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Agriculteur et pompier : « je fais le maximum pour me simplifier le travail avec le troupeau »

Comme beaucoup d’agriculteurs, Jérôme Farjaud, installé dans l’Allier, est également sapeur-pompier volontaire. Pour concilier ses activités de chef de caserne avec son métier d’agriculteur, il a mis en œuvre plusieurs leviers de simplification et de souplesse du travail.

Éleveur, polyculteur, vendeur direct et chef d’une caserne de 26 pompiers : comment Jérôme Farjaud, installé à Saint-Gérand-le-Puy dans l’Allier, fait-il pour cumuler toutes ces activités ? En premier lieu, c’est par une pirouette qu’il répond : « Je ne travaille pas, je m’occupe, et je n’aime pas trop les vacances, sauf si c’est pour visiter des casernes de pompiers à l’étranger ! »

En réalité, Jérôme Farjaud a un système plutôt bien éprouvé pour cumuler ses activités agricoles et son engagement, car cela fait près de 30 ans qu’il mène les deux de front : il a reçu sa décision d’engagement comme sapeur-pompier volontaire en 1995, et c’est en 1996 qu’il s’est installé comme agriculteur.

Le cœur du métier : le troupeau

Sur son exploitation, qui emploie entre 2 et 3 UTH selon les périodes de l’année, Jérôme Farjaud produit des cultures sur environ 180 ha (blé, orge, maïs, colza, tournesol, luzerne…) et possède un troupeau de 21 mères charolaises. Ces dernières constituent « le cœur du métier », puisque leur viande est transformée et vendue principalement en direct dans le magasin de la ferme.

Si les cultures donnent des pointes de travail annuelles, c’est beaucoup sur la partie élevage que Jérôme a activé des leviers de simplification et de souplesse. Sans toutefois faire de miracles : « Travailler avec du vivant, c’est travailler tous les jours. »

Son cheptel de 21 vaches est conduit dans un système très extensif, avec 75 ha de pâtures bien regroupées, essentiellement des prairies naturelles typiques de la Forterre, avec des sols argilocalcaires non labourables où la roche affleure. « Entre avril et novembre, tout le monde est dehors. On n’est pas embêtés par les sécheresses et nous n’avons pas de corvée de nourrissage. »

En saison hivernale, tout le troupeau rentre en bâtiment, dans une stabulation que l’éleveur a pensée « en fonction du parcours quotidien, avec les vaches et les stocks regroupés dans le même bâtiment ». La ration hivernale est fournie par l’herbe des prairies sur les zones fauchables (enrubannage et foin) à laquelle s’ajoute la luzerne cultivée par l’éleveur.

Semences sexées et colliers

Le troupeau est constitué uniquement de femelles sans cornes, 100 % en insémination en semences sexées et PP (homozygote pour le caractère dominant sans corne). Pour faciliter l’IA, toutes sont munies de colliers de détection des chaleurs. L’éleveur rajoute la docilité, le calme et la facilité de vêlage dans ses critères de sélection. « Moins j’interviens, mieux c’est. »

Les animaux sont abattus entre 36 et 42 mois, ce qui offre de la souplesse pour l’approvisionnement du magasin de la ferme, qui fonctionne essentiellement l’été : « Nous avons la chance d’avoir un abattoir à 25 km. » La découpe est assurée par un boucher qui vient sur place en intérim. La viande peut être vendue fraîche, surgelée ou sous forme de plats préparés.

En période estivale, Jérôme Farjaud a des besoins de main-d’œuvre supplémentaire, surtout pour la vente. Là encore, il a la « chance » de pouvoir compter sur un vivier de personnel : « Je prends des personnes en contrat Tesa ou je peux faire appel au service de remplacement. »

S’adapter et prioriser

Si le système global d’organisation du travail de la ferme est relativement rodé, il n’est pas immuable pour autant : « Nous sommes dans une remise en question permanente de nos choix. Quand je me suis installé, je pouvais avoir une vision de la ferme à dix ans. Aujourd’hui, c’est seulement à trois ans ».

En outre, cette organisation, même optimisée, ne peut résister aux aléas climatiques : durant l’été 2025, l’exploitation a subi deux très forts orages, qui ont fortement endommagé les bâtiments et les parcelles, avec plusieurs toitures arrachées et des arbres déracinés.

Ce sont évidemment des pompiers locaux qui sont venus au secours de la ferme, et c’est en appliquant des principes de pompier : prioriser les tâches, travailler en sécurité, que Jérôme Farjaud a entrepris les multiples chantiers de réparations pour pouvoir reprendre son travail. Même si les dégâts sont considérables, ils ne sont que matériels. Là encore, l’expérience de pompier est utile : « On voit tellement de situations difficiles en intervention que l’on apprend à relativiser. »

Jérôme Farjaud : « Les agriculteurs font de bons pompiers volontaires »

<em class="placeholder">agriculteur en uniforme de pompier devant des produits locaux</em>

« Nous avons généralement une bonne connaissance du territoire. Nous pouvons différer une partie de notre travail et donc avoir du temps en journée, quand beaucoup d’autres pompiers volontaires ne sont pas disponibles. En tant qu’agriculteur, nous faisons aussi preuve d’une certaine débrouillardise : on sait s’adapter, on est habitués à trouver des solutions. Cette débrouillardise doit cependant toujours se situer dans un cadre très rigoureux : face à des situations chaotiques, on doit avoir une approche structurée, cadencée, avec des gestes quasi-automatiques.

Nous avons des applications pour définir nos disponibilités, avec différents niveaux : « sans conditions », « au cas où », « non disponible ». Si je suis d’astreinte un jour, je vais m’arranger pour ne pas aller travailler sur une parcelle éloignée de la caserne. »

Des remplacements facilités

En France, environ 5 000 agriculteurs sont sapeurs-pompiers volontaires. Leur rôle est essentiel pour assurer le maillage des secours en milieu rural. Depuis plusieurs années, Service de remplacement France et le ministère de l’Intérieur ont signé une convention cadre de partenariat pour faciliter le remplacement des agriculteurs engagés comme pompiers volontaires. Cette convention cadre est déclinée à l’échelle départementale entre les services de remplacement et les SDIS. Les remplacements couvrent généralement les temps de formations et de manœuvres (3 à 4 heures chaque mois). Ils peuvent également compenser en partie les temps d’engagement.

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