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« Le troupeau Angus passe tout l’hiver au pré »

Au Gaec de Charmeil dans la Loire, le troupeau angus de 36 mères valorise par le pâturage un maximum de surfaces en prairie. Des « parkings » sont prévus pour parer aux aléas et finir la saison.

Dans la Loire, à La Pacaudière, le Gaec de Charmeil ne bénéficie pas spécialement de conditions facilitantes pour le pâturage hivernal car une grande partie des sols sont très humides, et le climat froid. La pousse de l’herbe s’arrête chaque année en fin d’automne pour une période plus ou moins longue.

« On fait du pâturage hivernal par défaut car on n’a pas de bâtiment pour l’instant pour loger toutes les bêtes. Mais cela fonctionne bien, et ce n’est vraiment pas une contrainte pour elles comme pour nous », expliquent Célestin Gardel et Denis Piquet.

Leur système est bio et associe 62 vaches laitières (Montbéliardes et croisées) et 36 Angus et leurs suites. Ce sont les allaitantes qui sont logées en plein air. Les bœufs, élevés jusqu’à 27 à 30 mois, les vaches suitées et gestantes – avec des vêlages au printemps et à l’automne – ainsi que les génisses de 18 mois à 3 ans pâturent toute l’année.

Tous les veaux au sevrage et quelques mâles destinés à être vendus comme reproducteurs sont logés en bâtiment sur une période de quelques mois vers l’âge de 7 à 12 mois. Les mâles et génisses de repro peuvent être dressés à la marche au licol à ce moment-là.

Du pâturage tournant plus ou moins dynamique

« On pratique le pâturage tournant plus ou moins dynamique, avec des paddocks fixes et un réseau d’eau en place », situe Célestin Gardel. Les laitières changent tous les deux jours de paddocks et les allaitantes plutôt tous les quatre ou cinq jours. « Si un hiver plus humide que les précédents se présente, cela va forcément changer la donne. Mais on a quelques parcelles qui peuvent supporter le pâturage même en conditions humides. »

Pour la conduite en hiver, les éleveurs ont essayé un peu tout. Avant 2021, ils n’avaient pas les moyens de constituer des stocks sur pied à cause de la sécheresse ; cette année, ils en ont. Les Angus ont dans ce troupeau un format moyen de 750 kg vif, ce ne sont donc pas de petites vaches avec lesquelles on pourrait espérer limiter l’impact au sol.

Une trentaine d’hectares de prairies naturelles sont valorisées par le pâturage hivernal (sur un total de 177 ha de prairies pour le Gaec) mais si les conditions le permettent, les éleveurs peuvent augmenter cette surface. Elles sont découpées en paddocks fixes, qui peuvent être divisés en deux selon l’effectif du lot et la pousse disponible. Toutes les parcelles sont équipées d’une arrivée d’eau à partir du forage ou bien du réseau de la ville.

Les éleveurs ne sont pas trop embêtés avec le gel. « Il est dans certains cas possible de leur ouvrir un accès vers un autre point d’eau. Je dois quand même quelquefois sur quelques jours apporter de l’eau avec une citerne et casser la glace. Mais les animaux ne boivent pas beaucoup en hiver », observe Célestin Gardel.

Tant que la pousse de l’herbe est significative, les lots passent un peu partout en changeant tous les deux jours de paddock. Si les conditions deviennent plus humides, le changement de paddock intervient tous les jours et les vaches qui ont des veaux disposent d’une botte de foin de luzerne ou d’un bon enrubannage. « Le foin apporte des sucres qui équilibrent la ration par rapport à la teneur en azote de l’herbe. Elles équilibrent elles-mêmes leur consommation entre pâturage et fourrage »

Et si cela n’est plus tenable, faute de stock d’herbe sur pied dans les paddocks ou à cause d’une pluie qui dure dans le temps, les différents lots sont dirigés vers l’une des quatre ou cinq zones « parkings » réparties sur le parcellaire. Ces « parkings » sont pour certains des paddocks qui entrent dans la rotation. L’un d’entre eux est une zone en accès direct depuis la route, ce qui est pratique pour venir affourager. Un autre est sur l’un des coins les plus sains du parcellaire, avec des abris naturels contre des arbres.

Si un lot est conduit sur un « parking », des plaquettes de bois issues de la taille des haies du Gaec y sont étalées. Les animaux se couchent dessus ou bien choisissent un autre endroit sur l’herbe. « Cet aménagement a un coût que j’estime à environ 1 500 euros par plateforme. J’étale 90 m3 de copeaux sur une centaine de mètres carrés pour un lot de quatorze vaches », calcule Célestin Gardel.

Les animaux ont accès au foin dans les parkings

Tous les ans, tous les lots passent les deux derniers mois, entre mi-janvier et mi-mars, sur les « parkings ». « Cela me permet de ne pas subir de retard au démarrage de la pousse de printemps avec des parcelles qui sont très hétérogènes. » Dans les parkings, les vaches prêtes à vêler, les bœufs et les génisses ont une botte de foin disposée au sol ou dans un râtelier circulaire. Les vaches avec veaux sont affouragées grâce à des râteliers cornadis de 14 places. Ce matériel permet de réaliser les inséminations, les échographies, la prophylaxie…

Pour les soins aux veaux à la naissance, les éleveurs utilisent un classique râtelier circulaire comme cage de contention : bien arrimé sur le godet du tracteur, ils y capturent le veau et y entrent pour faire les soins en faisant en sorte que sa mère puisse en continu le voir, le flairer et le toucher. Pesée, castration, identification… tout est fait en sécurité. Aucune fraîche vêlée n’a encore essayé de sauter dans le cornadis.

« Parfois, elles sont pleines de boue pendant une période, mais cela ne dure pas et vraiment elles s’en portent bien. Et nous aussi. Il peut faire -15 ou -20 °C, pas de problème. Les Angus sont robustes et prennent une toison impressionnante quand il fait froid. Elles font du lait et perdent juste un peu d’état. Mais chez nous, les mères sont quasiment toute l’année en note 3 », explique Célestin Gardel.

Les veaux hivernés dehors et sevrés au printemps 2021 ont fait des croissances moyennes de 1,1 kg pour les femelles et 1,3 à 1,4 kg pour les mâles entre la naissance et le sevrage à 7 mois sans concentrés. « Cela s’explique par un printemps qui s’est fait désirer, avec un mois d’avril froid et gélif et un mois de mai très mouillé. » Les années précédentes, les femelles avaient fait 1,3 kg et les mâles 1,5 à 1,7 kg de croissance moyenne entre naissance et sevrage. Les performances de repro des génisses (qui vêlent entre 24 et 26 mois) et des vaches allaitantes sont très satisfaisantes.

Une conduite de précision et de sélectionneur

Pour Célestin Gardel, l’un des avantages de cette pratique est que les animaux qui sont restés dehors tout l’hiver n’ont pas à subir les quelques semaines de transition alimentaire au printemps et donc valorisent très bien la pousse de printemps dès son démarrage. Pour lui, l’hivernage en extérieur n’est pas non plus un frein à une conduite technique de précision et à un objectif de vente de reproducteurs. « Les animaux expriment leur potentiel génétique. L’un des principes fondateurs de notre schéma de sélection en Angus est de soumettre les animaux à des conditions climatiques naturelles et non favorisantes. » Le Gaec de Charmeil a d’ailleurs fait naître Pio, taureau disponible à l’IA.

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