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Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine
La crise du lait nous concerne

2016 sera encore une année délicate pour les producteurs de viande bovine. La crise du lait se répercute par effet de domino sur leur secteur.

Quelle est votre analyse de la situation actuelle pour les producteurs ?
Jean-Pierre Fleury - L’actuelle conjoncture fait qu’il y a un vrai risque de voir disparaître des milliers d’élevages cette année. 2013 est la dernière année où les producteurs de viande bovine ont eu un revenu digne, leur permettant de faire vivre leur famille et de développer leur exploitation. Les remboursements d’emprunts sont de plus en plus importants au regard d’un excédent brut d'exploitation qui se dégrade et rend difficile l’accès aux financements.

L’évolution comparée des prix à la production et à la distribution traduit de profonds disfonctionnements dans l’aval. D’un côté, l’indice des prix à la consommation est passé d’une base 100 en 1997 à 163 l’an dernier. Il a suivi l’inflation avec une hausse moyenne de 2% par an. De l’autre, il y a la courbe des prix réglés aux producteurs. La dernière semaine de mai, le prix moyen pondéré des gros bovins établi par France Agrimer était de 3,46 euros, soit une perte de plus de 60 centimes par rapport à 2013. Et ces derniers mois cet écart n’a fait que s’accentuer.

Comment s’adapter ?
J.-P. F. - Les seules paroles que l’on entend dire par l’aval, c’est : « vous devez gagner en compétitivité. » Beaucoup d’éleveurs cherchent donc à accroître leur productivité. Cela se ressent dans les effectifs. En France, le nombre de vaches allaitantes a progressé de 1,3% par rapport à 2015, soit + 55 000 têtes en avril dernier. Cette tendance se retrouve dans d’autres pays européens. Et compte tenu de la "chienlit" actuelle dans le secteur laitier, des éleveurs ont enclenché une conversion du lait vers la viande. C’est vrai en France. Cela l’est également dans d’autres pays européens. Dans un marché de la viande bovine saturé, c’est extrêmement dangereux. Ce n’est pas en empilant les vaches dans les exploitations que l’on règle les problèmes de fond. Certains députés allemands ont dit que l’on allait réguler le problème du lait par ces conversions. On marche sur la tête ! Le problème du lait ne sera pas résolu pour autant et on va surtout aggraver celui de la viande.
Lors de la campagne des Régionales, des présidents de Région désormais élus ont fait état de leur volonté de redonner davantage de place aux produits français dans les cantines. Comment évolue ce dossier ?
J.-P. F. - Nous allons leur demander de faire un bilan régulier du basculement de la viande étrangère vers la viande française dans les différentes collectivités territoriales. On jugera au vu des résultats.
L’export sur pays tiers est souvent mis en avant comme une solution ?
J.-P. F. - Dans le contexte actuel, la seule solution retenue par l’aval semble être de baisser les prix aux producteurs. On ne sent pas de la part de la filière et de nos responsables politiques une réelle volonté d'aller conquérir de nouveaux marchés, en particulier sur les pays tiers. La dernière fois que le ministère a réuni le comité export, c’était en octobre. Il n’y a rien eu depuis.
Que fait Bruxelles ?
J.-P. F. - Malheureusement pas grand chose ! Aucune solution n’a été trouvée pour lever l’embargo vers la Russie et ce pays a d’ailleurs annoncé qu’il était prolongé jusqu’à fin 2017.

La crise du lait nous concerne. Bruxelles a fini par comprendre son impact par effet de domino sur notre secteur. Une bonne mesure serait de mettre en place des crédits à l’exportation pour assainir le marché européen. Nous avons porté cette proposition auprès de la commission et de la DG Agri.

La crise du lait a un effet de domino sur notre secteur

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