Soja : « Une production sur des terres de craie très blanche des Ardennes a donné un rendement de 20 q/ha en sec »
Agriculteur bio à Remaucourt (Ardennes) et conseiller à la coopérative Probiolor, Marc Pottier cultive du soja régulièrement sur ses terres. Une production sur des terres crayeuses a donné de bons résultats, en dépit d'un type de sol peu favorable à cette espèce.
« Depuis sept ans que nous sommes passés en agriculture biologique, du soja a été cultivé quasiment tous les ans, comme en 2025 sur 11 hectares. Nous le cultivons sur nos terres colorées plus chaudes, des limons argileux calcaires à pH 8, assez profonds avec une bonne réserve en eau. À une occasion, le soja a été produit en partie sur une terre de craie très blanche sans que l’on voie de différence, avec un rendement de 20 q/ha. La culture du soja peut avoir sa place sur des terres de craie. C’est un pari, mais cela me semble faisable.
Avec l’inoculation de bactéries, nous ne rencontrons pas de problème de nodulation sur les racines du soja. La culture n’a pas besoin de fertilisants. Nous utilisons des semences de ferme de variétés les plus précoces possibles 000. Le semis se déroule début mai pour une récolte en octobre, ce qui nécessite un séchage des graines.
Pour un rendement à 20 q/ha, nous dégageons une marge brute aux alentours de 1 000 €/ha. Mais le rendement est aléatoire selon les conditions, variant entre 5 et 20 q/ha, sans irrigation. L’eau n’est pas le principal facteur limitant pour le soja sur notre territoire. La levée est souvent irrégulière. Le semoir dont nous sommes équipés ne nous permet pas de semer la graine à une profondeur suffisante, ce qui favorise les dégâts d’oiseaux. L’enherbement est l’autre problème du soja, avec le chénopode et le chardon comme principales adventices. Le soja vient derrière deux années de cultures d’hiver pour limiter les infestations de chénopode. L’enjeu est de favoriser une levée rapide du soja, avec un semis assez tard. Dans ce cas, la concurrence des adventices est plus facile à gérer avec du binage, mais il est déjà arrivé de devoir arracher des chénopodes à la main.
En 2025, j’ai essayé l’association de soja avec du millet sur une parcelle de 5 hectares. Une autre parcelle (6 ha) était semée en soja en pur. Grâce au millet, la parcelle a été maintenue propre vis-à-vis des adventices. Mais la sécheresse en mai a retardé la levée du soja d’un mois par rapport au millet. Celui-ci a étouffé le soja. Résultat : un rendement de 20 q/ha en millet et 5 q/ha en soja. Notre trieur rotatif à grilles permet de bien trier les deux productions récoltées. Dans l’autre parcelle, le binage a permis de bien détruire les adventices sur une zone qui a produit 20 q/ha. Une autre zone, trop envahie par les adventices, n’a pas été récoltée. Le millet reste une piste à suivre pour mieux gérer les adventices, peut-être en semant plus clair cette céréale. »