Élevage bovins viande : « Je fais peindre mon animal préféré »
Pour garder le souvenir des animaux qui ont marqué leur élevage ou qui ont compté pour eux, certains éleveurs choisissent de faire peindre leur portrait. Sandrine Gay et Véronique Bossan sont deux « peintres de vaches ».
Pour garder le souvenir des animaux qui ont marqué leur élevage ou qui ont compté pour eux, certains éleveurs choisissent de faire peindre leur portrait. Sandrine Gay et Véronique Bossan sont deux « peintres de vaches ».
« Les yeux, c’est ce que je peins en dernier. Mon tableau prend vie et l’animal est immortalisé. C’est mon moment jubilatoire. » Artiste peintre et professeur d’arts plastiques à Saint-Pierre-de-Varennes, en Saône-et-Loire, Sandrine Gay est une fan absolue des bovins charolais et elle reconnaît que, dans ses peintures, ils sont « ses sujets préférés ».
« Je suis un peu chauvine, car ce sont les animaux que je vois autour de chez moi, mais je les trouve magnifiques. Ce que j’aime le plus, c’est leur musculature. En peinture, je peux jouer avec les ombres et les lumières. Quand je peins un charolais, je n’utilise pas que du blanc, mais aussi du jaune, de l’ocre, du brun, du bleu… »
Régulièrement présente dans les foires et les concours, Sandrine Gay s’est déjà fait un petit nom dans le monde du charolais : on lui demande souvent de réaliser des portraits sur commande. « J’ai même eu des demandes d’Irlande ou du Texas, car il y a des charolais un peu partout. »
Cet hiver toutefois, faute de concours bovins, c’est en musardant en ligne sur les pages et les sites des sélectionneurs charolais, que Sandrine Gay remarque un animal : Téquila, vache appartenant à Steeve Pété, un éleveur sélectionneur de Vendée. L’animal lui plaît tellement que, pour une fois, c’est elle qui propose à l’éleveur de peindre sa vache.
Rendre les éleveurs fiers et heureux
Ce dernier accepte, car Téquila, quatre ans, c’est la vache chouchoute de son élevage. « Téquila a été sélectionnée deux fois pour le Concours général du Salon de l’agriculture. Concourir à Paris, c’est le graal, c’est un peu comme jouer en équipe de France pour un footballeur », témoigne Steeve Pété.
« Lorsque j’ai vu la peinture, je l’ai trouvée magnifique. J’ai ressenti de la fierté. Téquila, c’est un animal à part. C’est le fruit d’un long travail. C’est le patrimoine génétique de mon élevage, qui remonte à mon père, à mon grand-père… Je vais demander à Sandrine Gay de me vendre la toile ou de m’en faire une autre. Ce sera l’occasion de garder un souvenir. »
« Ça me rend heureuse de toucher les éleveurs, de les rendre heureux avec les peintures de leurs bêtes », assure Sandrine Gay. Un sentiment que partage Véronique Bossan, autre artiste peintre spécialiste des bovins, installée à Romans-sur-Isère, dans la Drôme. « J’aime les relations avec les éleveurs. Parfois, je vais chez eux pendant plusieurs jours pour peindre leurs bêtes. »
Car, si elle fait des toiles, Véronique Bossan peint aussi sur des panneaux de bois et des murs : elle a ainsi orné de magnifiques salers la façade de la boucherie du Gaec Famille Champeix à Saint-Jean-des-Ollières, en Puy-de-Dôme.
Des cloches d’exception pour des vaches d’exception
Passer du format géant à la peinture miniature ne lui fait pas peur non plus : Véronique Bossan réalise des peintures pour la sellerie Baude à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, dont elle décore les cloches. « Lorsqu’ils ont des vaches d’exception, les éleveurs aiment leur faire des cloches personnalisées avec leur portrait », témoigne Marc-Antoine Baude.
« Les cloches décorées, c’est une tradition en montagne, c’est le moyen de repérer les bêtes, mais c’est aussi le blason, la fierté de l’élevage et le témoignage de l’attachement des éleveurs à leurs vaches. Véronique connaît bien l’élevage et les éleveurs, car elle a grandi dans ce milieu : quand elle peint, elle sait ce que les éleveurs veulent voir. »
Comme celles de Sandrine Gay, les peintures de Véronique Bossan immortalisent des animaux, qui, même s’ils sont aimés et choyés, partent un jour à l’abattoir. Sur un tableau, ou sur une cloche accrochée au mur, les bovins préférés restent ainsi plus longtemps sous le regard attentif de leurs éleveurs.