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Les besoins du veau au sevrage : stimulation et enrichissement

Le sevrage est une étape clé dans le développement du veau. Pauline Garcia, éleveuse de Salers et comportementaliste animalière, conseille de mettre en place un sevrage progressif, et d’occuper et stimuler les veaux par un enrichissement de leur parc pour les aider à passer ce cap.

La guirlande est installée sur le trajet d'accès au point d'eau. © Etho-diversité
La guirlande est installée sur le trajet d'accès au point d'eau.
© Etho-diversité

Le sevrage est un sujet qui préoccupe les éleveurs allaitants, bien conscients du stress vécu par le jeune et par la mère. Dans les conditions naturelles, le veau est repoussé par la mère qui ne le laisse plus téter vers l’âge de 9 à 10 mois, car la naissance du suivant approche. Il y a un sevrage alimentaire, mais le veau garde un contact tactile avec sa mère, et le lien entre eux se détache tout doucement. Quelle est la meilleure façon de procéder dans les élevages allaitants d’aujourd’hui ?

Lire aussi : La conduite positive du bovin par Pauline Garcia

Le sevrage progressif est conseillé. Pauline Garcia adapte aux bovins un résultat scientifique sur les chevaux (de Séverine Henry et Martine Hausberger, à retrouver sur google scolar). « Dans les petits troupeaux de 15 à 25 vaches, on peut retirer une mère tous les deux jours en choisissant pour commencer celles qui sont déjà le plus détachées de leur veau. » Ce veau qui n’a plus sa mère va alors se rapprocher de son « meilleur copain », le veau avec lequel il a le plus d’affinités, et la présence d’adultes dans le lot normalise pour lui la situation. Pour les lots plus grands, une solution peut consister à ramener tout le monde dans le même bâtiment et à séparer les mères et les jeunes par une barrière. « Lors de la séparation, quatre sens sont stimulés : la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. Si on peut les assouvir lors du sevrage, il y a beaucoup moins de traumatisme. À travers une barrière, la mère et le veau peuvent se voir, se toucher avec le mufle et se sentir, et émettre des vocalises d’apaisement », observe Pauline Garcia. Dans ces conditions, la mère est en mesure de s’alimenter, s’hydrater et se reposer, et il y a moins de vocalises.

Le sevrage se prépare par une bonne relation avec la mère du veau

Le veau passe par une étape clé de son développement au sevrage. Il est anxieux et il ne se repose pas bien, voire pas du tout, ce qui engendre une faiblesse de son système immunitaire. « L’étape du sevrage se prépare en amont par l’entretien d’une relation positive entre la mère et l’éleveur, explique Pauline Garcia. Le jeune calque en effet tout son comportement par imitation sur celui de sa mère. S’il a vu sa mère en confiance avec l’éleveur, l’éleveur pourra lui servir de repère au moment du sevrage et le rassurer. »

Passer tous les jours dans les parcs de ses veaux et se laisser toucher et flairer est une bonne pratique. « Par manque de temps, j’ai aussi un mannequin que je dispose dans les cases des veaux durant les premiers jours au moment du sevrage. Je l’y laisse pendant 15 à 20 minutes par jour et sous surveillance. Il ne faut pas le laisser devenir support de grattage, pour que ce comportement ne soit pas reproduit sur l’humain ensuite. » Cette technique de familiarisation a été validée sur ovins (résultats de Bouissou et Vandenheede).

Les veaux ont besoin de se gratter et de mâchouiller

On peut aussi aider le jeune au sevrage en l’occupant. Le veau s’ennuie, manque de stimulations au moment du sevrage. Dans la nature, il est perpétuellement occupé à mastiquer et mâchouiller – ce besoin perdurant d’ailleurs jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans, à découvrir le goût de différents végétaux, et à se gratter. « Je vous invite à mettre des brosses à leur disposition. C’est un accessoire de bien-être, pour tous les âges d’ailleurs. » On en trouve dans le commerce. On peut en bricoler à partir de balais de nettoyage de la voirie par exemple, fixés aux parcs. « Je conseille aussi d’enrichir le parc des veaux. Cela consiste à mettre des objets insolites dans leur environnement qu’ils vont aller explorer. »

L’enrichissement (protocole développé dans son livre Le petit guide illustré du bien-être du bovin) peut commencer avant le sevrage, mais il est surtout important pour les petits sevrés en perte de repère. « Plus ils sont acteurs dans une découverte, plus ils apprennent. C’est quand on leur impose des situations qu’ils stressent. Il faut les laisser venir à leur rythme, sachant que certains mettent deux ou trois jours pour approcher. » Pauline Garcia propose aussi durant l’hiver à ses veaux de découvrir des aliments, par exemple la pomme, la carotte ou l’avocat (sans tomber dans l’exagération, il s’agit de découvrir des goûts et pas de les nourrir). « Plus ils développent leur palais, moins ils seront difficiles dans les transitions alimentaires et les traitements par voie orale seront mieux supportés. » La spécialiste conseille aussi de mettre une radio en marche dans les bâtiments, mais pas en permanence, et en faisant varier les sons entre paroles et différents styles musicaux.

Des « guirlandes sensorielles » pour les veaux

Pauline Garcia crée des « guirlandes sensorielles » qu’elle installe à hauteur de mufle des veaux durant tout l’hiver, dans le mois suivant le sevrage, en changeant régulièrement les objets. Le but est que les veaux soient occupés et qu’ils aient le moins peur possible de la nouveauté. Il faut changer régulièrement d’objets, et choisir des objets qui ne demandent pas de surveillance. On peut également placer dans le parc des plots de chantiers, des ballons, des bidons de différentes formes et différentes couleurs. On peut mettre des cailloux dedans pour que les veaux s’habituent au bruit quand ils le renversent.

Lire aussi : Vingt ans de recul pour la méthode Souvignet

Lire aussi : Le numérique peut-il aider à gérer le bien-être animal ?

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