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Davantage de bétail vivant pour le Moyen-Orient

Maghreb et Moyen-Orient achètent de plus en plus de bovins vivants. L’Union européenne fait partie des fournisseurs mais dans des proportions modestes.

elbarquement dans le port de Sète pour export bovins vifs vers le Maghreb
© F.Alteroche

Les pays des rives sud et est de la Méditerranée ne sont pas dans des conditions idéales pour produire de la viande bovine. Leurs prairies au potentiel modeste sont peu compatibles avec la constitution de cheptels naisseurs conséquents. Pour autant, ils ont des besoins croissants dopés par leur démographie, la hausse du pouvoir d’achat, sans occulter non plus les orientations religieuses dominantes et leurs conséquences pour le choix des espèces consommées.

Ces pays importent donc une part conséquente de leurs besoins sous forme de viande fraîche, réfrigérée ou congelée, mais également sous forme d’animaux vivants, qu’il s’agisse de bétail maigre, semi-fini ou fini. Importer du vif est lourd sur le plan de l’organisation de la logistique et du transport, mais ce choix est lié à des raisons à la fois pratique, religieuse et économique.

Faire des stocks sur pieds

Dans ces pays chauds où la chaîne du froid est loin d’être toujours parfaitement maîtrisée, importer du vif peut être analysé comme un atout sanitaire. Cela permet de « stocker la viande sur pied » en planifiant les abattages au fur et à mesure des besoins. « Le respect de l’abattage rituel est aussi essentiel. Savoir que la viande provient d’un animal abattu localement constitue une garantie supplémentaire pour avoir la certitude que ces conditions (halal ou casher) auront été parfaitement respectées », souligne Germain Milet, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage.

Ces pays sont ensuite soucieux de faire travailler engraisseurs et abatteurs. Cela permet de développer les activités liées à la valorisation du cinquième quartier (tannage, maroquinerie…). « Enfin, cet abattage de proximité rassure les consommateurs sur la fraîcheur de la viande. Dans la plupart de ces pays, l’import en vif alimente souvent les créneaux haut de gamme où la notion de viande maturée n’est pas vraiment entrée dans les usages », ajoute Germain Milet. Les carcasses sont le plus souvent débitées et vendues dans les jours qui suivent l’abattage.

Parité des monnaies

L’an dernier, les principaux fournisseurs de vif de ces pays ont été le Brésil, l’Australie, l’Uruguay et quelques pays de l’Union européenne (Espagne, France…). Parmi les pays acheteurs, la Turquie offre le plus de potentiel compte tenu de la mise en place récente d’ateliers d’engraissement de grande dimension. « La Turquie a importé 1,2 million de broutards en 2018. Davantage que l’Italie ! », précise Germain Milet. Alors que cette destination était analysée comme un débouché logique pour le maigre européen compte tenu de sa proximité, les Turcs ont donné priorité l’an dernier au maigre sud-américain. Le Brésil a fourni 552 700 têtes devant l’Uruguay (327 000 têtes). La part restante provient essentiellement de l’est de l’Union européenne (République tchèque, Hongrie, Roumanie…). L’évolution de la parité des monnaies explique la faible proportion d’animaux européens. « La livre turque a perdu 40 % de sa valeur depuis 2015. En parallèle, les animaux importés d’Uruguay ou du Brésil se sont beaucoup moins renchéris puisque les monnaies de ces pays se sont elles aussi effondrées. À titre d’exemple, le prix du broutard brésilien rendu dans le bateau est actuellement de 1,50 euro vif du kilo », précise Germain Milet. L’autre facteur expliquant l’agressivité de l’offre brésilienne est lié à la disparition du débouché vénézuélien. Le Vénézuéla importait encore récemment 700 000 têtes par an principalement du Brésil et de Colombie. Mais ce pays est en faillite. Il n’est plus solvable, donc ses fournisseurs se tournent vers d’autres destinations. La Turquie en fait partie et les exportateurs de maigres européens en ont subi les conséquences l’an dernier.

Restrictions possibles sur le transport

À côté des difficultés liées à la parité des monnaies, l’export en vif vers ces destinations est susceptible d’être très impacté par les problèmes sanitaires. Différentes pathologies peuvent bloquer les échanges. Le débouché algérien a été fermé pour ces raisons une bonne partie de l’année dernière. Autre interrogation, les critiques vis-à-vis du transport sur de longues distances des animaux vivants. Le Parlement européen a récemment remis un rapport à ce sujet. Il suggère à la commission d’interdire l’export vif vers les pays qui ne respectent pas les normes de l’UE, de limiter la durée de transports des animaux vivants à huit heures pour le bétail fini destiné à l’abattage et de développer des stratégies pour remplacer le transport d’animaux vivants par celui de carcasses. 
Ce ne sont bien entendu que des propositions. Elles sont cependant à surveiller de près. Les dernières élections européennes se sont traduites par l’arrivée en force de députés écologistes, résolument hostiles au développement des exportations de bétail vivant.

L’Asie du Sud-Est, autre gros marché

À côté des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est est le second groupe de pays pour lequel il y a un marché conséquent coté volume pour le bétail vivant. En 2018, les trois principales destinations étaient l’Indonésie (600 000 têtes), le Vietnam (200 000 têtes) et la Chine (157 000 têtes). Proximité et tarifs attractifs font que ces pays s’approvisionnent quasi exclusivement avec du bétail australien.

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