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Élevage bovins viande : Seule en montagne avec 55 vaches aubrac

Alicia Sangerma s’est installée seule avec une soixantaine de vaches en 2009. Depuis, elle court pour tenir le rythme et rêve de plus de confort de travail.

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Alicia Sangerma : « Si je ne m’étais pas installée à 22 ans, je n’aurais probablement pas eu l’opportunité de le faire après dans ce secteur. »
© Y. Kerveno

C’est une histoire d’enchaînement, d’opportunités à saisir que celle d’Alicia Sangerma. On la rencontre en décembre, dans le creux de la vallée de la Rotja dans les Pyrénées-Orientales sous l’ombre du massif du Canigó. Là où sa cinquantaine de vaches majoritairement aubrac, passe l’hiver. « Dans ce coin froid, le soleil n’arrive pas avant midi », précise-t-elle. Elle enchaîne les heures pour nourrir ses vaches « comme je n’ai pas de bâtiment, il faut bien les nourrir tout l’hiver », explique-t-elle.

Seule sur son exploitation, elle court un peu toute l’année. L’hiver entre les différentes parcelles où sont les vaches et l’été entre les différentes parcelles qu’il faut arroser pour espérer en tirer 150 balles de foin qui ne seront de toute façon pas suffisantes pour tenir l’année. Pendant la saison des vêlages, les vaches sont servies par trois taureaux et elle regroupe les naissances de la mi-décembre à la fin janvier, elle n’arrête pas non plus. « Il n’y a pas de technologie ici, j’habite à trois kilomètres et il m’arrive de venir deux ou trois fois par nuit pour voir si tout se passe bien ou pour rentrer une vache sur le point de vêler. » Si la majeure partie des vaches sont « sympas », elle reconnaît que certaines la font quand même bien courir. Et au milieu de tout cela, son compagnon travaille aussi beaucoup, à l’extérieur, il est artisan maçon. Ils ont ensemble un fils qui a aujourd’hui 10 ans…

Des conditions de travail qui n’étaient pas prévues

Elle reconnaît qu’elle n’avait pas vraiment imaginé cela quand elle choisit de s’installer à 22 ans, au moment où ses parents divorcent et doivent se séparer de l’exploitation. « J’ai toujours été passionnée, depuis petite, par les vaches, alors c’était naturel que je m’installe, seules les conditions n’étaient pas prévues. » L’affaire lui semble parfois une montagne… « C’est peut-être ce qui fait que je n’ai pas beaucoup fait évoluer l’exploitation depuis, ça fait peur les emprunts… »

Son exploitation transmise, son père est allé travailler un peu ailleurs, elle l’a aussi pris comme aide familial avant qu’il puisse se réinstaller avec une quinzaine de vaches à quelques kilomètres de là, le temps d’atteindre la retraite. « Comme il a les vaches au cornadis, il est disponible assez tôt dans la journée et vient travailler avec moi. Parfois, il râle parce que je n’ai pas fait ceci ou cela, mais là, je lui rappelle que quand il rentre chez lui, il n’a qu’à mettre les pieds sous la table, ce qui n’est pas mon cas ! Il y a aussi le travail de la maison », sourit-elle.

Et notamment le temps consacré à son fils. « Paradoxalement, il me demande aujourd’hui beaucoup plus de temps qu’avant. Il faut l’amener au rugby le mercredi, entre autres, reconnaît-elle. Quand il était plus petit, il allait souvent, même très souvent, chez ma mère. C’était difficile de l’amener ici, il fait froid, il s’ennuyait au bout d’un moment dans le tracteur… » Mais maintenant, il peut faire sa vie un peu tout seul. « Le matin, il est autonome, il prend le bus tout seul pour aller à l’école, alors qu’avant, je le déposais tôt au périscolaire pour pouvoir commencer ma journée de bonne heure et avoir le temps de tout faire. » Le fils d’Alicia Sangerma ira bientôt au collège à Prades, gagnera en autonomie, son père sera bientôt à la retraite « et puis comme tout le monde, il va vieillir », alors elle rêve d’un bâtiment pour travailler plus sereinement.

Prochaine étape : le bâtiment

« Le bâtiment, c’est ma prochaine étape. J’ai investi dans l’exploitation depuis que je suis installée, petit bout par petit bout, j’ai acheté une partie du foncier pour me sécuriser, j’ai une quarantaine d’hectares principalement des pans de montagne. J’ai aussi rénové le bâtiment planté sur le terrain, construit un appentis pour abriter des box de vêlage. Mais avoir une vraie étable avec le cornadis pour les vaches et même une dérouleuse pour les balles, ce serait top. » De quoi alléger les douleurs aux épaules issues de la manipulation quotidienne de la fourche, et pouvoir travailler aussi plus sereinement s’il faut intervenir sur un animal. Elle réfléchit aussi, vu les cours des broutards, à réduire un peu la voilure d’une dizaine de vaches.

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