Sécheresse
Hautes-Pyrénées : des descentes anticipées de troupeaux d'estive faute d’herbe suffisante
La sécheresse n’épargne pas les zones pastorales. La commission syndicale des 4 Véziaux d’Aure et la municipalité d’Aulon ont demandé à la soixantaine d’éleveurs extérieurs aux communes de descendre plus tôt leurs troupeaux, afin de préserver la capacité de la montagne à se régénérer. Problème de disponibilité fourragère ou de partage ?
La sécheresse n’épargne pas les zones pastorales. La commission syndicale des 4 Véziaux d’Aure et la municipalité d’Aulon ont demandé à la soixantaine d’éleveurs extérieurs aux communes de descendre plus tôt leurs troupeaux, afin de préserver la capacité de la montagne à se régénérer. Problème de disponibilité fourragère ou de partage ?
Dans les Hautes-Pyrénées, la commission syndicale des 4 Véziaux d’Aure et la municipalité d’Aulon ont respectivement demandé aux éleveurs non-domiciliés dans les communes propriétaires, de descendre leurs troupeaux, au plus tard les 17 et 23 août en raison du manque d’herbe, causé par la sécheresse. Soient environ entre 22 à 50 jours avant la date initialement prévue. 1 303 bovins, 3 235 ovins et 140 équins seraient priés de rentrer chez eux.
En revanche, les quelques éleveurs ayants droit, c’est-à-dire ceux dont les sièges d’exploitation se situent dans le secteur, peuvent rester jusqu’à fin octobre. Cette priorité donnée aux locaux est légale. En effet, les gestionnaires d’estive (commission syndicale, association foncière pastorale, mairie, voire dans une moindre mesure groupement pastoral) se dotent de règlements qui peuvent fixer des règles différentes, selon les catégories d’éleveurs (locaux et extérieurs) et même les espèces d’animaux (bovin, ovin, caprin, équin). Les dates de montée et de descente font partie de ces règles de régulation. Elles peuvent varier selon les années, afin de les adapter aux conditions météorologiques (neiges précoces ou tardives), comme à la dégradation fourragère.
Écouter le podcast juridique Nadia dé-code - Épisode 11 : « Une association foncière pastorale, ça sert à quoi ?
Une descente anticipée des troupeaux contestée par les éleveurs et leurs syndicats
Des éleveurs et leurs syndicats (FDSEA et Coordination rurale) contestent cette descente anticipée, au motif qu’elle « menace l’équilibre économique des exploitations et le bien-être des animaux. Les éleveurs devront utiliser prématurément leurs stocks d’hiver ou acheter du fourrage supplémentaire, tandis que les pâturages de plaine sont asséchés et exposés aux fortes chaleurs ». Certes, répondent les décisionnaires, eux-mêmes confrontés à la même contrainte, mais ces circonstances exceptionnelles appellent des nouvelles mesures préventives basées sur le principe de précaution à long terme : réagir avant un accident de chute d’animaux et préserver la résilience des pâturages, comme des sous-bois, pour les années futures. Si en 16 ans, le chargement a augmenté de plus de 21 % à Aulon, aux 4 Véziaux, depuis quatre ans, il a baissé de 200 UGB. « La commission cherchait ainsi à éviter, cette douloureuse décision que nous avons dû prendre cette année », déclare Thierry Vidal, président de la commission syndicale. « Il reste de l’herbe au nord, mais il aurait été injuste de faire descendre certains et pas d'autres », s'explique-t-il.
Pour l’instant, les éleveurs interrogés estiment que leurs animaux sont en bon état corporel et n’adoptent pas de comportements anormaux, signes de dénutrition ou de soif.
Un nouveau contexte climatique à intégrer dans la capacité de résilience des estives
D'un coté, les éleveurs considèrent qu’il reste de quoi manger pour leurs animaux, de l'autre, les gestionnaires estiment que la résilience de la montagne serait durablement compromise par ces stress thermique et hydrique extrêmes.
A Aulon, une prochaine rencontre en présence du Centre de ressources sur le pastoralisme et la gestion de l’espace, de la réserve régionale naturelle, des éleveurs et des bergers (salariés du gestionnaire d’estive) est prévue la semaine prochaine. Elle permettra d'évaluer sur le terrain la disponibilité de la ressource. « Un diagnostic pastoral permettrait, à l’avenir, de prendre des décisions plus basées sur les faits scientifiques que sur des ressentis », annonce la maire d’Aulon, elle-même éleveuse, mais non transhumante.
Rappelons que les ayants droit n’ayant souvent pas d’autres ressources fourragères que la montagne, leurs surfaces autour de l’exploitation leur permettant encore moins que les éleveurs des vallées de faire des stock de foins, ils sont sûrement les plus prudents, dans ces circonstances.
Cette crise révèle peut-être plus la difficile question du partage des ressources : l’eau, les pâturages et les DPB rapatriés qui sont proportionnels à la durée de transhumance, que celle de la disponibilité fourragère.
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