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Élevage bovins viande : « Le sanitaire au cœur de la conduite du troupeau Blanc bleu »

Dans le Nord, l’EARL Sys D’hondt incarne une exploitation typique du berceau de la Blanc bleu, et se distingue par une exigence sanitaire poussée qui structure l’ensemble du système.

Bruno et Véronique Sys associent 80 hectares de SAU à un double atelier lait-viande à Bailleul, dans le Nord. En système naisseur-engraisseur typique du berceau de la race, leur élevage de Blanc bleu repose sur une organisation du travail bien rodée et surtout sur une maîtrise sanitaire poussée, devenue un véritable fil conducteur des pratiques. « Aujourd’hui, tout passe par la rigueur sanitaire, résume Véronique Sys. On ne laisse rien entrer sans précaution. » Concrètement, l’exploitation fonctionne en circuit quasi fermé. Aucun animal n’est introduit et chaque intervenant doit utiliser des bottes dédiées, mises à disposition à l’entrée des bâtiments. Même logique pour le matériel : les outils chirurgicaux utilisés pour les césariennes sont propres à l’élevage, nettoyés puis stérilisés systématiquement dans un four installé dans la salle technique. Cette exigence fait suite à un épisode marquant d’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine). Depuis, la biosécurité structure toutes les pratiques. « On a vu ce que ça pouvait coûter, donc maintenant, on anticipe tout. »

Des vêlages répartis sur toute l’année

Cette rigueur se prolonge dans la gestion quotidienne des animaux. Les lots sont régulièrement manipulés, ce qui permet une surveillance fine et une intervention rapide en cas de problème. Le parc de contention mobile, équipé d’une bascule et d’un lecteur de boucles, est utilisé fréquemment pour les pesées, les vaccinations ou le suivi de croissance. « On manipule souvent, donc les animaux sont calmes et on gagne du temps derrière. » Même logique à la naissance : les veaux reçoivent systématiquement 3 à 4 litres de colostrum, issu d’une banque constituée sur l’exploitation. Les prélèvements sont mesurés, puis congelés afin de sécuriser la qualité. « C’est la base pour bien démarrer », insiste l’éleveuse. Un projet de pasteurisation du colostrum est d’ailleurs à l’étude. Les vêlages sont répartis sur l’année, avec deux périodes volontairement évitées : décembre et juin-juillet. « On se garde des moments pour souffler et pour les cultures », explique-t-elle, tout en permettant un véritable vide sanitaire. En Blanc bleu, la règle est claire : 100 % des vêlages se font par césarienne. Une organisation bien rodée permet de sécuriser chaque intervention. « C’est moi qui prépare tout : je vais chercher la vache, je la bloque, je tonds et je prépare le matériel. Le vétérinaire réalise ensuite la césarienne en 45 minutes. En tout, ça me prend 2 heures dans la journée. » Le coût reste aujourd’hui maîtrisé, environ 150 euros, mais l’inquiétude existe. « Si ça double, l’élevage Blanc bleu sera remis en question. »

 
<em class="placeholder">Génisses Blanc Bleu au pâturage avec un beau ciel bleu</em>
Les 30 hectares de prairies sont conduits en pâturage tournant divisés en paddocks. Les laitières passent d’abord, suivies des allaitantes. © V.Sys
 

L’atelier laitier, clé de l’organisation du travail

Avec 75 vaches laitières pour 700 000 litres produits, l’atelier laitier structure le quotidien. « On est déjà là matin et soir dans les bâtiments pour la traite, donc surveiller les allaitantes en plus, ce n’est pas une contrainte », souligne Véronique. Cette présence permanente permet d’étaler les vêlages sans difficulté et de sécuriser le suivi des animaux. La complémentarité se retrouve aussi au pâturage : les laitières passent en premier, suivies par les allaitantes. Cette organisation permet d’optimiser l’utilisation des 40 hectares de prairies conduites en pâturage tournant, divisées en une vingtaine de paddocks. Côté alimentation, la conduite est précise et évolutive selon les stades. Les jeunes reçoivent un mash à 17 % de MAT, avant un sevrage progressif entre 6 et 8 mois. Les taurillons sont ensuite conduits avec une ration à base de maïs ensilage, d’herbe et de correcteur azoté, avec un renforcement protéique jusqu’à 26 % de MAT en phase de finition.

Coté reproduction, le choix génétique est raisonné avec le technicien, avec un objectif clair : « On cherche du développement, mais aussi des qualités d’élevage. » Les femelles sont mises à la reproduction à 14 mois pour un vêlage souhaité à 2 ans. Le taux de renouvellement est de 25 %. Les taurillons sont tous engraissés et vendus vers 23 mois. L’IVV moyen est de 413 jours en Blanc bleu, plus long qu’avec leurs charolaises, car la césarienne impacte le retour à la repro. Le gain en poids carcasse est de 880 grammes par jour de vie. Grâce à un fort respect des règles sanitaires et malgré les plus de 40 césariennes réalisées par an sur l’exploitation, la mortalité est maîtrisée à moins de 5 %. Pour la race, cette valeur est généralement autour des 8 %.

Un système cohérent et rentable

Sur l’exploitation, les rôles sont clairement définis. Bruno gère les cultures, l’alimentation et les bâtiments. Véronique s’occupe de la traite, de la santé, de la reproduction et de la génétique. « Chacun a son domaine, ça permet d’être efficace », souligne-t-elle. Les nombreux équipements de contention facilitent les interventions fréquentes : couloir mobile avec pesée et lecteur de boucles, cornadis, cage à veau, etc. « Il faut que ce soit pratique. » Cet investissement (environ 16 000 € pour le parc mobile équipé) permet de gagner en sécurité et en efficacité au quotidien. Les animaux sont commercialisés via une filière locale, avec environ 25 taurillons vendus chaque année. Malgré les contraintes du Blanc bleu (plus de travail, césariennes, renouvellement élevé), les éleveurs restent confiants. « C’est une race exigeante au quotidien, chronophage, mais cela n’affecte en rien la passion que nous avons pour la race. La docilité des animaux, la particularité de leur gène culard, le rendement des carcasses viennent pleinement valoriser le travail fourni​​​​​​. » Dans un contexte de prix porteurs, le système fonctionne bien. « On est dans le berceau de la race, ça aide aussi. » Aujourd’hui, les prix au kilo carcasse pour un taurillon avoisinent les 8,30 euros par kg, soit environ 5 100 euros par tête, 1 300 euros de plus qu’en 2024.

« Je possède ma propre boîte à césarienne »

Fiche élevage

80 ha de SAU dont 20 ha de blé, 20 ha de maïs ensilage, 10 ha en prairies permanentes et 30 ha en RGA + trèfle

55 vaches allaitantes dont 40 en Blanc bleu et 15 charolaises

75 vaches laitières pour 700 000 litres de lait

 
<em class="placeholder">Didier Oden  Avenir Conseil Elevage</em>
 
 
Didier Oden d'Avenir conseil élevage © S. Bourgeois
 

« Une rigueur sanitaire qui sert les performances »

​​​​​« L’exploitation présente la particularité de conduire deux races allaitantes. Même si la Blanc bleu est plus exigeante, les résultats sont loin d’être pénalisants, bien au contraire. On observe notamment de très bonnes performances sur les primipares, avec un IVV autour de 401 jours, soit environ 50 jours de moins que la moyenne de la race, et même inférieur à la moyenne du troupeau qui est de 413 jours. Cela traduit une excellente gestion des primipares, souvent le point faible dans les élevages. Ici, ce n’est clairement pas le cas, les primipares sont très bien conduites. On retrouve aussi une très bonne dynamique de croissance des veaux, avec des GMQ équivalents entre les deux races. Autre point marquant : le taux de renouvellement. En Blanc bleu, il est généralement élevé, avec plus d’une vache sur deux qui ne revient pas en reproduction après le premier vêlage. Sur cette exploitation, on est plutôt autour d’une sur trois, avec un taux de renouvellement ramené à 25 % contre 43 % en moyenne. C’est clairement le résultat d’un suivi sanitaire structuré et constant. Toute la conduite repose sur un protocole maîtrisé et appliqué dans la durée : matériel chirurgical dédié, gestion du colostrum, vaccinations, etc. Cette rigueur et cette régularité font la différence. »

Une exploitation engagée dans la sélection

« L’EARL Sys D’hondt se distingue par son implication dans la production de données. Inscrits à l’OS et engagés dans Bovins croissance, les éleveurs participent activement aux pesées, au pointage et au suivi des performances », présente Maud Michot, animatrice de l’OS Blanc bleu France. « On a besoin de ce type d’élevage pour faire avancer la race en France. » Cette dynamique repose aussi sur l’engagement familial. C’est une famille de passionnés, très investie dans la race. Dans un contexte où les contraintes de travail du Blanc bleu freinent certains éleveurs, ce type d’exploitation montre que le modèle reste viable et attractif. « La race conserve des atouts forts : docilité, rendement carcasse, qualité de viande. Enfin, la dynamique régionale se renforce avec l’arrivée de jeunes et l’organisation d’événements. On sent un vrai regain d’intérêt. »

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