veaux sont suffisamment dégourdis et que leur nourrice est docile et expérimentée, tout se passe bien. » L’éleveur passe en moyenne 30 minutes chaque matin et chaque soir pour faire téter ses veaux. Les plus jeunes tètent en premier car ce sont ceux qui nécessitent le plus d’attention. « Je vérifie que chaque veau aille téter la bonne vache, qu’il réussisse à trouver le trayonet je surveille leur temps de tétée, surtout lorsque j’ai des cas de diarrhées, ce qui arrive parfois avec les animaux n’ayant pas été habitués. »

Cette astreinte quotidienne peut s’avérer pesante, surtout dans un contexte où la main-d’œuvre de remplacement se fait rare. Christophe est actuellement en train d’essayer d’accéder à davantage de surface fourragère, ce qui lui permettrait de faire sortir certains veaux avec les vaches au pâturage, au moins quelques semaines dans l’année : « avoir davantage de surface me permettrait également d’ouvrir un atelier de vaches allaitantes en parallèle des nourrices. En plus, ça pourrait pallier la baisse des aides. La filière bio manque cruellement de soutien, et avec la nouvelle PAC, on est perdants sur la prime vache allaitante et les écorégimes. »

Un système autonome à faibles investissements

« La production de veaux sous la mère, c’est une orientation que je recommande tout à fait pour des personnes qui souhaitent s’installer, comme moi, avec peu de surface et sans investir lourdement, expose Christophe. Je me suis installé seul, hors cadre familial et à partir de rien en 2001. Mon but n’était pas de m’endetter pour le reste de ma vie. » Le cycle de production est plutôt court, il garantit des flux de trésorerie réguliers et des retours sur investissement rapides. Il est important pour l’éleveur d’avoir une exploitation à taille humaine, économe et autonome. Toute l’alimentation des animaux est produite sur l’exploitation : du foin de prairie permanente, et de l’enrubannage de trèfle violet et de luzerne pour l’apport protéique. Les vaches consomment les fourrages récoltés de mi-novembre à fin février, et pour l’éleveur, « cette année, les pluies ont été bien réparties et ont permis d’obtenir de bonnes pousses d’herbe et de bons stocks, l’hiver s’annonce serein. » Les veaux ne sont alimentés que du lait de leurs nourrices, réduisant donc les coûts d’alimentation (qui peuvent peser lourd dans les consommations intermédiaires des exploitations en agriculture biologique). Les dépenses vétérinaires sont elles aussi réduites le plus possible, même si l’éleveur surveille notamment les pneumonies et la coccidiose. Les veaux sont sensibles à ces deux maladies et pour prévenir leur apparition, il vaccine lorsqu’ils ont 1 mois, à partir de novembre.

D’un point de vue économique, « les amortissements sont quasiment nuls. Il me suffit du matériel de fauche et de fenaison, et d’un hangar pour loger les animaux et stocker le foin », confie l’éleveur. En effet, Christophe fait appel à l’ETA pour botteler et enrubanner sa dizaine d’hectares de fourrages récoltés pour épandre le fumier, la chaux et surtout pour le transport des animaux. Ainsi, il économise du temps et de l’argent pour ces opérations qui ne sont pas rentables pour son volume de production de fourrages et d’animaux.

Un créneau difficile en agriculture biologique

Christophe vend sa viande au travers du réseau Bretagne viande bio (BVB), qui permet de structurer les filières de viande bio en Bretagne. Pour l’éleveur, il y a une véritable relation de confiance avec eux, depuis vingt ans. « Je les appelle lorsque j’ai un veau (acheté ou né sur l’exploitation), et on fixe à ce moment la semaine où on le livrera à l’abattoir. Un autre coup de téléphone une ou deux semaines avant la date de livraison pour assurer que tout va comme prévu, et voilà. Ce sont eux qui fixent la grille de prix chaque année, ça nous donne de la visibilité. BVB organise une ou deux réunions annuelles entre éleveurs et parfois avec les bouchers pour discuter production et commercialisation des veaux », détaille l’exploitant. Ce dernier explique qu’avant d’être en agriculture biologique et de rejoindre BVB, il devait passer des annonces pour réussir à vendre ses veaux, car la filière classique n’est pas adaptée à la production de veaux bio sous la mère.

C’est ce que nous confirme Maude Jay, conseillère en viande bovine à la chambre d’agriculture de Bretagne. « Les exploitations laitières ont le plus souvent des mises bas toute l’année, donc les veaux de 21 jours sont vendus par petits lots. Cela complique la logistique lorsqu’on veut faire de gros volumes pour fournir des marchés autres que des créneaux de niche. » Avec BVB, Christophe Roger peut produire deux veaux toutes les deux semaines environ. Toutefois, de juin à août, le nombre de veaux est réduit car la consommation est généralement moindre. Ainsi, les vêlages de mars à mai sont évités le plus possible, d’autant plus que les prix de vente de BVB sont plus élevés l’hiver afin de soutenir les coûts de production, plus importants à cette période.

Pour en savoir plus : Des essais de production de jeunes bœufs et génisses croisés lait et viande

Maîtriser ses coûts tout en produisant des veaux bien finis

Chiffres clés

27 ha de SAU dont 23 de prairies temporaires et permanentes, 2 de trois à cinq coupes d’enrubanné de luzerne et 2 de trèfle violet trois à cinq coupes d’enrubanné

20 vaches de races normande, simmental, montbéliarde

30 veaux achetés de 20 jours par an

1 UTH

 

 
Les veaux laitiers croisés, un élevage économe si le débouché est assuré

 

 
Les veaux laitiers croisés, un élevage économe si le débouché est assuré

Maude Jay, conseillère en viande bovine à la chambre d’agriculture de Bretagne

« De multiples freins à l’engraissement de veaux laitiers croisés »

Maude Jay, conseillère en viande bovine à la chambre d’agriculture de Bretagne 

« Tout d’abord, le marché des veaux sous la mère comme en produit Christophe Roger est un marché de niche et il est saturé au niveau français. D’après nos enquêtes réalisées en Bretagne, Normandie et Grand Est, certains éleveurs laitiers pourraient être intéressés pour produire des bœufs ou génisses de 18 mois. Toutefois, la phase d’alimentation lactée sans vaches nourrices est délicate et technique. L’achat de veaux sevrés serait une solution mais elle augmenterait les coûts de transport et la vigilance sanitaire… Même si cela aurait le bénéfice de professionnaliser les conduites et de faciliter la planification des enlèvements pour la filière. Une autre piste serait d’accompagner les éleveurs laitiers à engraisser directement leurs veaux en les conduisant de la même façon que leurs génisses laitières. Dans tous les cas, cela demande de la main-d’œuvre et de la place en bâtiments. Les verrous se situent dans l’ensemble de la filière, dont tous les différents maillons doivent envoyer un signal fort. Il faut assurer un débouché, mais aussi procurer des données technico-économiques fiables et rassurantes pour les éleveurs. Tout ça sans oublier les attentes sociétales concernant le bien-être animal, les enjeux environnementaux et la qualité des produits»

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