Aller au contenu principal

Des efforts de sélection pour les légumineuses prairiales

La sélection variétale et le choix des variétés sont des éléments clés pour améliorer l’autonomie en protéines et l’efficience des élevages face aux évolutions du climat. Aussi, si de nouvelles espèces sont étudiées et sélectionnées, des marges de progrès existent au sein des espèces connues pour les dérobées et les prairies de plus longue durée.

 

 

Le progrès génétique chez les espèces fourragères porte principalement sur des critères de rendement, de répartition du rendement et de la saisonnalité, sur la qualité alimentaire, sur les résistances à des contraintes ou à des bioagresseurs, sur la facilité d’exploitation et sur la convenance à l’usage.

Obtenir des mélanges performants

Cédric Pasquier, responsable projets Semences chez Cérience (Jouffray-Drillaud et Terrena Semences) © Cérience
« La création de nouvelles variétés en légumineuses fourragères est un axe stratégique pour Jouffray-Drillaud (devenue Cérience - Jouffray-Drillaud et Terrena Semences) Nos centres de sélection et d’expérimentation nous permettent de développer des variétés à fort potentiel nutritionnel et adaptées aux différentes conditions pédoclimatiques, explique Cédric Pasquier, responsable projets Semences chez Cérience (Jouffray-Drillaud et Terrena Semences). On sélectionne à la fois des légumineuses annuelles et pérennes. Notre entreprise a fortement investi sur les moyens de sélection et sur l’évolution variétale de certaines espèces comme le trèfle incarnat dont peu de variétés sont aujourd’hui inscrites en France. Pour ce type de trèfle, nous axons notre sélection sur sa précocité et sa force de concurrence en association avec des ray-grass d’Italie. Nous avons d’ailleurs inscrit une nouvelle variété très productive (Aldo) il y a deux ans et sommes en cours d’inscription pour une autre.

 

Jouffray-Drillaud a également réalisé un effort de sélection manifeste sur les vesces communes et velues vis-à-vis de leur richesse en protéines et de leur précocité. Face aux évolutions du climat, on propose des vesces velues, d’hiver et de printemps pour les cultures dérobées. Nous disposons d’ailleurs d’une variété (Nickel) qui supporte bien l’hiver, compétitive avec le RGI, et qui s’adapte à de nombreux types de sols. On s’est également penché sur la sélection et l’inscription de nouvelles variétés de Trèfle d’Alexandrie (plante d’été non météorisante). Deux variétés ont été inscrites dernièrement.

Une dynamique de sélection par rapport aux conditions climatiques.

Un gros travail a aussi été engagé sur la tolérance aux maladies (anthracnose, sclérotinia) et sur la capacité des plantes à démarrer tôt au printemps pour une récolte précoce. Nous proposons une palette de légumineuses qui permettent aux éleveurs, selon leur utilisation finale et les conditions pédoclimatiques de l’exploitation, d’aller sur telle ou telle espèce (trèfle blanc, trèfle violet, lotier…). Face aux évolutions du climat, la société s’emploie à trouver de nouvelles variétés. Après dix ans de sélection, nous avons inscrit, il y a deux ans, une variété de lotier adaptée à la culture en mélanges.

Du côté des prairies longues durées, on recherche depuis de nombreuses années, en partenariat avec l’Inra de Lusignan, comment associer les variétés et les améliorer pour une production optimisée en mélanges. On travaille ainsi à la complémentarité entre les espèces et les variétés. On vend et sélectionne des couples. On sélectionne également la résistance des variétés conduites en mélanges et les composantes spécifiques pour une meilleure adaptation aux évolutions du climat. On propose aujourd’hui une gamme de trèfles blancs avec un large spectre morphologique. »

L’accent est mis sur les résistances aux maladies

La vesce de Narbonne dispose de grosses feuilles. © Caussade-Semences

Chez Caussade-Semences l’accent est mis sur les résistances aux maladies, même si le rendement et le pourcentage de protéines restent deux sujets d’importance.

 

Si la luzerne reste la numéro 1 des légumineuses fourragères, l’attention se focalise également sur deux autres espèces, le trèfle violet et le trèfle blanc. Pour le trèfle violet, Caussade-Semences compte deux variétés en cours d’inscription, et une pour le trèfle blanc.

L’usage du sainfoin se développant, « nous sommes en cours de création d’une variété dont la sortie est prévue fin 2022, pour une mise sur le marché en 2023. Nous n’avons pas de variétés en dépôt pour le lotier mais disposons de quelques espèces qui se comportent bien en plantes compagnes », souligne Guy Montet, chef marchés fourragères et plantes de services Caussade Semences.

Concernant les espèces pour couverts végétaux, l’entreprise en propose deux spécifiques, la vesce érigée et la vesce de Narbonne. Si la première est plus utilisée par les céréaliers, la seconde l’est principalement en élevages dans les méteils. Elle a de grosses feuilles et un développement végétatif plus petit (2 à 3 fois celui de la féverole). Elle est à associer avec de la féverole et est d’ailleurs plus résistante qu’elle aux conditions chaudes.

Depuis quatre ans, « on commercialise également une variété de trèfle vésiculeux (Santander) déposé sur le catalogue européen et qui sera inscrit cet automne sur le catalogue français. Ce trèfle est assez agressif. Il monte à 70-80 centimètres et jusqu’à 1,1-1,2 mètre. Il s’associe très bien avec des céréales pour faire du méteil mais on peut également l’associer avec un RGI ou du seigle forestier. Il se différencie du trèfle incarnat par sa plus forte production à l’hectare et sa floraison plus tardive, au printemps. Il s’adapte à tous les types de sols sauf hydromorphes. Ce trèfle est plus résistant que l’incarnat ou le Perse et est résistant au froid ».

Des trèfles violets complémentaires à la luzerne

Cécile Marty-Herbard, responsable fourrage et Turf international à RAGT - semences © RAGT - Semences

« À Ragt Semences, on étudie beaucoup la pérennité et le comportement aux conditions sèches et aux maladies, tout en assurant du rendement. Nous bénéficions de quatre sites de sélection dont un en Aveyron, soumis aux hivers froids et aux étés chauds. Cela nous permet de sélectionner des variétés adaptées à des situations difficiles, précise Cécile Marty-Herbard, responsable fourrage et Turf international à RAGT Semences. Le trèfle violet reste une espèce importante avec beaucoup de renouveau génétique. Nous proposons d’ailleurs une variété (RGT Javva) très complémentaire de la luzerne si les sols sont acides et qui est riche en sucres pour faciliter l’ensilage. Du côté des trèfles blancs, nous avons à disposition des éleveurs plusieurs variétés dont un typé géant (RGT Tobby) très adapté à la fauche et un intermédiaire, typé nain (RGT Asgard), pour les prairies de pâture.

 

Du côté des annuels, nous proposons, une variété de trèfle incarnat et une de vesce commune.

En parallèle, on dispose d’une gamme de mélanges avec comme critères clés d’entrée, la pérennité et l’usage (fauche, pâture ou mixte). Depuis 2015, on a mis en place des essais visant à comparer le comportement de nos mélanges prairiaux dans un contexte de fertilisation azotée limitée. On a deux types de mélanges : graminées/légumineuses ou légumineuses. On lance d’ailleurs cette année un mélange composé de différents trèfles (violet/blanc/Incarnat et hybride) avec différentes pérennités pour permettre aux trèfles violet et blanc de se développer. »

Pérennité et rendement pour les trèfles

Julien Greffier, chef produit fourragères à Limagrain Semences de grandes cultures © Limagrain Semences

« En dehors de la luzerne, nous proposons plusieurs variétés chez deux espèces de légumineuses à Limagrain Semences : le trèfle violet et le trèfle blanc, argumente Julien Greffier, chef produit fourragères à Limagrain Semences de grandes cultures. Récemment, nous avons proposé une nouvelle variété de trèfle violet (Ganymed), plus avantageuse en termes de rendement et avec plus de pérennité. Souvent associée à un RGI, sa vitesse de reprise en végétation (dynamique de repousse) est un critère mis en avant. Il dispose de rendements intéressants jusqu’en troisième année d’exploitation.

 

Depuis deux ans également, nous avons mis sur le marché un trèfle blanc (Brianna) géant avec un pouvoir stolonifère important. Ainsi, contrairement à un trèfle blanc géant classique — intéressant pour la fauche — la variété que nous avons développée offre davantage de pérennité et est adaptée à tous les types d’exploitations. Il n’a pas tendance à disparaître au fil des fauches ou des pâturages du fait de son pouvoir stolonifère important. Grâce à son côté parasol, il limite le dessèchement de la prairie ainsi que son salissement pour un meilleur rendement en protéines.

La société regarde de près les autres légumineuses (Alexandrie, Scarosum) et compte sortir d’ici deux à trois ans, des variétés se démarquant du marché. On axe notre sélection sur des trèfles annuels qui tolèrent la sécheresse. Malgré cet atout, leur implantation doit s’effectuer avant la période sèche. Ces trèfles restent une rustine, non sans risque. Il demeure plus judicieux de modifier son système fourrager avant d’avoir recours aux couverts pour produire du fourrage plus précocement en saison, plutôt que de persister à produire uniquement du fourrage d’été. »

 

Pour en savoir plus

Les sites www.prairies-gnis.org et www.herbe-book.org sont à la disposition de tous pour transmettre l’information sur les espèces et faciliter le choix variétal au sein de chaque espèce fourragère. Herbe book est issu d’un partenariat entre le Geves, l’AFPF, Arvalis - Institut du végétal et Semae. Ce site centralise et met à disposition gratuitement les informations sur l’ensemble des variétés des principales espèces fourragères inscrites au catalogue français des espèces et variétés depuis 2000.

Les plus lus

Bovins viande : un revenu 2022 bas, sauf pour les systèmes avec cultures
L'Institut de l'Elevage a simulé sur cas-types le revenu 2022 des élevages bovins viande. Hausse des prix des bovins et hausse…
« Le marché italien et le développement de primes spécifiques à la vache allaitante, ont véritablement permis le maintien et le développement du naissage en France, notamment dans les zones défavorisées », souligne Philippe Chotteau, chef du département économie de l’Institut de l’élevage.
Bovins viande : vers un retour aux faibles effectifs des années 1980 ?
Rétrospective avec Philippe Chotteau, chef du département économie de l’Institut de l’élevage, sur les évènements qui ont jalonné…
taureau race limousine
A Lanaud, quatre taureaux limousins vendus aux enchères plus de 15 000 euros
100 % des veaux ont été vendus lors des enchères pour la deuxième série de taureaux limousins issus de la station nationale de…
Stéphanie Mocques-Goure donne la priorité aux résultats économiques. Sur son exploitation, tout est géré au mieux pour limiter les charges et pouvoir se dégager un revenu.
Bovins viande : « Je veux vivre de mon métier »
À Beaufort-en-Anjou dans le Maine-et-Loire, Stéphanie Mocques-Goure a transformé en profondeur son système pour réussir à se…
Les cours des broutards charolais stabilisés à haut niveau
Les cours des broutards charolais stabilisés à haut niveau
Durant les derniers mois de l’année 2022, les cours des broutards sont restés stables ou ont à peine diminué.
Avant de faire entrer les animaux dans les cases, il convient d’étaler avec un godet une dizaine de centimètres d’écorce broyée puis de « pailler » une à deux fois par semaine.
Des écorces de bois comme alternative à la paille
Les plaquettes de bois ne sont pas le seul produit issu de la biomasse forestière à pouvoir être utilisé comme alternative à la…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site bovins viande
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière bovins viande
Consultez les revues bovins viande au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière bovins viande