Bovins viande : s’adapter au climat et réinventer l’élevage à l’horizon 2100
À l’horizon 2100, l’élevage bovins viande aura évolué sous l’effet combiné du changement climatique, des contraintes économiques et des attentes sociétales. L’adaptation des pratiques, la transformation du travail et les nouvelles formes d’organisation feront émerger de nouveaux modèles d’exploitation.
Le changement climatique constitue un facteur structurant pour l’avenir de l’élevage bovin viande. Les projections de Météo-France, basées sur les scénarios du GIEC, retiennent une trajectoire pouvant atteindre + 4 °C à l’horizon 2100. « Sur les animaux, le stress thermique et les risques sanitaires seront en hausse. L’augmentation des températures affectera les performances, la reproduction et le comportement, tout en favorisant l’émergence ou la remontée vers le nord de certaines maladies. La DNC pourrait en être une expression, les futures études nous le diront », indique Aurélie Madrid, de l’Idele.
Les conséquences sur les productions fourragères sont déjà visibles et devraient s’accentuer. « La saisonnalité de la pousse de l’herbe évolue et continuera d’évoluer, avec des cycles qui se prolongent en hiver, mais des étés plus secs. » L’augmentation de l’évapotranspiration, liée à la hausse des températures, accentue déjà les sécheresses des sols, même sans baisse nette des précipitations, et ce phénomène devrait se renforcer. Cela se traduit et se traduira par des déficits fourragers plus fréquents et une variabilité interannuelle accrue des rendements, aussi bien pour les prairies que pour les cultures. Les effets resteront très dépendants des territoires. « Le réchauffement sera plus marqué dans certaines zones, notamment en altitude, et les évolutions de la pluviométrie demeurent hétérogènes », ajoute Aurélie Madrid.
On observe déjà des changements dans l’organisation du travail. Les enquêtes menées par Sandrine Petit, ingénieure de recherche à Inrae, montrent que la pression organisationnelle due aux courtes fenêtres météo s’accentue avec le changement climatique. Dans ce contexte, « l’observation à la base des savoirs d’éleveurs restera centrale », souligne-t-elle, alors que les technologies et différents capteurs d’aide à la conduite des troupeaux sont de plus en plus présents dans les élevages.
Des bâtiments énergétiques et adaptés au climat
Les évolutions concernent aussi les bâtiments et les équipements comme les robots d’alimentation, de paillage, les systèmes de tri automatisés avec pesée, et les caméras d’observation dotées d’IA. « Dans certains cas, des systèmes de gestion intégrée pourraient centraliser les données de l’exploitation pour piloter les décisions de conduite d’élevage. Le développement de la télémédecine animale s’inscrit dans cette même dynamique avec la transmission de données via objets connectés et l’analyse des données à distance. Par exemple, l’expérimentation en cours sur VetLinkPlatform, d’un stéthoscope qui peut renvoyer des données à votre vétérinaire, qui peut lui-même recevoir une interprétation par l’IA de certains signaux (sons respiratoires, comportements) », explique Xavier L’Hostis, responsable Innovation chez Adventiel.
Les bâtiments d’élevage évoluent dans plusieurs directions simultanées. Pour Clément Allain de l’Idele, « ils seront davantage conçus autour du confort animal et du confort de travail. La ventilation, la luminosité, la circulation de l’air seront encore mieux maîtrisées, ainsi que la réduction de la pénibilité ». Sur le terrain, certaines évolutions existent déjà. « Des bâtiments se sont déjà développés en intégrant de la végétation, une organisation des cases permettant aux animaux les plus sensibles de se protéger des autres et l’automatisation partielle des tâches. »
L'organisation du travail a déja commencé à changer
Agrandissement, diversification et nouvelles formes d’organisation
Les projections convergent vers une baisse du nombre d’exploitations et une augmentation de la taille moyenne, avec plus d’animaux par actif (UTH).
Au-delà des pratiques, on observera des transformations plus profondes des modèles économiques. Nathalie Hostiou souligne « un mouvement vers d’un côté, des exploitations de grande taille, parfois éclatées géographiquement, très structurées, avec recours accru au salariat. De l’autre, des formes plus collectives et multiactives, avec plusieurs associés et une diversification des activités. » Une agriculture plus duale, entre firmes agricoles et fermes collectives, pourrait ainsi progressivement prendre la place du modèle traditionnel d’agriculture familiale.
Pour les firmes agricoles, l’exploitation devient un assemblage plus flexible d’activités et de ressources. « Des travaux comme ceux de François Purseigle décrivent déjà des structures qui s’apparentent à des organisations proches de la firme, avec une forte structuration des fonctions et une séparation croissante entre capital, travail et gestion. »
De leur côté, les fermes collectives reposent sur la diversité des ateliers et la complémentarité entre associés. L’élevage ne se limite plus à une production unique, mais « des productions annexes comme l’énergie, la transformation ou l’accueil viennent compléter les revenus ». Ces leviers permettent de répartir les risques et de renforcer la résilience économique. « Ces structures restent encore minoritaires, mais tendent à se développer, notamment dans un contexte de difficultés d’installation en bovin viande et de renouvellement des générations. »
En parallèle de ces évolutions, de nouvelles formes de tenance se développent. « La location pourrait prendre une part majoritaire dans les élevages, ainsi que l’externalisation de certaines activités (cultures, travaux). La location d’animaux ou de bâtiments et la mutualisation du foncier pourraient être demain très développés », indique Nathalie Hostiou.