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« Je valorise la génétique de mon troupeau charolais en finissant des animaux lourds »

C’est tout le savoir-faire et le travail de naissage dont veut tirer profit Christophe Boussand, installé dans la Loire, en engraissant mâles et femelles avec ses propres stocks tout en minimisant l’achat de concentrés.

Installé seul dans la plaine du Roannais à Vougy en bordure de Loire, Christophe Boussand fait fructifier son cheptel de 80 mères charolaises et son potentiel herbager dans l’attente de la transmission à son fils de 22 ans, salarié d’un élevage de Saône-et-Loire. Dans cette perspective, l’exploitant travaille une génétique adaptée à son système herbager qu’il entend rendre encore plus autonome. Ce dernier fait aussi preuve d’une grande prudence dans les investissements, que ce soit en termes de bâtiment ou de matériel.

Garantir une maîtrise de la reproduction

Après les semis d’automne, l’activité se concentre sur les vêlages en bâtiment, qui sont groupés sur quatre mois, d’octobre à janvier. Cette période représente la plus grosse part du travail de l’exploitant entre la surveillance et la distribution de l’alimentation à la mélangeuse. À partir de la mi-janvier commence la surveillance des chaleurs qui se fait à l’œil. L’insémination se fait au coup par coup. Toutes les femelles sont inséminées suivant un plan d’accouplement réalisé chaque année avec un technicien de la coopérative d’insémination de la Loire Coopel. Les primipares et les vaches en retard, dans une proportion de 20 %, sont rattrapées en fin d’hiver par une synchronisation des chaleurs.

« Je valorise la génétique de mon troupeau charolais en finissant des animaux lourds »

Les données de l’élevage indiquent un intervalle vêlage-vêlage de 383 jours et un taux de mortalité de 4,5 %. Preuve d’une reproduction parfaitement maîtrisée. Le choix des taureaux se porte prioritairement sur les facilités de vêlages pour les génisses et primipares (IFNaiss taureaux 105,9 et AVel 109,5). Lait et croissance sont les autres critères recherchés. Les effets maternels en lait titrent + 3,5 kg et l’index CRsev des taureaux + 1 kg. La finesse de viande est aussi travaillée pour atteindre une finition d’animaux de type AOP bœuf de Charolles dans un berceau de consommation local très porté sur la viande charolaise haut de gamme.

Chez Christophe Boussand, les génisses sont triées à 18 mois - 2 ans en s’appuyant sur les résultats et conseils de Bovins Croissance. Les trente femelles de renouvellement sont conduites en vêlage 35 mois tandis que les dix autres conservées pour l’engraissement sont soumises à un régime accéléré basé sur du pâturage tournant.

Optimiser les sorties

Tous les mâles sont valorisés en jeune bovin de 14 à 15 mois entre janvier et mars. Ils sont pesés chaque mois en finition pour optimiser les dates de commercialisation. Les vaches de réforme sont quant à elles commercialisées en avril pour celles ayant eu des problèmes au vêlage ou de reproduction. Elles sont engraissées à l’auge. Entre août et septembre vient le tour des vaches suitées. Elles sont mises au pré, avec un sevrage de leurs veaux prévu fin juin et elles sont ensuite engraissées l’été sur des parcelles récoltées en foin. Le lot est complémenté avec un mélange fibreux : 60 % de céréales et 40 % d’un aliment contenant 25 % de protéines.

 

« Je valorise la génétique de mon troupeau charolais en finissant des animaux lourds »

 

Selon leur âge et leur conformation, certaines vaches partent en AOP bœuf de Charolles, bénéficiant ainsi d’une plus-value de 0,30 euro du kilo en 2022. Les génisses de 33 mois sont commercialisées d’août à septembre après avoir été conduites en pâturage tournant pour valoriser au maximum l’herbe et diminuer l’apport de concentrés.

« Ma production est en apport total à Sicarev-Coop Actis bovins avec qui je travaille sans cesse pour la mettre en adéquation avec la demande de la filière. Ceci passe par la venue régulière d’un commercial pour constater l’état de finition de mes animaux. Ma politique est d’engraisser systématiquement le plus possible afin de valoriser mon potentiel génétique mais aussi la tâche la plus difficile que sont les vêlages. Pour atteindre le même revenu sans engraisser, il me faudrait passer de 80 à 110 vêlages ce qui ne serait pas tenable seul en termes de charge de travail », estime Christophe Boussand.

Les broutardes repoussées - ou parfois des broutards nés en décalage - sont la variable d’ajustement de l’atelier d’engraissement calculé à partir des rations permises par les stocks disponibles.

Constituer des stocks

La préoccupation majeure de Christophe Boussand est la constitution de stocks d’avance, que ce soit en ensilage d’herbe (47 %), foin (29 %), enrubannage (13 %) et maïs (11 %). L’éleveur a passé toutes les sécheresses de ces dernières années sans acheter de fourrages. Son autonomie alimentaire est de 100 % en fourrages et de 93 % en aliments. Des marges de manœuvre sont encore possibles puisque le système ne produit que 42 % des concentrés destinés à l’alimentation du troupeau et présente un déficit protéique. De même, l’exploitation endosse des achats de paille récurrents.

Privilégier l’autoconstruction

Une des performances du bilan économique tient de la modicité des charges en bâtiments. L’éleveur a progressivement mis en place cinq bâtiments de conception peu onéreux avec une part importante d’autoconstruction. Il s’est appuyé par exemple sur l’utilisation du système de type Lepine, diffusé dans le Roannais. Deux auvents se font face avec un couloir de 6 mètres entre chaque. L’un abrite les auges équipées de cornadis et l’autre les parcs. Les toits jouent le rôle de déflecteur pour le vent et les vaches sortent en extérieur quand elles le souhaitent l’hiver, favorisant les chaleurs. Les bâtiments sont indépendants les uns des autres permettant si besoin des vides sanitaires. Une mélangeuse y a accès en un seul circuit de distribution de l’alimentation.

« Ma politique est d’engraisser systématiquement le plus possible d’animaux afin de valoriser mon potentiel génétique mais aussi le travail le plus difficile que sont les vêlages »

Chiffres clés

135 ha se composant de 121 ha de SFP dont 113 ha d’herbe, et 14 ha de cultures

80 vaches allaitantes en contrôle de performances VA4

1,1 UGB/ha SFP

1 Umo

Avis d’expert : Stéphane Brisson, de la chambre d’agriculture de la Loire

« Un investissement dans la conduite du troupeau qui paie »

Stéphane Brisson, conseiller bovin viande à la chambre d'agriculture de la Loire.

« L’élevage de Christophe Boussand est suivi depuis de nombreuses années dans le cadre du réseau charolais Inosys Institut de l’élevage - chambres d’agriculture. Exploitation typique du Nord de la Loire, elle est basée essentiellement sur l’herbe avec un chargement modéré de 1,10 UGB/ha SFP. L’assolement, qui se compose de 10 hectares de céréales et de 7 hectares de maïs ensilage, permet de sécuriser les stocks fourragers pour gagner en autonomie alimentaire surtout en prévision des années sèches qui deviennent la norme dans ce secteur. Le troupeau, sélectionné de longue date grâce à l’insémination, est conduit en vêlages groupés d’automne avec de très bons résultats de reproduction. Les animaux sont bien valorisés en adéqua

tion avec la demande de la filière locale en bovins finis. Les poids de vente sont hauts (vaches à 500 kg carcasse et JB à 430 kgc). La production de viande vive est aussi élevée : 450 kg/UGB, avec une quantité raisonnable de concentrés de l’ordre de 2 kg par kilo de viande vive. La marge brute des bovins s’établit à 700 euros/UGB, contre 550 euros en moyenne. L’investissement de l’éleveur dans la conduite du troupeau donne des résultats plus que satisfaisants. L’EBE de l’ordre de 60 000 euros correspond aux chiffres du quart supérieur des élevages du Roannais. Les annuités sont limitées à 30 000 euros grâce à des investissements prudents, adaptés aux résultats de l’élevage et échelonnés dans le temps. Le coût de production est maîtrisé et permet de dégager une rémunération théorique de 2 Smic en moyenne, conforme aux objectifs. »

Communiquer davantage

« Je valorise la génétique de mon troupeau charolais en finissant des animaux lourds »

Pour l’exploitant, l’effet levier le plus important réside dans l’entretien patrimonial des prairies naturelles qui stockent le carbone et impacte l’autonomie alimentaire et protéique. Pour faire valoir ses bonnes pratiques, Christophe Boussand fait partie des producteurs engagés dans le programme Beef Carbon. « Le bilan carbone est un outil à diffuser davantage auprès des éleveurs et à médiatiser auprès du grand public. Il participe à rappeler notre fonction principale qui est de nourrir la population et d’entretenir les paysages. Il témoigne aussi des efforts que le monde agricole fait pour lutter contre le dérèglement climatique et ce, à partir de données objectives. En s’appuyant sur ces résultats, on peut avoir une action positive sur nos exploitations », estime Christophe Boussand. Les principaux enjeux écologiques sont mesurés à travers le diagnostic CAP2’ER (1).

Développer ces bilans témoigne de l’urgence de travailler sur le climat en rappelant l’objectif européen fixé pour 2030 : diminuer d’au moins 55 % l’émission nette des gaz à effet de serre par rapport à 1990 et atteindre la neutralité climatique en 2050. L’expérience de Christophe Boussand, récemment élu conseiller municipal dans une commune citée dortoir lui montre la profonde méconnaissance de la société du métier d’agriculteur. Éleveur passionné, il estime que « de gros efforts de sensibilisation sont à faire sur la réalité des systèmes et l’adaptation perpétuelle des éleveurs qui font au mieux ». Il envisage d’inviter ses concitoyens à des journées portes ouvertes en se basant sur une présentation pédagogique du bilan carbone qui embrasse toute la problématique des exploitations d’aujourd’hui.

(1) Calcul Automatisé des Performances Environnementales en Élevage de Ruminants

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